11/02/2011

Crise des « logements de fonction » au DCTI : négligence coupable !

 

L'affaire des logements gérés par le Département de Mark Muller et loués à des loyers défiant toute concurrence (dont à des fonctionnaires du DCTI justement !) est surtout symptomatique d'une absence complète de sens des responsabilités institutionnelles de la part d'un magistrat. Il s'était pourtant largement distingué comme donneur de leçons de bonne gestion lorsqu'il était conseiller municipal ou député !

Certains ont affirmé, dans une vaine tentative de justifier cette situation, que cette affaire est marginale du point de vue de l'impact financier pour l'Etat, ou que ces locations à bas prix étaient acceptables, parce que temporaires dans l'attente d'opérations immobilières dans ces périmètres. Mais à l'heure où le marché du logement génère tellement de frustrations et de tensions pour toute citoyenne, tout citoyen qui cherche désespérément un appartement à prix abordable, cette affaire est évidemment choquante. Et la notion de « temporaire » a visiblement une signification particulière au DCTI, lorsqu'on parle de situations qui durent depuis 10 ans ou plus ! De plus, force est de constater que cette situation a déjà été identifiée et documentée en 2005 déjà, ce que même Mark Muller a admis.

En tant que député au Grand Conseil, j'ai siégé à la Commission de contrôle de gestion pendant près de 3 ans (2003 - 2005). La mission de cette commission, dont la presse a beaucoup parlé ces jours, est d'exercer une surveillance parlementaire sur l'Etat. Pour cela, elle dispose de prérogatives étendues, qui incluent l'accès intégral aux rapports de l'Inspection cantonale des finances. Elle peut auditionner le magistrat ou la magistrate concerné-e pour vérifier les mesures prises ou prévues. Il lui arrive aussi de lancer ses propres enquêtes: ainsi le cas du Stade de Genève en 2003- 2004, qui a fait l'objet d'une enquête approfondie menée par Ivan Slatkine (député libéral) et moi-même (cf. rapport).

La plupart des membres du Conseil d'Etat que j'ai connus ont toujours pris très au sérieux les rapports de l'ICF et de la Commission de contrôle de gestion. Il y va du bon fonctionnement de l'Etat et donc de l'intérêt des Genevoises et des Genevois, comme citoyen-ne-s et contribuables, afin de maintenir et renforcer la confiance dans le service public. De nos jours, un-e magistrat-e se doit de mettre en place les mesures et outils qui lui permettent de connaître son département et d'identifier les lacunes, faiblesses, et autre dysfonctionnements. Et, sur cette base, il est ensuite impératif de prendre les mesures dès qu'un problème est identifié. Certains articles récents faisaient le parallèle entre la situation au DCTI et le cas de la Gérance immobilière municipale (GIM) de la Ville de Genève, dans le Département actuellement placé sous la responsabilité de la Maire socialiste, Madame Sandrine Salerno. La comparaison est justement intéressante : dès son arrivée, elle a effectué un état des lieux, constaté que la GIM était en mauvais état, et pris des mesures drastiques, incluant des changements majeurs dans les postes de responsables. Ces changements lui ont d'ailleurs valu à l'époque de fortes critiques. En attendant, la GIM est aujourd'hui assainie et a recommencé à faire son travail correctement. De plus, la GIM gère 5'000 logements, 650 locaux professionnels et 490 arcades : rien à voir avec la Gérance immobilière de l'Etat !

Mark Muller n'a visiblement pas pris au sérieux ses responsabilités en matière de gestion. Pourtant, à l'époque où je siégeais avec lui sur les bancs du Parlement, d'abord à l'échelon municipal, puis cantonal, il était le premier à faire la leçon au Conseil administratif ou au Conseil d'Etat en matière de gestion et de rigueur. Au Grand Conseil, il a même été l'auteur principal d'un projet de loi qui visait tout simplement au démantèlement complet du statut de la fonction publique, au nom de l'efficacité, de la productivité, de la transparence ! Et quelle énergie n'a-t-il pas mis pour combattre les lieux occupés, les « squats », au nom de l'Etat de droit ? Mark Muller représentait donc à merveille la tendance dominante du Parti libéral du « moins d'Etat » et du dénigrement du service public. Evidemment il est beaucoup plus facile de faire la leçon aux autres que de se les appliquer à soi-même...

Soit, il a annoncé mercredi un plan d'action. Mais c'est bien tard ! Et pourquoi faut-il une « task force » de 5 personnes pendant un an ( !) pour régler ce problème ? Mark Muller aurait pu, il aurait même dû (!) démontrer sa capacité de gestion exemplaire dès son arrivée au gouvernement, plus que tout-e autre magistrat-e. Mais il a multiplié les restructurations, les effets d'annonce et les dérobades ... pour, aujourd'hui, afficher un bilan inexistant, un département sinistré et une crédibilité très largement entamée. Dans cette affaire, comme dans d'autres, Mark Muller a témoigné d'un laxisme coupable, voire de complicité passive par négligence. C'est inacceptable ! Le Parlement, notamment la Commission de contrôle de gestion, doit donc continuer son travail et prendre ses responsabilités pour restaurer la confiance.

 

09:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : logement, contrôle, parlement, gouvernement | |  Facebook