03/12/2010

Du mouton noir au bouc-émissaire

Amertume d'un soir

Dimanche soir, on a eu beau se dire que les résultats genevois et romands étaient satisfaisants, l'arrière-goût est très amer. L'UDC, dont le seul fonds de commerce est celui de la stigmatisation, a pu triompher et même exiger sans scrupule une mise en œuvre stricte et rapide de son initiative. Que dire des félicitations de toute la droite populiste européenne et même de l'extrême-droite (cf. le message du Front national en France) ? Lorsque plusieurs voix ont assimilé la ligne politique de l'UDC aux dérives qui ont marqué les années 30 en Europe, avec les résultats que l'on connaît, certaines têtes bien-pensantes ont estimé cette comparaison excessive. L'UDC ne serait pas un parti d'extrême-droite, juste un parti conservateur. Un parti conservateur qui donne envie à l'extrême-droite européenne ? Je ne suis pas sûr que les vrais conservateurs soient très fiers de ces affinités... J'avais un grand-père suisse réellement conservateur, dans ses valeurs, sa vision de la société, ses positions en matière de politique sociale et économique, mais il était profondément allergique aux dérives populistes et xénophobes. Précision : il a vécu les années 30 et la 2ème Guerre mondiale... Le problème ne se ramène donc pas à une opposition simpliste entre une partie conservatrice de la population et une « gauche urbaine, internationaliste, arrogante et privilégiée ». C'est faire insulte à la fois aux conservateurs et à la gauche, urbaine ou non, et donc à pas mal de monde in fine.

Un recul en matière de sécurité

Dimanche, la Suisse n'a pas gagné un micro-poil de sécurité supplémentaire, car le code pénal actuel était amplement suffisant, mais s'est programmée des drames humains en série, sans pour autant atténuer d'un iota les drames des victimes de délits et crimes, quels que soient les coupables. Les porteurs de cette initiative n'en assumeront pas la responsabilité, car ils s'en contre-fichent. Le mécanisme est diabolique : l'UDC contribue largement à l'insécurité sociale et réussit ensuite à détourner le sentiment d'insécurité vers des boucs émissaires, dans ce cas les « étrangers ». Demain, les enfants handicapés à l'école, si l'on entend la proposition faite récemment par l'UDC suisse de créer des classes séparées pour ces enfants ?

Une très lourde responsabilité de cette évolution peut être attribuée à la droite « modérée » au niveau suisse, notamment aux milieux économiques : ils ont préféré investir des moyens colossaux contre l'initiative socialiste pour des impôts équitables, soutenant ainsi un véritable hooliganisme fiscal qui ne profite qu'aux plus riches, et n'ont presque rien fait contre l'initiative de l'UDC.

Un travail à mener, sur le terrain

Les forces de gauche devront mettre en place un suivi très précis de l'application de cette initiative et illustrer ses dérives, cas par cas : un travail fastidieux qui nécessite un véritable Observatoire des exclusions basée sur cette initiative. Un jour, la population constatera à quel point il y avait tromperie sur la marchandise, mais que de dégâts d'ici là... Il nous faut aujourd'hui reprendre notre bâton de pèlerin pour aller convaincre, expliquer, argumenter. Dans notre canton, 45% de la population a voté en faveur de l'initiative, et dans six communes, elle a même recueilli une majorité de voix. Aujourd'hui un travail important doit être mené pour comprendre ce qui pousse autant de personnes à suivre ces idées rétrogrades et inefficaces. A nous de proposer d'autres réponses, en matière de sécurité de proximité, de lutte contre le chômage et l'exclusion, de qualité de vie urbaine ou d'intégration. Le défi n'est pas de combattre l'UDC mais de convaincre ses partisan-ne-s que l'UDC est le parti de l'insécurité.

 

 

14:38 Publié dans Genève et la Suisse | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : sécurité, udc, intégration, étrangers | |  Facebook