28/02/2011

Genève ville de sport, ville en mouvement!

 

Plus de 130'000 personnes sont membres d'un club sportif à Genève, soit plus d'un tiers de la population du canton. C'est impressionnant! Et on ne compte pas dans ce chiffre toutes celles et tous ceux qui se dépensent et s'activent sans nécessairement adhérer à un club.

Genève est réellement une région de sport, avec une offre très riche pour toutes et tous. Jusqu'à récemment, le sport ne constituait pas vraiment un enjeu politique, sauf pour certains dossiers emblématiques comme le Stade de Genève ou plus récemment la Patinoire des Vernets. Mais, comme le relèvent avec amusement les responsables des grandes fédérations sportives du canton, elles sont de plus en plus courtisées par les différents partis politiques ... et espèrent, à juste titre, que cet intérêt perdurera au-delà des élections municipales.

Le sport représente un réel enjeu de société, comme loisir qui rassemble au-delà des origines, des âges, des statuts sociaux, bien sûr! Mais aussi comme outil au service de la santé, de la cohésion sociale, de l'éducation, de la promotion de l'égalité hommes-femmes ou de l'intégration. Le sport est également un domaine qui génère de nombreux emplois directs et indirects.

 

De nombreux défis à relever

Aujourd'hui le risque consiste à croire que les responsables politiques chargé-e-s du sport peuvent se contenter de gérer les acquis, inaugurer les grandes manifestations ou féliciter les juniors qui se distinguent. Au contraire, les défis sont plus nombreux aujourd'hui que jamais.

Ainsi, par exemple, citons les installations sportives, utilisées très intensément, qui commencent pour certaines à monter des signes de vieillissement et de vétusté. Certains équipements sont saturés dans des disciplines comme la natation, le badminton, le tennis, le football ou encore l'escalade. L'enjeu du bénévolat est aussi considérable: Les clubs en vivent et, sans clubs, pas de formation de la relève et de mouvements jeunesse, pas de compétitions locales, pas de manifestations, bref pas de sport ! Si les pouvoirs publics devaient directement assurer le travail des nombreux bénévoles, la facture serait astronomique. Sans compter la perte de liens sociaux qui en résulterait!

 

Du sport pour toutes et tous

Une autre source de préoccupation importante est celle des liens avec le sport d'élite professionnel, lorsque des intérêts économiques sont en jeu, comme dans le cas du hockey sur glace ou du football. Heureusement, on n'oppose plus de manière simpliste sport d'élite et sport populaire, car on a compris qu'ils se complètent nécessairement, le sport d'élite inspirant le sport populaire, et ce dernier assurant la relève pour le premier. Mais les règles du jeu doivent être claires! Les collectivités publiques n'ont pas pour vocation de subventionner directement les salaires parfois mirobolants des joueurs professionnels. Leur rôle est d'assurer des conditions-cadres favorables aux clubs d'élite, notamment au niveau des infrastructures (patinoire, stade, etc.), et de soutenir financièrement la formation de la relève, junior et adulte. Ainsi, un GSHC ou un SFC pourront continuer à faire vibrer les cœurs des Genevoises et Genevois, dans de bonnes conditions, avec des budgets équilibrés et sans risquer un mélange malsain des genres.

 

Jouer en équipe

Ces dernières années la politique sportive s'est animée. Comme la culture, le sport reste, en Suisse, avant tout une responsabilité communale, ce qui permet une grande proximité avec les milieux sportifs. Manuel Tornare, magistrat en charge du sport en Ville de Genève, a initié plusieurs démarches prometteuses, dont celle d'une véritable concertation entre les communes afin de coordonner les politiques liées aux installations, à leur utilisation et aux subventions. Aujourd'hui, il n'est plus envisageable de développer en parallèle 45 politiques communales différentes des sports, sur le modeste territoire cantonal. Les communes et le canton doivent planifier ensemble de nouvelles infrastructures et mettre en commun des ressources pour leur financement et leur entretien. Il manque à Genève des installations comme une patinoire, une deuxième piscine olympique couverte, des terrains de squash, de badminton, de tennis, ou des murs de grimpe, pour ne citer que ces quelques cas. On doit imaginer aussi une utilisation plus intensive des installations existantes sur le plan des horaires de mise à disposition, ains que des petites installations de proximité favorisant la pratique du sport au quotidien. La tarification peut encore être améliorée pour favoriser l'accès des familles, et on pourrait offrir à chaque enfant atteignant 10 ans la première année de cotisation au club sportif de son choix. Il est temps de rassembler les forces et les compétences pour répondre aux besoins de la population de la région et de ne plus regarder son petit pré carré sans vision globale.

 

Gagner ensemble

De même, Manuel Tornare a lancé, avec les communes et l'Etat, le processus de créer une Fondation afin de favoriser à Genève l'organisation de grandes manifestations sportives et travailler de manière plus régulière avec le secteur privé. Ce processus a d'ailleurs contribué à sauver plusieurs manifestations dont, entre autres, le Marathon et le Triathlon de Genève. L'Etat, qui pendant des années, s'est désintéressé du sport, commence à changer d'attitude sous l'impulsion de Charles Beer et a initié un plan d'action pour le sport. Comme exemple d'une démarche très positive, citons celle en faveur du sport-études, soit la conciliation entre études scolaires et entraînement sportif pour des juniors prometteurs.

Des initiatives ont été prises afin de dynamiser les relations entre les Autorités et les fédérations et associations sportives, surtout dans le domaine des subventions. Les partenaires ont besoin de reconnaissance pour tout le travail effectué par les milliers de personnes qui s'engagent bénévolement tout au long de l'année. Ce travail ne fait que commencer, il est nécessaire de renforcer les liens et la collaboration pour mieux identifier les besoins et les réponses à leur apporter. Même si le bénévolat joue un rôle fondamental, l'argent est évidemment aussi vital. Sur impulsion des Socialistes et de leurs deux représentant-e-s actuel-le-s au Conseil administratif, Manuel Tornare (ministre des sports) et Sandrine Salerno (ministre des finances), les subventions ont été indexées (avec un effet de rattrapage) dans le cadre du budget 2010 de la Ville de Genève, ce qui a représenté 3% d'augmentation.

 

Le sport, une discipline politique d'avenir!

Ces prochaines années, la question de la place du sport dans l'accueil continu à l'école sera au cœur de nos préoccupations. Milieux sportifs, Etat et communes (notamment la Ville de Genève) devront naturellement et solidement travailler main dans la main, et répondre ainsi au vote des Genevoises et Genevois qui se sont prononcés en novembre dernier. Cette démarche implique nécessairement un partenariat élargi, incluant aussi les maisons de quartier, les associations de parents d'élèves ou d'habitants, etc. Ceci m'amène à insister sur le potentiel encore insuffisamment reconnu et exploité du sport à Genève comme outil au service de la politique de la jeunesse ou au service de l'intégration.

Au vu des défis qui attendent le sport genevois, des initiatives déjà engagées, et de la motivation certaine des acteurs concernés, tous les ingrédients sont réunis pour que la politique sportive figure dans les principaux sujets de la prochaine législature! Je me réjouirais de servir pour une pareille aventure.

 

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25/02/2011

Promotion du hockey sur glace: pour une stratégie cohérente et crédible

 

Jeudi 24 février, Simon Brandt, conseiller municipal PLR, exprimait dans les colonnes de la Tribune de Genève son enthousiasme pour le hockey sur glace en général, et le GSHC en particulier. Cet enthousiasme est largement partagé à Genève et on ne peut que s'en féliciter. Mais lorsque les autorités prennent des décisions qui engagent l'argent du contribuable, il n'y a pas de place pour du bricolage ou des propositions bâclées. De plus, les autorités ont à cœur de satisfaire tous les besoins en matière de glace: patinage populaire ou artistique, curling, manifestations populaires (soirées « Disco on Ice » par exemple).

 

Limites de l'actuelle Patinoire

La vénérable Patinoire des Vernets, qui date des années 50, ne correspond plus aux impératifs d'un club de hockey sur glace qui veut pouvoir « régater » en ligue nationale A. Avec ses 6'800 places elle constitue la plus petite patinoire du championnat suisse de première division. Lorsque MM. Tornare et Pagani ont repris le dossier en main, en juin 2007, tout était bloqué: les relations entre le Genève Servette Hockey Club et la Ville étaient au plus mal, et le crédit de rénovation était en passe d'être refusé parle Conseil municipal. Leur intervention a permis de rétablir un climat sain de collaboration avec le GSHC, et de convaincre le Conseil municipal de voter deux crédits successifs, de plus de 13 millions de francs, ainsi que d'initier une démarche de mise en commun des efforts pour le mouvement jeunesse. Jusqu'à cette date la Patinoire ne disposait d'aucune loge VIP. La rénovation, terminée en septembre 2009, a permis d'en créer plusieurs, que le Club exploite pleinement. Toutefois, il est exact que cette étape n'a pas suffi pour permettre au Club d'atteindre son équilibre financier et, depuis, différentes options sont étudiées afin de résoudre ce problème. Une première modification a d'ailleurs été réalisée par le Club en décembre 2010, avec le feu vert de la Ville, améliorant les gradins des sièges situés en-dessous des loges. Ceci étant, il faut bien se rendre compte que la Patinoire actuelle atteint clairement ses limites. De plus, le GSHC et la Ville sont soumis, évidemment, aux autorisations délivrées par l'Etat, soit par le biais du DCTI, département de M. Mark Muller. Ce département se montre très pointilleux, sur la base des normes en vigueur pour la construction, la sécurité et la protection du patrimoine, ce qui prend nécessairement du temps.

 

Infrastructure et promotion du hockey en général: destins liés!

La question de l'infrastructure va de pair avec l'ensemble des mesures concernent de près ou de loin la promotion du hockey sur glace à Genève, notamment la formation de la relève et le subventionnement du mouvement jeunesse, et la promotion des sports de glace en général. Sur la question des subventions au mouvement jeunesse « Genève Futur », je relève que le groupe PLR au Conseil municipal était divisé lors de la séance plénière du Conseil municipal le 16 février 2011: les radicaux plaidaient pour un versement immédiat des subventions et les libéraux soutenaient la position du Conseil administratif, sous l'égide de Manuel Tornare, posant d'abord des exigences en matière d'efficacité, de rigueur et de transparence. Comment peuvent réagir d'autres disciplines sportives si on renonçait dans ce cas aux exigences les plus simples alors que des montants considérables sont en jeu? Ce dossier fournit d'ailleurs l'occasion d'une clarification des règles du jeu en matière de soutien public du sport d'élite, ce qui est bénéfique.

