11/02/2011

Crise des « logements de fonction » au DCTI : négligence coupable !

 

L'affaire des logements gérés par le Département de Mark Muller et loués à des loyers défiant toute concurrence (dont à des fonctionnaires du DCTI justement !) est surtout symptomatique d'une absence complète de sens des responsabilités institutionnelles de la part d'un magistrat. Il s'était pourtant largement distingué comme donneur de leçons de bonne gestion lorsqu'il était conseiller municipal ou député !

Certains ont affirmé, dans une vaine tentative de justifier cette situation, que cette affaire est marginale du point de vue de l'impact financier pour l'Etat, ou que ces locations à bas prix étaient acceptables, parce que temporaires dans l'attente d'opérations immobilières dans ces périmètres. Mais à l'heure où le marché du logement génère tellement de frustrations et de tensions pour toute citoyenne, tout citoyen qui cherche désespérément un appartement à prix abordable, cette affaire est évidemment choquante. Et la notion de « temporaire » a visiblement une signification particulière au DCTI, lorsqu'on parle de situations qui durent depuis 10 ans ou plus ! De plus, force est de constater que cette situation a déjà été identifiée et documentée en 2005 déjà, ce que même Mark Muller a admis.

En tant que député au Grand Conseil, j'ai siégé à la Commission de contrôle de gestion pendant près de 3 ans (2003 - 2005). La mission de cette commission, dont la presse a beaucoup parlé ces jours, est d'exercer une surveillance parlementaire sur l'Etat. Pour cela, elle dispose de prérogatives étendues, qui incluent l'accès intégral aux rapports de l'Inspection cantonale des finances. Elle peut auditionner le magistrat ou la magistrate concerné-e pour vérifier les mesures prises ou prévues. Il lui arrive aussi de lancer ses propres enquêtes: ainsi le cas du Stade de Genève en 2003- 2004, qui a fait l'objet d'une enquête approfondie menée par Ivan Slatkine (député libéral) et moi-même (cf. rapport).

La plupart des membres du Conseil d'Etat que j'ai connus ont toujours pris très au sérieux les rapports de l'ICF et de la Commission de contrôle de gestion. Il y va du bon fonctionnement de l'Etat et donc de l'intérêt des Genevoises et des Genevois, comme citoyen-ne-s et contribuables, afin de maintenir et renforcer la confiance dans le service public. De nos jours, un-e magistrat-e se doit de mettre en place les mesures et outils qui lui permettent de connaître son département et d'identifier les lacunes, faiblesses, et autre dysfonctionnements. Et, sur cette base, il est ensuite impératif de prendre les mesures dès qu'un problème est identifié. Certains articles récents faisaient le parallèle entre la situation au DCTI et le cas de la Gérance immobilière municipale (GIM) de la Ville de Genève, dans le Département actuellement placé sous la responsabilité de la Maire socialiste, Madame Sandrine Salerno. La comparaison est justement intéressante : dès son arrivée, elle a effectué un état des lieux, constaté que la GIM était en mauvais état, et pris des mesures drastiques, incluant des changements majeurs dans les postes de responsables. Ces changements lui ont d'ailleurs valu à l'époque de fortes critiques. En attendant, la GIM est aujourd'hui assainie et a recommencé à faire son travail correctement. De plus, la GIM gère 5'000 logements, 650 locaux professionnels et 490 arcades : rien à voir avec la Gérance immobilière de l'Etat !

Mark Muller n'a visiblement pas pris au sérieux ses responsabilités en matière de gestion. Pourtant, à l'époque où je siégeais avec lui sur les bancs du Parlement, d'abord à l'échelon municipal, puis cantonal, il était le premier à faire la leçon au Conseil administratif ou au Conseil d'Etat en matière de gestion et de rigueur. Au Grand Conseil, il a même été l'auteur principal d'un projet de loi qui visait tout simplement au démantèlement complet du statut de la fonction publique, au nom de l'efficacité, de la productivité, de la transparence ! Et quelle énergie n'a-t-il pas mis pour combattre les lieux occupés, les « squats », au nom de l'Etat de droit ? Mark Muller représentait donc à merveille la tendance dominante du Parti libéral du « moins d'Etat » et du dénigrement du service public. Evidemment il est beaucoup plus facile de faire la leçon aux autres que de se les appliquer à soi-même...

