10/03/2011

La voiture en ville : la révolution en marche !

 

Petit florilège d'informations récentes liées à la voiture : Le Salon de l'Auto comptait déjà plus de 300'000 visiteurs après le premier week-end d'ouverture (et son lot habituel de bouchons sur l'autoroute); L'Autre Salon a pu apporter une touche d'originalité et de diversité au débat sur la mobilité; les Suisses raffolent des 4x4 (Hebdo, 24.2.2011; Le Temps, 28.2.2011); Genève a connu une fois de plus des épisodes de pollution sévère aux particules fines (Le Courrier, 14.2.2011); Genève est la ville de Suisse avec la plus forte densité de places de stationnement (Le Courrier, 15.2.2011); Genève a aussi un nombre tristement élevé de points où le bruit dû au trafic routier dépasse systématiquement les valeurs d'alarme (site de l'Etat de Genève).

Le fil rouge de ce mélange automobile ? Que ce soit en termes de santé publique, d'économie locale, de qualité de vie urbaine, de relations sociales, de gestion de l'espace public, de sécurité routière : nous avons un sérieux problème. Disons-le clairement, haut et fort, oui, en ville, la voiture nous bouffe la vie !

Certes, la voiture est indispensable dans de nombreuses situations, et le restera probablement encore longtemps. L'enjeu réside dans le fait qu'il y a un mélange permanent (et humainement compréhensible) entre l'objectif, qui est la possibilité d'assurer des déplacements dans de bonnes conditions, et le moyen (voiture, transports publics, vélo ou autre). Mais il est difficile d'avoir une discussion rationnelle à ce sujet, dès lors que la voiture est perçue comme l'extension du domicile en termes de sphère privée.

 

Mirages de la technologie propre

Du coup il est tellement tentant de croire aux mirages de la technologie propre : pas de souci, les voitures deviennent propres, moins d'émissions nocives, moins de consommation, donc roulons l'âme en paix ! Problème : la hausse du nombre de véhicules en circulation et l'augmentation de la puissance moyenne (surtout en Suisse, boulimiques de gros 4x4) font plus que compenser la modeste amélioration du bilan écologique d'une partie des véhicules en circulation. De plus, le fait que certaines voitures polluent moins ne résout en rien l'un des effets négatifs majeurs que la voiture génère, à savoir une consommation faramineuse d'espace, qu'elle soit en mouvement ou l'arrêt (une voiture est à l'arrêt en moyenne 23 heures sur 24). Or l'espace est une denrée très rare à Genève, en milieu urbain, et pourrait servir à bien d'autres affectations. Imaginons un espace public avec plus de terrasses, marchés, places de jeux, bancs, fêtes, brocantes, engins sportifs de proximité en libre accès... Et dans les sous-sols, de la place pour les dépôts, pour des night-clubs qui ne dérangent personne, pour des locaux de répétition de musique pour jeunes ou autres, pour des locaux associatifs !

 

Des alternatives concrètes pour de nouvelles habitudes

L'objectif n'est pas de faire une guerre à la voiture. La mobilité est à la fois un besoin et une réalité. Mais il serait nettement plus bénéfique pour toutes et tous d'imaginer un milieu urbain où la place de la voiture devient réellement résiduelle. On peut démonter un par un la plupart des arguments objectifs ou subjectifs qui justifient le recours à la voiture :

  • Trajet domicile-travail : le pire usage possible de la voiture, dans la plupart des cas. Il faut promouvoir les transports publics (TP) pour les plus longues distances. Des parkings-relais en nombre suffisant doivent compléter les TP dans toute la région (surtout en France voisine et sur Vaud) afin de faciliter le transfert modal des personnes habitant à la fois loin et à l'écart d'un pôle TP. Pour les distances plus faibles, les «bike & ride » constituent une très bonne option.
  • Accompagnement des enfants à l'école : Un motif classique ... à démonter également, en accélérant et renforçant massivement toutes les mesures déjà connues de sécurisation du chemin des enfants à l'école : cheminements piétons, mesures de modération du trafic, surveillance des abords des écoles par la police municipale, signalisation, patrouilleurs/-euses scolaires, etc.
  • Achats utilitaires (les fameuses courses du samedi pour toute la famille et toute la semaine) : En milieu urbain, la généralisation d'un système de type Caddie-Service (livraison à domicile) remplacerait la plupart des situations où une voiture se justifie.
  • Loisirs : L'amélioration du réseau nocturne des TPG, ainsi que le week-end, offrira une réponse à ce besoin (cinémas, théâtres, restaurants, etc.), de même qu'un plus grand usage du vélo ou de la marche à pied pour les distances intra-urbaines, de moins de 3 km, avec, évidemment, une amélioration massive du réseau cyclable et des cheminements piétons.
  • Et pour les personnes peu friandes de vélo classique, le vélo à assistance électrique offre une réelle alternative au scooter ou à la voiture, pour des distances jusqu'à 15-20km.
  • En plus, il faut multiplier et développer les formules d'auto-partage de type Mobility, quitte à imaginer des incitations tarifaires !

 

Repenser l'aménagement urbain

Je le redis, pour chacune de ces catégories de déplacements, on peut sûrement identifier des situations où l'usage de la voiture se justifie. Mais si on se contentait de ceux-là, on supprimerait les bouchons, on s'épargnerait des sommes considérables pour la construction de nouveaux parkings, on retrouver rait considérablement la fluidité du trafic, toutes catégories confondues, on diminuerait drastiquement la pollution et le bruit, on améliorerait donc la qualité de vie et la santé, et on libère un espace précieux. De plus, on contribuerait à éliminer de nombreux drames humains causés par les accidents de la route. Que du bonheur ! Il ne s'agit plus de « bricoler » des solutions approximatives et incertaines, il faut repenser complètement l'aménagement urbain, l'organisation de la ville. Cela ne se fera pas en un jour, et la concertation est primordiale, mais l'objectif doit être fixé sans équivoque.

 

Un bénéfice net, économique, social, environnemental

La vie économique en profiterait aussi, par l'amélioration générale des déplacements, des conditions favorables au commerce et une attractivité nettement renforcée du centre-ville. Il est également pertinent d'examiner le rapport entre les coûts et les bénéfices d'une politique réellement offensive et créative en la matière. La facture principale proviendrait des investissements conséquents qu'il faut encore fournir en matière de transports publics (investissements et fonctionnement), et dans une moindre mesure dans les parkings-relais. Toutefois, les économies réalisées sur les temps de déplacement, le gain de qualité de vie, la diminution des coûts de la santé, sont aussi substantielles. Tous ces facteurs se cumulent pour en faire une opération réellement « rentable » au sens global du terme, économique, social et environnemental.

 

Innovons, imaginons, créons!

Pour terminer, laissons un peu aller notre imagination avec un clin d'oeil, en s'inspirant de la carte des nouveaux modes de transports publiée par l'Autre Salon (création de Chloropolis), avec un réseau de télécabines et de télésièges à travers l'agglomération. Fantaisiste? Qui sait, peut-être pas tant que ça.

Le bien-être et la qualité de vie pour toutes et tous valent largement la peine de mener une autre politique, avec une bonne dose d'imagination!

 

 

19:31 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : circulation, trafic, bouchons, pollution, qualité de vie, transfert modal | |  Facebook