 

L'enjeu: une nouvelle Patinoire

En ce qui concerne la patinoire, à part quelques mesures correctives, à étudier et réaliser en collaboration avec le GSHC, il ne fait pas de sens d'investir encore des montants considérables dans l'enceinte actuelle , ce qui relèverait de l'acharnement thérapeutique. Le GSHC ne le demande plus d'ailleurs. La priorité va à la construction d'une nouvelle patinoire, d'une capacité raisonnable (8 à 10'000 places), polyvalente, de préférence sur le site des Vernets, proche de l'actuelle. Elle pourrait faire l'objet d'un partenariat public-privé.

Seule une approche globale et cohérente garantira donc des solutions viables à long terme pour que le Genève Servette Hockey Club puisse jouer encore longtemps dans de bonnes conditions et que le public genevois puisse pleinement profiter de sa passion pour les sports de glace.

 

 

 

10:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : hockey, patinoire, sport, gshc | |  Facebook

23/02/2011

Discrimination injuste des porteurs de lunettes!

« Les problèmes de vue ne constituent pas une maladie », selon le Conseiller fédéral Didier Burkhalter (cf. Le Temps du 18 février 2011). C'est ainsi qu'il justifie la suppression de la prise en charge des lunettes par l'assurance-maladie de base LAMaL depuis janvier 2011. Pourtant, de nombreux spécialistes (médecins et sociologues) s'accordent à considérer que les troubles de la vue sont clairement une maladie ou un handicap, qu'ils soient liés ou non au patrimoine génétique ou au vieillissement, comme de nombreuses autres pathologies qui sont prises en charge par la LAMal.

 

Des économies dans le domaine de la santé ? Surtout un cadeau pour les assureurs !

70% de la population souffre de troubles de vue : autant de personnes, d'enfants, de familles dont le budget sera à nouveau amputé alors que les dépenses de santé ne cessent de croître, prétéritant encore plus les concerné-e-s, classe moyenne ou revenus modestes. Cette décision a déjà été abondamment critiquée, en particulier par les Socialistes bien sûr, mais les effets commencent seulement à se faire sentir, au fur et à mesure où des lunettes doivent être demandées ou remplacées.

Avec ces mesures, Didier Burkhalter espère une économie annuelle d'environ 10 millions de francs. En réalité, le résultat n'est pas une économie mais un report de charges vers les familles et les assurances complémentaires, et tout cela au bénéfice des assureurs, qui reçoivent ainsi un très joli cadeau ! C'est une attaque de plus au principe de solidarité entre tous-tes les assuré-e-s, principe sain, dont chacun-e bénéficie tôt ou tard, comme le relève Béatrice Despland, spécialiste du droit des assurances sociales, toujours dans Le Temps du 18 février 2011.

Les perosnnes ayant besoin d'un appareil auditif subiront aussi des restrictions: ces apapreils ne seront eux non plus remboursés qu'au forfait et pour des montants inférieurs de près de 50% que ceux priss en charge actuellement (max. 840 francs au lieu de 1'506 francs actuellement). Les objectifs annoncés de cette mesure : responsabilisation des patient-e-s (libre choix de l'appareil et des services de l'acousticien mais avec réduction du contrôle médical de « qualité ») et promotion de la concurrence en faisant baisser les prix.... Même Monsieur Prix, Stefan Meierhans, particulièrement dubitatif, estime que ce nouveau mécanisme introduira surtout des distorsions du marché (cf. Tribune de Genève du 24 décembre 2010) et qu'il n'entraînera dans les faits aucune baisse des prix ! La soi-disant "économie" espérée s'élève à 30 millions de francs pour les assureurs et constitue donc, en fait, également un report de charges vers les personnes concernées et les familles.

 

Les lunettes, les appareils auditifs, ce sont les patient-e-s qui sont mis à contribution !

Les économies annuelles dégagées sur ces deux prestations représentent 0,06% du budget 2011 de la Confédération (version de septembre 2010). Par ailleurs, la Confédération a dégagé en 2010 un bénéfice de 3.6 milliards de francs. Des économies aussi marginales sur des prestations indispensables sont injustifiables.

Ainsi, une fois de plus, on constate le douloureux échec du système actuel de santé avec une hausse ininterrompue des coûts et des baisses de prestations. Une fois de plus, les charges sont reportées sur les personnes et les familles. Ainsi, au-delà de la questions des lunettes de vue et des appareils auditifs, on lit avec inquiétude que 15% de la population renonce à se faire soigner faute de moyens (cf. Tribune de Genève du 22 février 2011) ! Dans une société censée être prospère comme la nôtre, c'est inacceptable!

 

Des mesures urgentes et crédibles sont indipensables

C'est surtout une raison de plus de soutenir la nouvelle initiative lancée par une large alliance, dont les Socialistes, pour une caisse publique d'assurance-maladie ! Parce que nous croyons que le service public est, à la longue, plus équitable, plus juste et plus efficace.

Et pour les personnes qui ont des soucis de vue ou d'ouïe, il est impératif que le Canton de Genève prenne, dès aujourd'hui, concrètement, ses responsabilités et étudie toute mesure possible pour pallier aux décisions de la Confédération. Genève doit lancer une initiative inter-cantonale pour faire réviser ces décisions le plus vite possible. Et à court terme, le Canton doit mettre en place une prise en charge des surcoûts induits par ces mesures pour les résident-e-s du canton de Genève, au moins à titre provisoire.

 

 

 

 

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21/02/2011

Prestations sociales municipales AVS/AI: non au diktat de l'Etat!

 

Lors de son point de presse du jeudi 17 février, le Conseil d'Etat communiquait enfin sa position concernant les prestations sociales de la Ville de Genève pour les rentiers AVS et AI résidant en ville de Genève. La menace d'une annulation du budget de la Ville de Genève planait, au motif que ces prestations seraient contraires  au droit supérieur, cantonal et surtout fédéral.  Les autorités de la ville, emmenées par Manuel Tornare, en charge du département de la cohésion sociale, et Sandrine Salerno, maire et en en charge du département des finances, ont toujours contesté ce point de vue, avec l'appui actif de la majorité de gauche du Conseil municipal.

A la veille des élections municipales le Conseil d'Etat n'a finalement pas osé exécuter ses menaces. Officiellement, la Ville est donc autorisée à continuer à verser le supplément municipal à ceux et celles qui en bénéficient déjà, en vertu de la logique des droits acquis. Toutefois, le Conseil d'Etat estime que la Ville ne devrait plus accepter de nouveaux bénéficiaires !

Inégalité de traitement et leçons de l'Etat : inacceptable !

Cette demi-mesure est inacceptable puisqu'elle introduit une inégalité de traitement. Pourquoi une personne résidant en ville de Genève et bénéficiant d'une rente cantonale complémentaire n'aurait plus droit à une rente municipale ? Je ne suis pas juriste mais je me réjouirais de voir un tel cas soumis à la justice !

Rappelons que la Ville verse aux bénéficiaires d'une rente cantonale versée par le Service des prestations complémentaires (SPC, ex-OCPA) un complément mensuel de 185 francs pour une personne seule et 265 francs pour un couple. Il s'agit d'un droit, en vigueur depuis bientôt 30 ans ! Le montant actuel versé par la Ville représente environ 10 millions de francs par an.

Le Conseil d'Etat se permet de faire la leçon à la Ville en lui proposant de couvrir d'autres besoins sociaux avec cet argent, par exemple les personnes âgées subissant « l'effet de seuil » (personnes dont le revenu net dépasse les seuils pour obtenir un soutien public). En tant que socialistes, nous refusons d'opposer les besoins et d'effectuer un nivèlement par le bas, cela nous l'avons toujours dit et c'est ainsi que nous concevons la justice sociale !

 

Ne pas opposer les besoins en matière sociale !

Il y a effectivement de nombreux besoins sociaux qui ne sont pas ou mal couverts à Genève, des familles aux bas revenus, des jeunes en difficulté ou d'autres personnes victimes de l'effet de seuil. On sait, par exemple, que la situation des familles monoparentales, en règle générale  des mères séparés ou divorcées, parfois aussi des pères, peut être très difficile. Mais faut-il punir les bénéficiaires actuels ou futurs des prestations municipales AVS/AI pour cette raison ? Pourquoi ne pas, au contraire, proposer une extension de ce supplément municipal à toutes les personnes concernées à l'échelle cantonale, connaissant les coûts de la vie dans l'agglomération genevoise ?

Enfin, l'argument phare de l'Entente au cours de ces dernières années pour supprimer les prestations Ville de Genève était de dire que les personnes âgées, grâce à l'amélioration de leur rente AVS et deuxième pilier, n'entraient pas dans la catégorie des personnes les plus démunies. Cela démontre une méconnaissance sur ce dossier. En effet, même si une partie de nos aîné-e-s ont amélioré leur niveau de vie il n'en reste pas moins que de nombreuses personnes se trouvent dans des situations de précarité et de pauvreté. De plus, à l'avenir on peut s'attendre à une péjoration de cette situation étant donné qu'il y a un nombre important de nos concitoyen-ne-s qui ne cotisent pas ou très peu au deuxième pilier ou qui vivent des situations de précarité (postes temporaires, travail sur appel, périodes de chômage répétées, AI, divorces, notamment). Des rentes complémentaires suffisantes constituent donc une des meilleures garanties possibles contre une forte augmentation de la pauvreté au 3ème âge, qui signifierait une régression sociale considérable.

Les Socialistes ont toujours défendu le développement de prestations sociales ciblant aussi d'autres besoins, tels qu'évoqués ci-dessus, et le Conseil municipal s'est mobilisé à de maintes reprises autour de ces enjeux. Parmi les nombreuses interventions parlementaires à ce sujet, citons en particulier la motion M-682 déposée en 2007 par l'Alternative et intitulée « Pour le maintien de l'action sociale en faveur des aîné-e-s et des personnes précarisées de la ville de Genève », ou la motion socialiste M-863 intitulée « Aides sociales urgentes: il y a urgence » (2009).