Soit, il a annoncé mercredi un plan d'action. Mais c'est bien tard ! Et pourquoi faut-il une « task force » de 5 personnes pendant un an ( !) pour régler ce problème ? Mark Muller aurait pu, il aurait même dû (!) démontrer sa capacité de gestion exemplaire dès son arrivée au gouvernement, plus que tout-e autre magistrat-e. Mais il a multiplié les restructurations, les effets d'annonce et les dérobades ... pour, aujourd'hui, afficher un bilan inexistant, un département sinistré et une crédibilité très largement entamée. Dans cette affaire, comme dans d'autres, Mark Muller a témoigné d'un laxisme coupable, voire de complicité passive par négligence. C'est inacceptable ! Le Parlement, notamment la Commission de contrôle de gestion, doit donc continuer son travail et prendre ses responsabilités pour restaurer la confiance.

 

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28/01/2011

Nouvelle loi sur le chômage : dur dur pour les artistes !

Le 1er avril 2011, la révision de la Loi fédérale sur l'assurance-chômage (LACI) entrera en vigueur et conduira de nombreuses personnes dans la précarité, notamment les jeunes et les personnes de plus de 55 ans, en raison du durcissement substantiel des dispositions concernant plusieurs catégories de travailleuses et travailleurs. Cette révision aura ainsi des effets désastreux avec un transfert massif de personnes de l'assurance-chômage vers l'assistance publique.

Parmi les personnes les plus touchées par cette révision figurent les « intermittent-e-s du spectacle », c'est-à-dire les personnes exerçant de manière irrégulière et souvent à temps partiel une activité d'artiste (que ce soit dans la musique, le théâtre, la danse, etc.), parfois sur une base saisonnière.

La nouvelle loi induit un allongement des durées de cotisation nécessaires pour avoir droit aux indemnités journalières et une réduction de la durée de celles-ci, pour différentes catégories de personnes. Les délais d'attente et les périodes de cotisation exigées seront nettement plus longues (durée de cotisation de 18 mois sur deux ans, au lieu de 12 mois sur deux ans de cotisations dans l'ancienne loi).

Dans une société où la tendance au travail temporaire et à temps partiel augmente, cette nouvelle approche est néfaste. Dans le cas des artistes, où la rémunération se fait souvent aussi au cachet, c'est plus particulièrement le cas.

Artistes à l'assistance publique le 1er avril ? Un très mauvais poisson d'avril !

Depuis la votation référendaire du 26 septembre 2010, les représentant-e-s des intermittent-e-s en Suisse romande (Syndicat suisse romand du spectacle SSRS, Action intermittents, et d'autres), avec l'appui notamment du Conseil administratif de la Ville de Genève, essaient d'obtenir au moins des dispositions particulières et des mesures concrètes de la part des pouvoirs publics afin d'éviter une sérieuse aggravation de leur situation au 1er avril.

Concrètement, un grand nombre d'artistes se retrouveront à l'assistance publique dès cette date, du jour au lendemain, et donc fortement précarisés. A terme, le résultat pourrait être une division de la culture en deux mondes distincts et inégaux, avec d'une part une minorité d'artistes engagés sur une base relativement stable dans de grandes institutions financièrement bien dotées, et d'autre part un appauvrissement des autres activités culturelles faute de conditions d'emploi minimalement acceptables, réduisant ainsi la diversité et la richesse dans le domaine culturel. On freinera ainsi aussi fortement les vocations et donc la relève, entraînant une baisse qualitative et quantitative de l'expression artistique.

Les non-réponses du Canton sont inquiétantes

L'Etat de Genève avait pourtant, avant la révision de la LACI, témoigné un intérêt pour la situation des intermittent-e-s sur un plan plus large (précarité du financement des retraites, par exemple) en mettant en place un groupe de travail mixte (début 2010) à ce sujet. Toutefois, ce groupe a produit un rapport ... et il n'y a pas encore eu de suites à ma connaissance.

Plus récemment, François Longchamp, ministre de l'emploi du canton de Genève, admettait dans le Courrier (édition 28 décembre 2010) ne pas savoir combien de personnes seraient touchées dans le canton de Genève par les effets de cette révision. Rappelons que son parti (radical) avait très activement soutenu la révision de la loi sur le chômage au niveau suisse (avec l'appui massif du patronat, qui y a consacré des moyens considérables). Ce flou est inadmissible. Non seulement le Conseil d'Etat doit exiger de Berne des informations précises sur les personnes visées par l'introduction de la nouvelle loi mais doit également proposer des solutions et prévoir des moyens pour corriger ses conséquences les plus dramatiques.

Le fonds de soutien aux intermittent-e-s (alimenté de manière paritaire par le Canton et la Ville de Genève) a été, sous la pression de la gauche et à l'initiative de la Maire socialiste Sandrine Salerno, augmenté dans le budget 2011. Cela permettra de créer des emplois mais ne pourra pas corriger les pertes de revenus ou l'entrée à l'assistance publique. D'autres mesures concrètes doivent être prises urgemment !