 

Développer les prestations pour d'autres groupes, en plus des aîné-e-s, ensemble avec les autres villes genevoises

Aujourd'hui, de plus en plus, on assiste à un report de charges sociales de la Confédération vers les cantons (exemple d'actualité : l'entrée en vigueur de la Loi révisée sur l'assurance-chômage le 1er avril, qui va précipiter des centaines de personnes vers l'assistance publique à Genève). Cette approche incite les cantons, y compris Genève, à prendre des mesures d'économie dans les prestations sociales (révision des prestations du SCARPA, suppression récente du RMCAS etc.). Ceci induit à son tour des charges supplémentaires vers les communes, notamment les villes comme Genève, qui sont aux premières loges pour subir les effets sociaux à la fois de la crise qui touche une partie de la population et de ces reports  de charges. Nous sommes évidemment prêts à assumer nos responsabilités en la matière et pouvons le faire de manière efficace, vu que nous connaissons très bien la réalité sur notre territoire grâce à notre politique de proximité. Mais nous dénonçons aussi cette tactique qui vise à étouffer financièrement les villes, souvent à majorité de gauche. Ces prochaines années, l'évolution des besoins et leur augmentation va nous amener à devoir redéfinir la politique sociale municipale, sans remettre en cause les acquis, afin de s'assurer du maintien de la cohésion sociale et de lutter contre la précarisation, la pauvreté et l'exclusion. L'un des axes prioritaires est certainement une collaboration accrue avec les autres villes genevoises, comme Vernier, Meyrin, Onex, Lancy, Carouge et les autres, dans la mesure où nous faisons face à des problématiques similaires. Cette collaboration renforcée portera très certainement sur des enjeux comme les jeunes en grande difficulté d'insertion (avec toute une série de projets municipaux déjà réalisés, comme les antennes d'insertion) et les familles à bas revenus, notamment monoparentales. Pour les familles avec des enfants en âge de scolarité primaire, le changement de l'organisation scolaire va d'ailleurs à la fois créer des opportunités et des besoins.

Refuser le chantage de l'Etat

En ce qui concerne les prestations aux aîné-e-s, le Conseil d'Etat a au moins, enfin, admis la légitimité de ces prestations. Mais il est exclu de répondre au chantage qu'il exerce en arrêtant d'accueillir de nouveaux bénéficiaires ! Ces prochaines années il faudra mener la bataille pour que cette rente devienne un droit à l'échelle cantonale. Parallèlement, nous devons veiller à ce que les autres besoins soient aussi couverts, dans une agglomération qui se distingue par une santé économique presque insolente (cf. l'article du magazine français « Le Point » du 17 février 2011) et qui n'a donc pas le droit d'accepter de pareilles disparités sociales !

 

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15/02/2011

Chômage des jeunes: une affaire sérieuse, qui nécessite des actes concrets!

 

Ce matin, mardi 15 février, j'ai eu l'occasion de mener un bref débat sur les ondes de OneFM concernant l'emploi des jeunes face à Michel Chevrolet, candidat démocrate-chrétien au Conseil administratif de la Ville de Genève. Un débat de moins de 10 minutes ne permet évidemment pas d'aborder toutes les facettes de ce sujet essentiel et sensible. Je reviens plus tard sur ce débat mais souhaite d'abord parler du problème lui-même.

Aujourd'hui, il est devenu difficile pour beaucoup de jeunes de commencer une carrière professionnelle, de trouver ce fameux « premier emploi ». Lorsqu'on examine les annonces d'emploi, on a l'impression que les entreprises cherchent des personnes entre 25 et 30 ans qui ont déjà 10 ans d'expérience au minimum... J'exagère à peine.

A Genève, on compte environ 1'700 chômeurs et chômeuses entre 15 et 24 ans, et 4'800 entre 25 et 34 ans, soit beaucoup trop (cf. site de l'Office cantonal de l'emploi). En Suisse, environ 5% des bénéficiaires de l'aide sociale ont moins de 25 ans, dont certains ont déjà des charges familiales! Dans ces statistiques ne figurent pas forcément tous les jeunes en difficulté, puisque plusieurs centaines d'entre eux ne sont inscrits nulle part et sont souvent suivis par des structures municipales et associatives car l'Etat ne s'en occupe pas vraiment. C'est notamment le cas de jeunes en rupture de scolarité. Ces derniers partent souvent dans des trajectoires de rupture pouvant les mener à la précarisation complète pour de longues années.

Par conséquent, on doit prendre très au sérieux ce problème. Un pays qui n'offre pas d'avenir à ses jeunes handicape son propre avenir.

 

La Ville de Genève a un rôle à jouer

Rappelons que les règles du jeu en la matière sont essentiellement fédérales (loi sur l'assurance-chômage, politique économique) et cantonales (politique de l'emploi, politique de la formation, politique économique). Les communes en général, et les villes en particulier, ont certainement une contribution à apporter, mais qui ne peut pas résoudre entièrement le problème. Ceci n'a pas empêché une ville comme Genève de prendre des mesures concrètes pour améliorer les perspectives offertes aux jeunes sur le marché du travail local, dont voici quelques-unes:

-          La Ville de Genève comme employeur a renforcé son offre de places d'apprentissage ; le département de Manuel Tornare était déjà le plus dynamique en la matière (espaces verts, social, petite enfance, écoles, etc.), et depuis l'arrivée de Sandrine Salerno à la tête de la politique du personnel de la Ville, on constate une augmentation générale de 40% du nombre de places d'apprentissage en Ville, avec des taux réjouissants de réussite.

-          La Ville de Genève a récemment renouvelé, sur initiative de la gauche, son soutien à la Fondetec, fondation municipale de soutien au tissu économique local, avec une contribution de 10 millions ; l'action de la Fondetec crée ainsi des emplois, y compris pour les jeunes.

-          La Ville de Genève a réorganisé le "Fonds chômage", sous l'impulsion de Sandrine Salerno, afin de favoriser des projets innovants d'insertion professionnelle, notamment aussi pour les jeunes.

-          La Ville de Genève a créé en 2009 l'Antenne d'insertion VIA pour jeunes en grande difficulté d'insertion, afin de donner aux jeunes (à terme entre 60 et 80 par année) une chance de redémarrer sur de nouvelles bases. Les premiers résultats sont prometteurs !

-          Depuis 2000 la Délégation à la jeunesse, créée par Manuel Tornare, soutient directement des projets innovants initiés par les jeunes, par exemple dans le domaine artistique ou sportif, notamment pour permettre d'acquérir une expérience de gestion de lancements de projets, de recherche de fonds, de marketing, etc.

-          A l'initiative de Sandrine Salerno la Ville de Genève soutient aussi activement le développement de l'économie sociale et solidaire ESS), composée d'entreprises et organisations à but non lucratif mais créant des emplois, et qui offrent de nombreuses opportunités aux jeunes.

Ces projets sont d'ailleurs souvent recueilli un soutien large du Parlement municipal, au-delà des clivages gauche-droite.

Les Socialistes ont encore d'autres projets, comme en témoigne l'initiative municipale déposée avec plus de 5'300 signatures en janvier 2011 en faveur de la création de 300 nouvelles places d'apprentissage dans les entreprises installées en ville de Genève.

D'autres villes genevoises, comme Vernier, Meyrin, Carouge, Onex et d'autres, ont également agi de manière similaire à leur échelle respective, souvent à l'initiative des Socialistes.

 

L'effort principal doit se faire au niveau cantonal

Ceci étant, si on souhaite réellement réduire le nombre de jeunes en difficulté d'insertion, l'effort principal doit se faire au niveau cantonal. François Longchamp, ministre radical de l'emploi du canton de Genève, a certainement déjà montré une volonté de s'attaquer au problème, en collaboration avec Charles Beer, ministre socialiste de l'éducation. Mais cet effort est largement insuffisant ! Il faut renforcer la prise en charge encore plus en amont de ce qui se fait déjà, il est nécessaire d'intensifier la collaboration entre intervenants étatiques et institutionnels est encore trop lacunaire, les efforts pour convaincre le secteur privé de contribuer à la solution ne sont pas assez poussés, et il n'y a pas assez d'efforts pour reprendre en main les jeunes déscolarisés, sans diplômes, et qui ont subi une série d'échecs. Bref, il y a encore beaucoup plus de travail !

De plus, la révision de l'assurance-chômage, qui entre en vigueur le 1er avril prochain, va aggraver le problème, puisque le nombre d'indemnités que pourra toucher une personne de moins de 25 ans seront réduites de moitié et que le délai d'attente sera nouvellement de 6 mois avant de pouvoir prétendre à des indemnités. Cerise sur le gâteau, les jeunes jusqu'à 30 ans devront accepter n'importe quel poste, même s'il n'a rien à voir avec leur formation, ce qui représente un gaspillage conséquent des deniers publics.

 

La vraie politique du PDC genevois

Cette révision a été activement soutenue par toute la droite genevoise, dont les pontes du PDC, ce que Michel Chevrolet se garde bien de rappeler. Seul Pierre Maudet, membre radical de l'exécutif municipal (et théoriquement allié de Michel Chevrolet...), a eu le courage de s'y opposer. Lorsque Michel Chevrolet attaque la Ville, comme d'habitude, parce qu'au fond il n'a pas grand-chose de concret à proposer, faut-il aussi lui rappeler que la politique cantonale de l'emploi, avant d'être reprise par François Longchamp, a été gérée pendant très longtemps par des ministres PDC, feu Jean-Philippe Maître, Carlo Lamprecht puis Pierre-François Unger ? Et que leur principe de base semble avoir été : ne rien faire, c'est ce qu'il y a de mieux à faire ? Ce qu'on paie chèrement aujourd'hui ?

Bon, reconnaissons que Michel Chevrolet a formulé deux propositions ce matin à la radio. La première, celle d'accorder des rabais aux entreprises sur la base de la taxe professionnelle municipale, est illégale (égalité devant l'impôt) ; de plus elle se heurte à la volonté de ses alliés libéraux d'abolir purement et simplement cette taxe (ce qui représente 120 millions de francs en moins de recettes pour la Ville de Genève, 10% de son budget municipal). La seconde, c'est d'utiliser la Fondetec pour soutenir des projets innovants : une idée intéressante, qu'on peut discuter, et qui a le mérite de relever que la Fondetec, idée socialiste, est une institution utile.

Bref, avant de prôner le changement pour le plaisir du changement (mais quel changement ?), il faut être crédible. Lorsqu'on parle du chômage des jeunes, la solution ne peut consister uniquement à soutenir des clubs privés festifs ! Les jeunes attendent des actes concrets, pas du vent.

 

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14/02/2011

Arrêtons les guerres fiscales, investissons pour Genève !

 

Ce dimanche 13 février, le projet d'amnistie fiscale a été refusé par 53% des Genevoises et Genevois ayant voté, soit une belle victoire pour les opposants à ce projet excessif. Mais ce résultat, plutôt serré, doit nous interpeller à gauche, par rapport à l'image de l'impôt en général et aux prochains débats fiscaux. Certes, ce qui compte c'est la victoire, courte ou pas. Une amnistie qui allait beaucoup trop loin en récompensant les fraudeurs, au mépris des contribuables qui paient honnêtement leurs impôts, est ainsi rejetée.

Les résultats en Ville de Genève, avec 58% de refus, sont nets et donc encourageants. Sur 17 arrondissements électoraux de la Ville de Genève, 14 ont refusé le projet, même si c'est parfois de justesse. C'est d'autant plus méritoire que le projet était largement soutenu, par l'Entente bien sûr (radicaux, libéraux et démocrates-chrétiens), mais aussi par le MCG et l'UDC. Ainsi, les Socialistes et ses alliés de l'Alternative ont su convaincre près de 6 électrices et électeurs sur 10 en Ville. Les résultats sont similaires à Vernier, Meyrin, Lancy, Onex ou Carouge, par exemple. On retrouve ainsi à Genève un clivage villes-campagne, semblable au clivage de plus en plus fréquent sur le plan des votations fédérales, qui prend le dessus sur le clivage habituel du Röstigraben. Les villes votent de manière plus progressiste que la campagne, et ceci s'accentue (on le voit bien avec l'initiative sur la protection face à la violence des armes). Je relève au passage que le MCG confirme sa contradiction fondamentale entre son discours soi-disant en faveur des Genevoises et Genevois modestes et sa politique réelle, une vraie politique de droite dure.

 

Démantèlement fiscal annoncé ?

Malgré tout, il y a des raisons de s'alarmer. Les résultats spécifiques de la Ville de Genève, ou des autres villes genevoises, ont une valeur symbolique, politiquement importante certes, mais sans signification réelle sur l'avenir du débat fiscal, vu que les règles du jeu ne sont pas municipales.

Ces règles sont essentiellement fédérales, puis cantonales. Aujourd'hui, dans le canton de Genève, nous avons déjà subi deux baisses d'impôt sur proposition de la droite (en 1999 et 2009), sans oublier la suppression de pans entiers de l'impôt sur les successions. Ces « cadeaux fiscaux » expliquent les difficultés budgétaires auxquelles le canton doit faire face. Et la prochaine bataille que veut mener la droite est celle de la suppression de la taxe professionnelle, recette importante pour de nombreuses communes (10% des recettes dans le cas de la Ville de Genève !). S'y ajoute la proposition adoptée par la Constituante, sur initiative de la droite, visant à supprimer purement et simplement la péréquation fiscale intercommunale, touchant là aussi essentiellement les communes urbaines, c'est-à-dire les villes genevoises. Cette péréquation, que de nombreuses villes en Suisse nous envient, permet de rééquilibrer les recettes fiscales  entre le lieu de domicile et le lieu de travail, et donc vers les villes qui ont les charges pour toute la population du canton (culture, social, sport, etc.).En 2003 j'écrivais dans une libre opinion parue dans la Tribune de Genève, alors que je siégeais au Grand Conseil, que la droite genevoise semblait plus préoccupée par le fait de « mater » la Ville de Genève à majorité de gauche que par le bien-être du canton en général. Cette volonté semble toujours bien réelle. Elle aurait même tendance à se renforcer. De plus, si on en croit certaines informations, des nuages sombres s'accumulent à l'horizon en matière fiscale, en lien avec les pressions européennes sur la fiscalité des entreprises. Or les villes genevoises semblent être en première ligne pour subir l'effet de ces prochaines baisses, qui s'accompagnent d'un report de charges croissant de la Confédération vers les cantons, et par ricochet vers les villes, en matière sociale (exemple : baisse des prestations de l'assurance-chômage dès le 1er avril 2011 = augmentation des charges sociales pour les cantons et des villes).

 

Oui à une amnistie fiscale raisonnable aussi favorable à la classe moyenne

Pourtant un projet plus raisonnable d'amnistie fiscale aurait pu passer la rampe, le score de ce dimanche en est l'indicateur le plus sûr. Le principal défaut stratégique de ce projet était qu'il ne pouvait bénéficier qu'aux revenus élevés. Si la droite avait accepté de présenter un projet plus équilibré, et pensé aux petits revenus, la gauche aurait pu entrer en matière. L'exemple du Jura a souvent été cité comme pouvant constituer une base de travail, mais une frange dure de la droite a préféré un vieux projet tessinois, passé aux oubliettes depuis.

Aujourd'hui, à Genève, les motifs d'inquiétude sur la situation socioéconomique se multiplient. On ne doit plus seulement citer les personnes déjà précarisées comme source de préoccupation, mais aussi une proportion importante de la classe moyenne. Celle-ci, tout en ne bénéficiant pas d'aides sociales, constate que les fins de mois deviennent de plus en plus rudes, entre les primes d'assurance-maladie qui n'en finissent plus d'augmenter, les loyers, les impôts, les fris de garde... Et la précarisation guette un nombre bien trop élevé de personnes et de familles dans cette catégorie. Les intérêts de ces contribuables ne sont plus du tout défendus par la droite classique, et encore moins par le MCG ou l'UDC. Une mesure raisonnable d'amnistie, bénéficiant aussi à ceux et celles qui se retrouvent en procédure de poursuite par exemple, aurait fait sens, politiquement, économiquement, socialement et éthiquement.

Mais la question de l'amnistie est finalement anecdotique sur le plan budgétaire. Ses partisans ont voulu nous appâter avec les recettes qui en découleraient, pour financer les prestations, mais au prix de quels sacrifices éthiques ? Et surtout pour un bénéfice unique ? Pour mieux justifier ensuite d'autres baisses fiscales ? Est-ce que les velléités de démantèlement fiscal vont-elles continuer ? Est-ce que la droite genevoise a-t-elle un projet pour Genève qui ne se limite pas à des cadeaux fiscaux pour les hauts revenus ?

 

Des investissements pour Genève plutôt que des guerres fiscales !

Force est de l'admettre, il est facile de vendre une baisse fiscale, en faisant miroiter le gain à court terme qui en résulte. Il est pourtant souvent modeste pour la plupart des contribuables. Les deux dernières propositions de baisse ont passé la rampe, alors que toutes les propositions de la gauche, visant une hausse fiscale ciblée sur les hauts revenus et/ou les grandes fortunes ont échoué. La gauche a un défi considérable à relever pour défendre l'impôt et le service public, et la droite pour arrêter de se faire plaisir avec des réductions d'impôts. Aujourd'hui, au vu des défis qui se posent à Genève, il est impératif de mettre fin aux guerres fiscales.

Genève a des besoins vitaux dans de nombreux domaines : logements, infrastructures, rénovation du patrimoine bâti, transports, enseignement, formation et perfectionnement, promotion du tissu économique local pour lutter contre le chômage, intégration, politique familiale, et bien d'autres domaines. Et je pourrais ajouter la liste des chantiers institutionnels, comme une meilleure organisation du territoire entre canton et communes, en prenant en compte la dimension régionale. Genève connaît une expansion économique et démographique très marquée, de plus en plus déséquilibrée, qui crée des tensions fortes, en matière d'emploi, de logement, de circulation, et qui met cruellement en évidence nos retards cumulés. La qualité de vie qui caractérise notre région est ainsi sérieusement menacée, du moins pour la plus grande partie des habitantes et habitants, qui n'auront plus les moyens d'en bénéficier, si Genève devient Monaco-sur-Léman. Pour tenter de combler ces retards, le fait de mener des guerres fiscales à répétition ne représente certainement pas la bonne approche. Aujourd'hui, toute proposition fiscale qui alimenterait un conflit polarisant gauche-droite est synonyme d'échec et de régression pour Genève, quel que soit le résultat en votation.

Que ce soit sur des mesures d'amnistie, sur une réforme de la taxe professionnelle, ou sur d'autres enjeux fiscaux, un débat ouvert et constructif est nécessaire et possible, à condition de l'aborder avec une réelle conscience de ces besoins et une bonne foi suffisante, pas en jouant les pyromanes ! La priorité, aujourd'hui, va incontestablement aux meilleurs moyens de réaliser les investissements nécessaires à l'avenir de Genève.

 

 

15:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : fiscalité, genève, projet, classe moyenne, amnistie | |  Facebook

11/02/2011

Crise des « logements de fonction » au DCTI : négligence coupable !

 

L'affaire des logements gérés par le Département de Mark Muller et loués à des loyers défiant toute concurrence (dont à des fonctionnaires du DCTI justement !) est surtout symptomatique d'une absence complète de sens des responsabilités institutionnelles de la part d'un magistrat. Il s'était pourtant largement distingué comme donneur de leçons de bonne gestion lorsqu'il était conseiller municipal ou député !

Certains ont affirmé, dans une vaine tentative de justifier cette situation, que cette affaire est marginale du point de vue de l'impact financier pour l'Etat, ou que ces locations à bas prix étaient acceptables, parce que temporaires dans l'attente d'opérations immobilières dans ces périmètres. Mais à l'heure où le marché du logement génère tellement de frustrations et de tensions pour toute citoyenne, tout citoyen qui cherche désespérément un appartement à prix abordable, cette affaire est évidemment choquante. Et la notion de « temporaire » a visiblement une signification particulière au DCTI, lorsqu'on parle de situations qui durent depuis 10 ans ou plus ! De plus, force est de constater que cette situation a déjà été identifiée et documentée en 2005 déjà, ce que même Mark Muller a admis.