Ces mesures sont de plusieurs ordres, et dépendent à la fois de la Confédération, du Canton et de la Ville.

Soutenir la proposition du Comité 12a

Sur le plan fédéral, le « Comité 12.a » (référence à l'article 12 alinéa a de l'ordonnance fédérale d'application de la loi fédérale), qui regroupe les nombreuses organisations soutenant les intermittent-e-s, propose justement le doublement des 90 premiers jours de cotisation (et non plus seulement les 30 premiers), adoucissant ainsi les effets pervers de l'allongement de la durée de cotisation dans le cas des intermittent-e-s du spectacle.

Ce Comité a porté cette proposition au niveau fédéral car l'ordonnance est actuellement en consultation. Cette proposition a été soutenue par Action intermittents et par les organisations professionnelles. Le Conseil administratif de Genève l'a également soutenue par le biais d'un courrier signé par Sandrine Salerno.

Le Conseil d'Etat ne peut, de son côté, se désintéresser de cette situation, sous prétexte que la politique culturelle est principalement du ressort de la Ville, alors même qu'il réclame un rôle accru dans ce domaine. Le gouvernement genevois est directement concerné, car il est responsable de la formation et la relève, sans compter ses responsabilités en matière de défense de l'emploi. Ce serait particulièrement cynique de ne pas prévoir des mesures compensatoires, selon ce qui figurera dans la version finale de l'Ordonnance fédérale d'application de la LACI révisée.

Des mesures multiples, un débat ncéessaire, des décisions urgentes

Différentes mesures sont envisageables à court, moyen et long terme. Certaines améliorent directement le statut social de l'artiste ; d'autres améliorent l'activité elle-même avec un effet positif sur l'emploi mais aussi sur la production et la diffusion des œuvres, voire la collaboration régionale, interurbaine et transfrontalière. La Ville de Genève, qui reste l'acteur le plus engagé de la politique culturelle à Genève, doit évidemment assurer un rôle très actif et le Conseil administratif a déjà témoigné de son engagement. Toutefois on attend aussi un engagement fort du Canton dans ce domaine. Parmi les mesures je citerai :

  • Prévoir des mesures compensatoires provisoires, à court terme, pour pallier aux effets immédiats de l'entrée en vigueur de la LACI révisée le 1er avril 2011 ;
  • Mettre en place une assurance « perte de gain » ad hoc pour toutes et tous les artistes, sous une forme ou une autre ;
  • Revoir le système de financement (aide financières pour les spectacles) afin de payer également le travail en amont et après les spectacles, ceci afin de prolonger la durée des cotisations des professionnels et des artistes ;
  • Collaborer avec les autres villes et acteurs (cantons, fondations, etc.) afin de soutenir la mobilité des artistes en dehors des frontières du canton (par exemple en favorisant les spectacles dans d'autres cantons) ;
  • Initier des partenariats avec d'autres Villes en matière de production artistique ou renforcer les partenariats existants entre institutions, la Ville jouant alors le rôle de facilitatrice ;
  • Favoriser la reprise des œuvres ailleurs dans le canton (et la région !) afin, d'une part, d'allonger la durée des œuvres et donc de l'emploi et, d'autre part, aller à la rencontre des publics dans les communes, ce qui a pour effet corollaire bienvenu de renforcer la démocratisation de l'accès à la culture.

Aucune mesure ne résoudra à elle seule le problème mais il est vital et urgent d'accélérer le débat sur les mesures à prendre qui concernent l'ensemble des partenaires, et de prendre des décisions concrètes.

Il y va de la grandeur et de l'épanouissement de la culture, sur le plan de sa richesse, de sa diversité, de sa qualité, et donc de la reconnaissance de son rôle fondamental pour toutes et tous.

 

 

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19/01/2011

Chômage : un grand écart inacceptable !

Récemment (cf. article dans la TdG du 7 janvier 2011) on apprenait que le taux de chômage à Genève avait augmenté en fin d'année, en comparaison annuelle, pour passer à 6.3% ou 6.9% selon les méthodes de calcul. Genève occupe ainsi une bien déplorable première place du chômage en Suisse.

Un taux élevé de chômage dans une région en pleine croissance

Ce lundi 17 janvier, le directeur de l'Office cantonal de l'emploi, Monsieur Patrick Schmied, confirmait dans la Tribune de Genève l'existence d'un réel problème de chômage structurel à Genève, touchant surtout les seniors et les personnes peu qualifiées. En plus du taux élevé de chômage, il faut y ajouter toutes celles et tous ceux qui ont épuisé leurs droits à l'assurance-chômage et qui diminuent donc artificiellement les statistiques. Il faut aussi compter ceux et celles qui ont un emploi, mais à temps partiel en dessous de leur besoin, et donc sous-occupées. Ou encore ceux et celles qui ont un salaire tellement bas qu'ils ont même un nom pour les définir : les "working poors". Tout cela dans une agglomération genevoise où les coûts de la vie sont notoirement très élevés.