En tant que député au Grand Conseil, j'ai siégé à la Commission de contrôle de gestion pendant près de 3 ans (2003 - 2005). La mission de cette commission, dont la presse a beaucoup parlé ces jours, est d'exercer une surveillance parlementaire sur l'Etat. Pour cela, elle dispose de prérogatives étendues, qui incluent l'accès intégral aux rapports de l'Inspection cantonale des finances. Elle peut auditionner le magistrat ou la magistrate concerné-e pour vérifier les mesures prises ou prévues. Il lui arrive aussi de lancer ses propres enquêtes: ainsi le cas du Stade de Genève en 2003- 2004, qui a fait l'objet d'une enquête approfondie menée par Ivan Slatkine (député libéral) et moi-même (cf. rapport).

La plupart des membres du Conseil d'Etat que j'ai connus ont toujours pris très au sérieux les rapports de l'ICF et de la Commission de contrôle de gestion. Il y va du bon fonctionnement de l'Etat et donc de l'intérêt des Genevoises et des Genevois, comme citoyen-ne-s et contribuables, afin de maintenir et renforcer la confiance dans le service public. De nos jours, un-e magistrat-e se doit de mettre en place les mesures et outils qui lui permettent de connaître son département et d'identifier les lacunes, faiblesses, et autre dysfonctionnements. Et, sur cette base, il est ensuite impératif de prendre les mesures dès qu'un problème est identifié. Certains articles récents faisaient le parallèle entre la situation au DCTI et le cas de la Gérance immobilière municipale (GIM) de la Ville de Genève, dans le Département actuellement placé sous la responsabilité de la Maire socialiste, Madame Sandrine Salerno. La comparaison est justement intéressante : dès son arrivée, elle a effectué un état des lieux, constaté que la GIM était en mauvais état, et pris des mesures drastiques, incluant des changements majeurs dans les postes de responsables. Ces changements lui ont d'ailleurs valu à l'époque de fortes critiques. En attendant, la GIM est aujourd'hui assainie et a recommencé à faire son travail correctement. De plus, la GIM gère 5'000 logements, 650 locaux professionnels et 490 arcades : rien à voir avec la Gérance immobilière de l'Etat !

Mark Muller n'a visiblement pas pris au sérieux ses responsabilités en matière de gestion. Pourtant, à l'époque où je siégeais avec lui sur les bancs du Parlement, d'abord à l'échelon municipal, puis cantonal, il était le premier à faire la leçon au Conseil administratif ou au Conseil d'Etat en matière de gestion et de rigueur. Au Grand Conseil, il a même été l'auteur principal d'un projet de loi qui visait tout simplement au démantèlement complet du statut de la fonction publique, au nom de l'efficacité, de la productivité, de la transparence ! Et quelle énergie n'a-t-il pas mis pour combattre les lieux occupés, les « squats », au nom de l'Etat de droit ? Mark Muller représentait donc à merveille la tendance dominante du Parti libéral du « moins d'Etat » et du dénigrement du service public. Evidemment il est beaucoup plus facile de faire la leçon aux autres que de se les appliquer à soi-même...

Soit, il a annoncé mercredi un plan d'action. Mais c'est bien tard ! Et pourquoi faut-il une « task force » de 5 personnes pendant un an ( !) pour régler ce problème ? Mark Muller aurait pu, il aurait même dû (!) démontrer sa capacité de gestion exemplaire dès son arrivée au gouvernement, plus que tout-e autre magistrat-e. Mais il a multiplié les restructurations, les effets d'annonce et les dérobades ... pour, aujourd'hui, afficher un bilan inexistant, un département sinistré et une crédibilité très largement entamée. Dans cette affaire, comme dans d'autres, Mark Muller a témoigné d'un laxisme coupable, voire de complicité passive par négligence. C'est inacceptable ! Le Parlement, notamment la Commission de contrôle de gestion, doit donc continuer son travail et prendre ses responsabilités pour restaurer la confiance.

 

09:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : logement, contrôle, parlement, gouvernement | |  Facebook

10/02/2011

La fête est terminée, le combat continue!

48 heures sont passées, les commémorations du « jubilé » se sont terminées, on a eu droit à une émisison Infrarouge de la TSR et l'actualité s'intéresse déjà à autre chose. Le 7 février 2011, nous marquions les 40 ans du droit de vote des femmes. Je dis bien « marquions » et pas « fêtions », car il n'y avait franchement aucun motif de fête, alors que ce droit était dû depuis si longtemps ! Et il a fallu 20 de plus pour que le dernier bastion de résistance machiste, le canton d'Appenzell Rhodes Intérieures, s'incline enfin devant un ordre du Tribunal fédéral pour l'octroi du droit de vote aux femmes sur le plan cantonal. On ne peut que saluer le courage et la persévérance de celles, nombreuses, et ceux, nettement moins nombreux, qui se sont battu-e-s pour un droit pourtant évident dans toute société qui se veut démocratique. Et la Suisse est fière de sa démocratie soi-disant si ancienne !

Cette commémoration doit au moins nous servir à deux choses :

Premièrement, on peut et doit se rendre compte que dans un système politique comme la Suisse, il vaut vraiment la peine d'être persévérant et ne pas se laisser impressionner par un échec, comme l'ont aussi montré l'introduction de l'AVS ou celle de l'assurance-maternité. Ces victoires doivent nous soutenir dans le combat pour les droits civiques des étrangères et étrangers résident-e-s, par exemple, ou pour la régularisation des sans-papiers. Et il faut faire évoluer non seulement le droit mais aussi les mentalités, ce qui est un combat parfois bien plus ardu ! En effet, l'égalité en droit, étape indispensable mais non suffisante, ne protège malheureusement pas toujours assez contre les inégalités au quotidien, aussi bien en matière de sexisme que de racisme ou de discrimination socioéconomique.

Et deuxièmement, nous ne devons pas oublier que rien n'est définitivement acquis. Lorsqu'on entend les discours récents du ministre de la défense et de son parti sur la place des femmes dans la société, je constate à quel point cette lutte reste d'actualité. Sur de nombreux plans, symboliques et matériels, les discriminations entre hommes et femmes existent encore. Des dérapages récents et pernicieux, aussi bien dans le monde politique que dans la vie de tous les jours (par exemple dans les relations entre adolescent-e-s), nous incitent à rester très mobilisé-e-s !

Cet « anniversaire » est donc l'occasion de rappeler que la lutte pour l'égalité constitue un engagement constant, quotidien, dans tous les domaines, et que nous devons chacune et chacun y contribuer activement. L'égalité entre les sexes est de la responsabilité de toutes et de tous.

 

 

08:36 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : genève, égalité, vote, sexisme, discrimination | |  Facebook

28/01/2011

Nouvelle loi sur le chômage : dur dur pour les artistes !

Le 1er avril 2011, la révision de la Loi fédérale sur l'assurance-chômage (LACI) entrera en vigueur et conduira de nombreuses personnes dans la précarité, notamment les jeunes et les personnes de plus de 55 ans, en raison du durcissement substantiel des dispositions concernant plusieurs catégories de travailleuses et travailleurs. Cette révision aura ainsi des effets désastreux avec un transfert massif de personnes de l'assurance-chômage vers l'assistance publique.

Parmi les personnes les plus touchées par cette révision figurent les « intermittent-e-s du spectacle », c'est-à-dire les personnes exerçant de manière irrégulière et souvent à temps partiel une activité d'artiste (que ce soit dans la musique, le théâtre, la danse, etc.), parfois sur une base saisonnière.

La nouvelle loi induit un allongement des durées de cotisation nécessaires pour avoir droit aux indemnités journalières et une réduction de la durée de celles-ci, pour différentes catégories de personnes. Les délais d'attente et les périodes de cotisation exigées seront nettement plus longues (durée de cotisation de 18 mois sur deux ans, au lieu de 12 mois sur deux ans de cotisations dans l'ancienne loi).

Dans une société où la tendance au travail temporaire et à temps partiel augmente, cette nouvelle approche est néfaste. Dans le cas des artistes, où la rémunération se fait souvent aussi au cachet, c'est plus particulièrement le cas.

Artistes à l'assistance publique le 1er avril ? Un très mauvais poisson d'avril !

Depuis la votation référendaire du 26 septembre 2010, les représentant-e-s des intermittent-e-s en Suisse romande (Syndicat suisse romand du spectacle SSRS, Action intermittents, et d'autres), avec l'appui notamment du Conseil administratif de la Ville de Genève, essaient d'obtenir au moins des dispositions particulières et des mesures concrètes de la part des pouvoirs publics afin d'éviter une sérieuse aggravation de leur situation au 1er avril.

Concrètement, un grand nombre d'artistes se retrouveront à l'assistance publique dès cette date, du jour au lendemain, et donc fortement précarisés. A terme, le résultat pourrait être une division de la culture en deux mondes distincts et inégaux, avec d'une part une minorité d'artistes engagés sur une base relativement stable dans de grandes institutions financièrement bien dotées, et d'autre part un appauvrissement des autres activités culturelles faute de conditions d'emploi minimalement acceptables, réduisant ainsi la diversité et la richesse dans le domaine culturel. On freinera ainsi aussi fortement les vocations et donc la relève, entraînant une baisse qualitative et quantitative de l'expression artistique.

Les non-réponses du Canton sont inquiétantes

L'Etat de Genève avait pourtant, avant la révision de la LACI, témoigné un intérêt pour la situation des intermittent-e-s sur un plan plus large (précarité du financement des retraites, par exemple) en mettant en place un groupe de travail mixte (début 2010) à ce sujet. Toutefois, ce groupe a produit un rapport ... et il n'y a pas encore eu de suites à ma connaissance.

Plus récemment, François Longchamp, ministre de l'emploi du canton de Genève, admettait dans le Courrier (édition 28 décembre 2010) ne pas savoir combien de personnes seraient touchées dans le canton de Genève par les effets de cette révision. Rappelons que son parti (radical) avait très activement soutenu la révision de la loi sur le chômage au niveau suisse (avec l'appui massif du patronat, qui y a consacré des moyens considérables). Ce flou est inadmissible. Non seulement le Conseil d'Etat doit exiger de Berne des informations précises sur les personnes visées par l'introduction de la nouvelle loi mais doit également proposer des solutions et prévoir des moyens pour corriger ses conséquences les plus dramatiques.

Le fonds de soutien aux intermittent-e-s (alimenté de manière paritaire par le Canton et la Ville de Genève) a été, sous la pression de la gauche et à l'initiative de la Maire socialiste Sandrine Salerno, augmenté dans le budget 2011. Cela permettra de créer des emplois mais ne pourra pas corriger les pertes de revenus ou l'entrée à l'assistance publique. D'autres mesures concrètes doivent être prises urgemment !

Ces mesures sont de plusieurs ordres, et dépendent à la fois de la Confédération, du Canton et de la Ville.

Soutenir la proposition du Comité 12a

Sur le plan fédéral, le « Comité 12.a » (référence à l'article 12 alinéa a de l'ordonnance fédérale d'application de la loi fédérale), qui regroupe les nombreuses organisations soutenant les intermittent-e-s, propose justement le doublement des 90 premiers jours de cotisation (et non plus seulement les 30 premiers), adoucissant ainsi les effets pervers de l'allongement de la durée de cotisation dans le cas des intermittent-e-s du spectacle.

Ce Comité a porté cette proposition au niveau fédéral car l'ordonnance est actuellement en consultation. Cette proposition a été soutenue par Action intermittents et par les organisations professionnelles. Le Conseil administratif de Genève l'a également soutenue par le biais d'un courrier signé par Sandrine Salerno.

Le Conseil d'Etat ne peut, de son côté, se désintéresser de cette situation, sous prétexte que la politique culturelle est principalement du ressort de la Ville, alors même qu'il réclame un rôle accru dans ce domaine. Le gouvernement genevois est directement concerné, car il est responsable de la formation et la relève, sans compter ses responsabilités en matière de défense de l'emploi. Ce serait particulièrement cynique de ne pas prévoir des mesures compensatoires, selon ce qui figurera dans la version finale de l'Ordonnance fédérale d'application de la LACI révisée.

Des mesures multiples, un débat ncéessaire, des décisions urgentes

Différentes mesures sont envisageables à court, moyen et long terme. Certaines améliorent directement le statut social de l'artiste ; d'autres améliorent l'activité elle-même avec un effet positif sur l'emploi mais aussi sur la production et la diffusion des œuvres, voire la collaboration régionale, interurbaine et transfrontalière. La Ville de Genève, qui reste l'acteur le plus engagé de la politique culturelle à Genève, doit évidemment assurer un rôle très actif et le Conseil administratif a déjà témoigné de son engagement. Toutefois on attend aussi un engagement fort du Canton dans ce domaine. Parmi les mesures je citerai :

  • Prévoir des mesures compensatoires provisoires, à court terme, pour pallier aux effets immédiats de l'entrée en vigueur de la LACI révisée le 1er avril 2011 ;
  • Mettre en place une assurance « perte de gain » ad hoc pour toutes et tous les artistes, sous une forme ou une autre ;
  • Revoir le système de financement (aide financières pour les spectacles) afin de payer également le travail en amont et après les spectacles, ceci afin de prolonger la durée des cotisations des professionnels et des artistes ;
  • Collaborer avec les autres villes et acteurs (cantons, fondations, etc.) afin de soutenir la mobilité des artistes en dehors des frontières du canton (par exemple en favorisant les spectacles dans d'autres cantons) ;
  • Initier des partenariats avec d'autres Villes en matière de production artistique ou renforcer les partenariats existants entre institutions, la Ville jouant alors le rôle de facilitatrice ;
  • Favoriser la reprise des œuvres ailleurs dans le canton (et la région !) afin, d'une part, d'allonger la durée des œuvres et donc de l'emploi et, d'autre part, aller à la rencontre des publics dans les communes, ce qui a pour effet corollaire bienvenu de renforcer la démocratisation de l'accès à la culture.

Aucune mesure ne résoudra à elle seule le problème mais il est vital et urgent d'accélérer le débat sur les mesures à prendre qui concernent l'ensemble des partenaires, et de prendre des décisions concrètes.

Il y va de la grandeur et de l'épanouissement de la culture, sur le plan de sa richesse, de sa diversité, de sa qualité, et donc de la reconnaissance de son rôle fondamental pour toutes et tous.

 

 

09:44 Publié dans Genève, Genève et la Suisse, Humeur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : artistes, intermittents, chômage, culture | |  Facebook

19/01/2011

Chômage : un grand écart inacceptable !

Récemment (cf. article dans la TdG du 7 janvier 2011) on apprenait que le taux de chômage à Genève avait augmenté en fin d'année, en comparaison annuelle, pour passer à 6.3% ou 6.9% selon les méthodes de calcul. Genève occupe ainsi une bien déplorable première place du chômage en Suisse.

Un taux élevé de chômage dans une région en pleine croissance

Ce lundi 17 janvier, le directeur de l'Office cantonal de l'emploi, Monsieur Patrick Schmied, confirmait dans la Tribune de Genève l'existence d'un réel problème de chômage structurel à Genève, touchant surtout les seniors et les personnes peu qualifiées. En plus du taux élevé de chômage, il faut y ajouter toutes celles et tous ceux qui ont épuisé leurs droits à l'assurance-chômage et qui diminuent donc artificiellement les statistiques. Il faut aussi compter ceux et celles qui ont un emploi, mais à temps partiel en dessous de leur besoin, et donc sous-occupées. Ou encore ceux et celles qui ont un salaire tellement bas qu'ils ont même un nom pour les définir : les "working poors". Tout cela dans une agglomération genevoise où les coûts de la vie sont notoirement très élevés.

A-t-on le droit d'être fataliste face à cette situation ? Certainement pas, et j'imagine que personne ne prétendra vouloir baisser les bras. Mais, à un moment donné, il faudra bien se poser quelques questions (et trouver des réponses) sur le type de croissance économique que nous souhaitons pour Genève, respectivement celle que Genève peut assumer.

Genève est une des régions d'Europe les plus dynamiques, sur le plan des critères macroéconomiques: non seulement les effets de la crise de 2008-09 ont été moindres qu'ailleurs, même si des personnes ont perdu leur emploi, mais la région connaît un taux moyen de croissance à faire pâlir de jalousie de nombreuses autres régions, et continue à attirer de nombreuses entreprises pour implanter leur siège européen ou mondial. Champagne? Oui mais avec un goût très amer!!!

Quels motifs pour ce grand écart?

Les raisons de ce grand écart sont multiples : il y a certainement des problèmes de qualifications insuffisantes pour une partie des situations, dans un marché du travail de plus en plus concurrentiel et sélectif. Toutefois, il faut bien constater que, pour certaines entreprises hautement spécialisées, l'implantation d'une branche ou d'un siège à Genève se fait en « important » la plus grande partie du personnel depuis l'ancienne localisation : des revenus fiscaux supplémentaires, certes, de même que des dépenses supplémentaires en consommation courante dans l'économie locale, oui ! Mais aussi une aggravation de la pénurie du logement, du trafic en plus, et aucun apport substantiel à l'emploi local... Et dans certaines branches les réseaux de recrutement sont de plus en plus globalisés et ne prennent pas en compte le marché local du travail plus spécifiquement que n'importe quelle autre source de recrutement. Quant à la concurrence salariale, elle est réelle, et prétendre que le dumping salarial est insignifiant relève de la naïveté.

Oui à l'ouverture ... mis accompagnée!!!

Nous avons voulu les accords bilatéraux et l'ouverture des frontières et je ne propose certainement pas de revenir là-dessus. Mais nous, socialistes, alliés aux syndicats, avions aussi lourdement insisté sur les mesures d'accompagnement, comme une lutte réellement active contre le dumping salarial, des mesures très actives de lutte contre le chômage (reconversions, aide à la recherche d'emploi, promotion économique endogène, etc.). Et aujourd'hui, pour une agglomération aussi ouverte économiquement comme l'est Genève, on peut sérieusement se demande si les mesures d'accompagnement sont suffisantes. Poser la question, c'est y répondre.

Il n'y a pas de baguette magique pour résoudre le problème du chômage mais il est tout aussi certain que la tension sociale va devenir considérable si des mesures plus fortes ne sont pas prises. Ceci est d'autant plus vrai avec l'entrée en vigueur de la loi révisée au 1er avril, qui risque fort de précipiter de nombreuses personnes au chômage en fin de droit vers l'assistance. On peut y ajouter les intermittents du spectacle, sujet sur lequel je reviendrai bientôt, comme victimes (parmi bien d'autres !) de cette loi révisée.

Des mesures efficaces contre le chômage

Si on veut éviter une explosion sociale, il devient urgent de dépasser les mesures palliatives et statistiques, et d'investir réellement des moyens importants dans la reconversion et le soutien à la recherche d'emploi, la croissance économique endogène et la lutte contre le dumping salarial. Il est temps de reconstruire un véritable pacte pour l'emploi, alliant toutes les forces publiques, associatives, privées, pour résoudre ce problème ou tout au moins le diminuer nettement.

Face à l'implantation d'entreprises étrangères, il faut se montrer beaucoup plus actif pour négocier un taux plus important de recrutement sur le marché local du travail. Et lorsqu'on parle de marché du travail « local » il couvre toute la région. Aujourd'hui les principaux concurrents des « genevois » sur le marché du travail ne sont pas les savoyards ou les vaudois, mais des personnes venant des 4 coins de France et d'Europe, voire plus loin. On ne peut pas imposer d'embauches aux entreprises mais je suis sûr qu'on n'a pas épuisé toutes les capacités de persuasion forte dans ce domaine !!! S'il faut passer par des mesures fiscales incitatives ou dissuasives à l'encontre des entreprises qui « importeraient » la plus grande partie de leur personnel au moment de l'implantation ou dans les mois qui suivent, il faut l'envisager sérieusement ! Sinon les coûts induits, directs et indirects, de telles implantations risquent de dépasser les bénéfices, du moins dans la perception d'une partie de la population.

Non à Monaco-sur-Léman, oui à une région où chacun-e a sa place

Cette tendance confirme l'option que certains milieux semblent défendre, à savoir faire évoluer Genève vers une sorte de Monaco-sur-Léman, cité axée sur les services financiers et réservée à une petite couche privilégiée, le « reste » de la population étant progressivement rejeté vers la périphérie. Cette option n'est ni acceptable, ni viable. Et la combattre, intelligemment mais fermement, revient à réaffirmer le primat du politique sur l'économie, primat auquel je me permets de croire avec conviction !

Ce grand écart entre un nombre record de créations d'emploi et un taux de chômage très élevé mène tout droit à une dislocation sociale dangereuse. Il nourrit des frustrations (justifiées !) et sert de terreau fertile aux forces politiques qui ont décidé d'en faire leur beurre, la tactique du bouc émissaire, sans pour autant proposer de solution viable. Genève n'est pas une mégapole de 10-20 millions d'habitants qui peut faire semblant d'ignorer le sort d'une partie de sa population. C'est un canton où résident 450'000 personnes de toutes origines et situations, dans une agglomération de 800'000 habitantes et habitants en pleine croissance démographique, dont le destin sera commun ou ne sera pas. La cohésion sociale n'est pas qu'un luxe ou un fantasme d'idéaliste indécrottable, c'est une nécessité impérative pour la stabilité et la viabilité de cette région.

 

 

13:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chômage, croissance, genève, emploi | |  Facebook

13/12/2010

Votons ce budget, vite et bien!

Le vote du budget, un acte politique fondamental

Le vote annuel du budget est l'acte politique fondamental d'un parlement, puisque non seulement il valide la mise à disposition des ressources nécessaires à l'action publique, mais surtout il traduit les choix politiques effectués.

Pour les communes genevoises en général et la Ville de Genève en particulier, cet acte est d'autant plus important que les compétences législatives de leur Parlement, le Conseil municipal, sont relativement modestes par ailleurs, même si elles ne sont de loin pas inexistantes.

Dès lors, la majorité politique qui existe dans un parlement a une responsabilité particulière en la matière : s'assurer qu'un budget optimal, traduisant des choix clairs et lisibles, soit voté dans les temps. Que ce vote soit effectué à l'issue de débats pouvant être même longs et houleux, ou très rapidement, n'est pas important, c'est le résultat qui compte (si on y met la manière, c'est évidemment un plus !).

 

« On dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on a dit »

Vendre et samedi derniers, le Conseil municipal et notamment sa majorité politique, l'Alternative, semble avoir eu un trou de mémoire quant à ce principe.

Mon estimé ancien collègue du Conseil municipal, Pierre Losio, aujourd'hui député, avec qui j'ai siégé plusieurs années et donc négocié plusieurs accords budgétaires, disait toujours : « on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on a dit », règle toute simple pour qu'une alliance politique fonctionne.

Le projet de budget 2011 se présentait sous les meilleurs auspices, les négociations au sein de l'Alternative (Socialistes, Verts, A Gauche Toute) ayant eu lieu, parfois vives, et abouti à des accords clairs. On avait toutes les raisons de croire que ce débat se passerait donc sereinement et efficacement, coupant court aux velléités populistes de la droite de baisser les impôts ou de couper dans les prestations sociales municipales.

 

Des actes de flibuste

Que nenni ! Tout-e élu-e peut avoir un moment d'égarement, toute formation politique peut connaître un moment d'hésitation ou de doute, toute alliance peut connaître un moment de crise, mais on se reprend et on garde l'objectif en tête ! Pour rester fidèle à la maxime de Pierre Losio, on évite les coups de flibuste et les exercices électoralistes mal fichus de dernière minute, qui desservent tout le monde, à commencer par leurs auteurs ! C'est que certains semblent avoir oublié vendredi dernier.

Présenter en dernière minute, hors de tout accord, un projet de règlement municipal sur la police, et exiger, qui plus est, une discussion immédiate pour adoption « sur le siège » (sans renvoi en commission), représente typiquement un acte de flibuste, irresponsable sur le fond et la forme, car mettant en danger le vote du budget.

 

Compétences des Conseils municipaux en matière de règlements

Avec en son temps Marco Ziegler, conseiller municipal socialiste pendant 12 ans, j'avais initié le fait que les Conseils municipaux soient dotés de compétences en matière de votes de règlements de portée générale, proposition ensuite reprise et votée par le Grand Conseil. Je suis donc d'autant plus satisfait lorsque je peux constater que le Conseil municipal se saisit de cette possibilité. Mais il existe une règle d'or, on ne vote JAMAIS (sauf urgence absolue) des lois ou des règlements généraux sur le siège, sans débat de commission.

Le projet de règlement sur la police, déposé à l'instigation de Rémy Pagani vendredi passé au Conseil municipal, doit être évidement renvoyé en commission. C'est faire injure aux intérêts prépondérants des habitantes et habitants de cette ville que de traiter de manière aussi cavalière un thème essentiel comme la police municipale, c'est-à-dire la sécurité.

 

On respecte les accords passés

Espérons que ce soir la raison reprenne le dessus et que ce projet de règlement soit renvoyé en commission pour examen, afin de se concentrer sur l'essentiel, le vote du budget. Le projet de règlement part peut-être d'une bonne intention mais comporte de nombreux points nécessitant un débat approfondi si on veut éviter de se faire ridiculiser en le voyant annulé par le Conseil d'Etat.

Nul doute que cette initiative à la fois intempestive et maladroite ne constitue pas un gage de confiance pour la sérénité des relations au sein d'une alliance politique, et une solide mise au point sera nécessaire. Chaque formation politique garde évidemment son autonomie, et des divergences ne constituent pas un drame en soi. Là, il s'agit d'une violation caractérisée d'accords passés entre alliés, en toute bonne foi. Et la division a toujours profité aux adversaires!

 

Pas trop de Schadenfreude, M. Décaillet!

Ceci étant, cet incident de parcours permet un peu trop rapidement à M. Décaillet, ce lundi dans la Tribune de Genève, de se réjouir en exprimant toute sa « Schadenfreude » et de souhaiter un changement de majorité en Ville de Genève. Si la majorité Alternative qui gouverne la Ville avec un bilan remarquable depuis 20 ans a certainement aussi ses défauts et ses moments de faiblesse, je me demande de quelle autre majorité possible M. Décaillet parle. L'Entente ? Avec 2 partis qui ont plus ou mois fusionné, mais pas trop, et le PDC qui a un programme politique digne de l'UDC ? Ou l'Entente complétée par l'UDC, voire le MCG ? Puisque l'Entente semble prête à tout pour gagner, même à s'allier avec des formations populistes ? L'Entente a gouverné la Ville jusqu'en 1991, nous laissant une dette astronomique et un retard substantiel en matière de prestations et d'équipements, alors qu'on sortait d'une période de vaches grasses. Ah oui, l'Entente, celle qui gouverne plus ou moins l'Etat de Genève depuis longtemps : il suffit d'en voir le résultat pour voir vers que le « changement » on se dirigerait avec une victoire de leur part : un taux de chômage élevé, un marché du logement inaccessible aux revenus « normaux » (et encore moins aux revenus modestes), des bouchons partout...

 

Pour un vote du budget ce soir!

Revenons à l'essentiel et aux responsabilités premières de la majorité Alternative; j'espère vivement que le budget de la Ville de Genève sera voté ce soir, à l'unanimité des rangs de l'Alternative ! Ceci pour que la ville puisse continuer à travailler au mieux des besoins et attentes de ses habitants et habitants.

 

 

12:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ville de genève, budget | |  Facebook

03/12/2010

Du mouton noir au bouc-émissaire

Amertume d'un soir

Dimanche soir, on a eu beau se dire que les résultats genevois et romands étaient satisfaisants, l'arrière-goût est très amer. L'UDC, dont le seul fonds de commerce est celui de la stigmatisation, a pu triompher et même exiger sans scrupule une mise en œuvre stricte et rapide de son initiative. Que dire des félicitations de toute la droite populiste européenne et même de l'extrême-droite (cf. le message du Front national en France) ? Lorsque plusieurs voix ont assimilé la ligne politique de l'UDC aux dérives qui ont marqué les années 30 en Europe, avec les résultats que l'on connaît, certaines têtes bien-pensantes ont estimé cette comparaison excessive. L'UDC ne serait pas un parti d'extrême-droite, juste un parti conservateur. Un parti conservateur qui donne envie à l'extrême-droite européenne ? Je ne suis pas sûr que les vrais conservateurs soient très fiers de ces affinités... J'avais un grand-père suisse réellement conservateur, dans ses valeurs, sa vision de la société, ses positions en matière de politique sociale et économique, mais il était profondément allergique aux dérives populistes et xénophobes. Précision : il a vécu les années 30 et la 2ème Guerre mondiale... Le problème ne se ramène donc pas à une opposition simpliste entre une partie conservatrice de la population et une « gauche urbaine, internationaliste, arrogante et privilégiée ». C'est faire insulte à la fois aux conservateurs et à la gauche, urbaine ou non, et donc à pas mal de monde in fine.

Un recul en matière de sécurité

Dimanche, la Suisse n'a pas gagné un micro-poil de sécurité supplémentaire, car le code pénal actuel était amplement suffisant, mais s'est programmée des drames humains en série, sans pour autant atténuer d'un iota les drames des victimes de délits et crimes, quels que soient les coupables. Les porteurs de cette initiative n'en assumeront pas la responsabilité, car ils s'en contre-fichent. Le mécanisme est diabolique : l'UDC contribue largement à l'insécurité sociale et réussit ensuite à détourner le sentiment d'insécurité vers des boucs émissaires, dans ce cas les « étrangers ». Demain, les enfants handicapés à l'école, si l'on entend la proposition faite récemment par l'UDC suisse de créer des classes séparées pour ces enfants ?

Une très lourde responsabilité de cette évolution peut être attribuée à la droite « modérée » au niveau suisse, notamment aux milieux économiques : ils ont préféré investir des moyens colossaux contre l'initiative socialiste pour des impôts équitables, soutenant ainsi un véritable hooliganisme fiscal qui ne profite qu'aux plus riches, et n'ont presque rien fait contre l'initiative de l'UDC.

Un travail à mener, sur le terrain

Les forces de gauche devront mettre en place un suivi très précis de l'application de cette initiative et illustrer ses dérives, cas par cas : un travail fastidieux qui nécessite un véritable Observatoire des exclusions basée sur cette initiative. Un jour, la population constatera à quel point il y avait tromperie sur la marchandise, mais que de dégâts d'ici là... Il nous faut aujourd'hui reprendre notre bâton de pèlerin pour aller convaincre, expliquer, argumenter. Dans notre canton, 45% de la population a voté en faveur de l'initiative, et dans six communes, elle a même recueilli une majorité de voix. Aujourd'hui un travail important doit être mené pour comprendre ce qui pousse autant de personnes à suivre ces idées rétrogrades et inefficaces. A nous de proposer d'autres réponses, en matière de sécurité de proximité, de lutte contre le chômage et l'exclusion, de qualité de vie urbaine ou d'intégration. Le défi n'est pas de combattre l'UDC mais de convaincre ses partisan-ne-s que l'UDC est le parti de l'insécurité.

 

 

14:38 Publié dans Genève et la Suisse | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : sécurité, udc, intégration, étrangers | |  Facebook

22/11/2010

L’UDC, un parti qui représente un danger pour la sécurité collective !

Une initiative inhumaine et absurde

Imaginons un étranger qui aurait commis une fraude de quelques centaines de francs aux assurances sociales. Il doit évidemment être sanctionné, comme tout citoyen suisse le serait. Mais si l'initiative de l'UDC passe, il serait expulsé d'office, et potentiellement toute sa famille avec lui. C'est tout simplement inhumain. En revanche, comme par hasard, les délits relevant de la fraude fiscale ne seraient pas touchés: bienvenue aux riches étrangers qui trichent avec le fisc de leur pays !

Prenons maintenant le cas bien connu à Genève des étrangers en situation irrégulière, actifs dans le trafic de drogue, souvent arrêtés puis relâchés faute de preuves suffisantes : quelles solutions seraient apportées par l'initiative de l'UDC ? Ces individus, non-expulsables la plupart du temps faute de papiers d'identité et surtout faute d'un pays acceptant de les accueillir, ne pourraient être renvoyés, et il apparaît donc très clairement que l'initiative ne règlerait rien du tout. Ainsi, l'un des réels problèmes de sécurité qui existe à Genève ne pourrait même pas être résolu!!!

On constate donc ici le caractère à la fois inhumain et absurde de l'initiative de l'UDC pour le renvoi des criminels étrangers. Quant au contre-projet soi-disant plus « acceptable » parce que conforme au droit international, ce n'est qu'une copie mal faite de l'initiative. Le plus dur dans cette double proposition - étant entendu qu'aussi bien l'initiative que le contre projet doivent être refusés sans aucun état d'âme - réside dans le fait de se baser sur un discours de haine, de stigmatisation et de rejet, sans pour autant améliorer la sécurité collective ou individuelle d'un iota.

Un criminel doit être sanctionné, à la mesure de ses actes. La loi le permet déjà aujourd'hui : s'il est étranger, il peut être renvoyé hors de Suisse et c'est souvent le cas pour les crimes graves. On peut discuter de la pratique des tribunaux (jugements) et des cantons (exécution des décisions de renvoi) en la matière mais, c'est clair, le code pénal actuel suffit amplement (voir aussi un diaporama très explicite, et plus d'informations sur le site du PS).

 

Electoralisme et stigmatisation

Pourquoi alors lancer cette initiative, et ainsi inciter une majorité du Parlement à donner des gages à la droite populiste en fabriquant un contre-projet tout autant inacceptable?

Pour des motifs purement électoralistes, parce qu'il est tellement facile, dès qu'on met tout scrupule de côté, de jouer sur la peur des gens, voire de l'alimenter, avec la bonne vieille tactique du bouc émissaire. Et le contre-projet provient d'une classe politique placée en position défensive par l'UDC, qui peut ainsi se vanter, une fois de plus, de dicter l'ordre du jour politique et les règles du jeu.

L'application de l'initiative ne règlerait aucun problème et en créerait des nouveaux. Outre ceux déjà cités, on relèvera l'éclatement des familles si l'un des membres est expulsé, ou l'inégalité de traitement entre un étranger coupable d'un délit grave en matière de sécurité routière, non-expulsable, et un étranger coupable d'une fraude mineure aux assurances sociales, expulsable.

Je ne me contente pas de dénoncer l'hypocrisie et le caractère inhumain de l'initiative. Le drame, c'est que celle-ci renforce une attitude de division, de haine, de stigmatisation, en exploitant à fond les peurs, justifiées ou non, des gens. De telles propositions alimentent un processus rampant et pervers qui repousse toujours plus les limites de l'acceptable dans le discours politique et stigmatisent certains groupes pour en faire des boucs émissaires. Ce processus rappelle de tristes souvenirs...

 

Une arnaque démocratique

En résumé, cette initiative est une véritable arnaque démocratique. La plus grande angoisse des gens repose bien plus sur la peur de perdre leur emploi, ou de ne pas trouver un logement adéquat, deux problèmes auxquels l'UDC contribue largement par ses positions ultra-libérales, aux antipodes des intérêts des gens modestes qu'elle prétend défendre.

Tôt ou tard la population se rendra compte que l'UDC triche, consciemment, en faisant miroiter aux gens une amélioration de leur sécurité. Or l'UDC, est clairement le parti politique suisse qui a le plus contribué à diminuer la sécurité collective dans ce pays ces dernières années ! La diminution de la protection sociale ou de l'assurance-chômage, le combat permanent contre toute amélioration de la politique familiale (allocations, crèches, etc.), la lutte contre toute mesure allant dans une meilleure protection de l'environnement, les positions allant contre une meilleure intégration des étrangers, l'obsession relative aux fraudes en matière d'assurances sociales, pourtant marginales, bref, autant d'exemples de positions de l'UDC qui constituent une atteinte à la sécurité !

Espérons que cette prise de conscience aura lieu dès le 28 novembre, et qu'un double non sortira des urnes!

 

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19/11/2010

Stop au hooliganisme fiscal, qui pénalise les habitant-e-s des villes et la classe moyenne !

 

Plusieurs élus de droite, par ailleurs patrons d'entreprise, ont menacé de partir de Suisse avec leurs entreprises si l'initiative socialiste pour des impôts équitables passait le 28 novembre. On peut mentionner en particulier l'exemple de Peter Spühler, conseiller national UDC et patron de Stadler SA, entreprise qui fabrique du matériel roulant ferroviaire.

En français, cela s'appelle du chantage et s'apparente à une prise d'otages, dès lors que la menace touche directement les salariés-es de ces entreprises. Une menace d'autant plus choquante qu'elle provient d'un élu dont le parti passe son temps à donner des leçons de patriotisme et de démocratie.

A quelques jours des votations, la nervosité du grand patronat s'accroît face à cette initiative et à ses chances de succès.

Rappelons que l'initiative pour des impôts équitables, lancée par les Socialistes (voir aussi le site dédié), vise à mettre fin à une forme de racket, à savoir la chasse aux contribuables très riches en leur offrant des baisses d'impôts massives, par rapport aux cantons voisins (dumping fiscal). L'abus le plus manifeste dans ce domaine était la mise en place d'un impôt dégressif (possibilité de créer un barème où les plus riches paient proportionnellement MOINS que les autres), mais le Tribunal fédéral y a heureusement mis le holà en lien avec le cas du canton d'Obwald. Toutefois, certains cantons continent de baisser outrageusement leurs barèmes afin d'attirer des contribuables très fortuné-es: Zoug, Schwyz, Uri, Obwald, Nidwald, Appenzell...

Pour prendre un exemple célèbre, notre « cher » compatriote Marcel Ospel, ancien patron d'UBS (70 milliards d'argent du contribuable investis pour sauver cette banque...), a transféré son siège fiscal de Bâle à Wollerau (SZ), économisant ainsi 4.3 millions de francs d'impôts par an. Autant de millions qui vont manquer à Bâle pour assurer des prestations importantes pour ses habitant-e-s : aide sociale, éducation, culture, infrastructures, etc., donc des prestations qui profitent largement à toutes et tous. Quelle alternative ? Couper dans les prestations ... ou augmenter les impôts pour la population en général, touchant ainsi plus particulièrement la classe moyenne ?

Ce dumping fiscal en faveur des « super-riches » entraîne une escalade dans laquelle d'autres cantons pourraient être tentés de s'aventurer, entraînant un nivellement par le bas, au détriment de la population en général. C'est plus particulièremen le cas pour la population des villes, typiquement composée de la classe moyenne et de personnes à revenu plus modeste, voire en situation précaire ; elles seront directement victimes des effets néfastes de telles pratiques, comme le montre l'exemple bâlois. Les élus-es des villes, quelle que soit leur couleur politique, devraient s'engager avec vigueur pour l'initiative socialiste !

L'initiative socialiste fixe des règles simples, à savoir un seuil minimal de 22% (taux marginal) pour l'impôt sur le revenu et un taux marginal de 5 pour mille pour l'impôt sur la fortune, pour des personnes dont le revenu imposable dépasse 250'000 francs par an, soit de très gros contribuables (ceci représente un revenu brut de plus de 350'000 francs par an!), ou dont la fortune imposable dépasse 2 millions de francs.

Seuls quelques cantons seront concernés et devront réviser leurs barèmes - justement les spécialistes du dumping fiscal et souvent des cantons ruraux, bien éloignés des préoccupations des villes !

Un tel changement ne serait que justice et toucherait moins de 2% des contribuables en Suisse : les très gros contribuables et donc nullement la classe moyenne.

La campagne massive et mensongère de la droite contre cette initiative, essayant de faire peur à la classe moyenne, ne traduit que la puissance du lobbying de ces « super-contribuables » et leur nervosité. Même si quelques-uns choisissaient de partir, cette perte serait largement compensée par les revenus supplémentaires découlant simplement de l'application d'un principe d'équité. Et ces revenus supplémentaires seraient attribués, selon l'initiative, à la péréquation intercantonale, donc à la solidarité confédérale.

Pour mettre fin à un véritable hooliganisme fiscal, votons oui, avec conviction, à cette initiative pour des impôts équitables!

 

18:24 Publié dans Genève et la Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiscalité | |  Facebook