A-t-on le droit d'être fataliste face à cette situation ? Certainement pas, et j'imagine que personne ne prétendra vouloir baisser les bras. Mais, à un moment donné, il faudra bien se poser quelques questions (et trouver des réponses) sur le type de croissance économique que nous souhaitons pour Genève, respectivement celle que Genève peut assumer.

Genève est une des régions d'Europe les plus dynamiques, sur le plan des critères macroéconomiques: non seulement les effets de la crise de 2008-09 ont été moindres qu'ailleurs, même si des personnes ont perdu leur emploi, mais la région connaît un taux moyen de croissance à faire pâlir de jalousie de nombreuses autres régions, et continue à attirer de nombreuses entreprises pour implanter leur siège européen ou mondial. Champagne? Oui mais avec un goût très amer!!!

Quels motifs pour ce grand écart?

Les raisons de ce grand écart sont multiples : il y a certainement des problèmes de qualifications insuffisantes pour une partie des situations, dans un marché du travail de plus en plus concurrentiel et sélectif. Toutefois, il faut bien constater que, pour certaines entreprises hautement spécialisées, l'implantation d'une branche ou d'un siège à Genève se fait en « important » la plus grande partie du personnel depuis l'ancienne localisation : des revenus fiscaux supplémentaires, certes, de même que des dépenses supplémentaires en consommation courante dans l'économie locale, oui ! Mais aussi une aggravation de la pénurie du logement, du trafic en plus, et aucun apport substantiel à l'emploi local... Et dans certaines branches les réseaux de recrutement sont de plus en plus globalisés et ne prennent pas en compte le marché local du travail plus spécifiquement que n'importe quelle autre source de recrutement. Quant à la concurrence salariale, elle est réelle, et prétendre que le dumping salarial est insignifiant relève de la naïveté.

Oui à l'ouverture ... mis accompagnée!!!

Nous avons voulu les accords bilatéraux et l'ouverture des frontières et je ne propose certainement pas de revenir là-dessus. Mais nous, socialistes, alliés aux syndicats, avions aussi lourdement insisté sur les mesures d'accompagnement, comme une lutte réellement active contre le dumping salarial, des mesures très actives de lutte contre le chômage (reconversions, aide à la recherche d'emploi, promotion économique endogène, etc.). Et aujourd'hui, pour une agglomération aussi ouverte économiquement comme l'est Genève, on peut sérieusement se demande si les mesures d'accompagnement sont suffisantes. Poser la question, c'est y répondre.

Il n'y a pas de baguette magique pour résoudre le problème du chômage mais il est tout aussi certain que la tension sociale va devenir considérable si des mesures plus fortes ne sont pas prises. Ceci est d'autant plus vrai avec l'entrée en vigueur de la loi révisée au 1er avril, qui risque fort de précipiter de nombreuses personnes au chômage en fin de droit vers l'assistance. On peut y ajouter les intermittents du spectacle, sujet sur lequel je reviendrai bientôt, comme victimes (parmi bien d'autres !) de cette loi révisée.

Des mesures efficaces contre le chômage

Si on veut éviter une explosion sociale, il devient urgent de dépasser les mesures palliatives et statistiques, et d'investir réellement des moyens importants dans la reconversion et le soutien à la recherche d'emploi, la croissance économique endogène et la lutte contre le dumping salarial. Il est temps de reconstruire un véritable pacte pour l'emploi, alliant toutes les forces publiques, associatives, privées, pour résoudre ce problème ou tout au moins le diminuer nettement.

Face à l'implantation d'entreprises étrangères, il faut se montrer beaucoup plus actif pour négocier un taux plus important de recrutement sur le marché local du travail. Et lorsqu'on parle de marché du travail « local » il couvre toute la région. Aujourd'hui les principaux concurrents des « genevois » sur le marché du travail ne sont pas les savoyards ou les vaudois, mais des personnes venant des 4 coins de France et d'Europe, voire plus loin. On ne peut pas imposer d'embauches aux entreprises mais je suis sûr qu'on n'a pas épuisé toutes les capacités de persuasion forte dans ce domaine !!! S'il faut passer par des mesures fiscales incitatives ou dissuasives à l'encontre des entreprises qui « importeraient » la plus grande partie de leur personnel au moment de l'implantation ou dans les mois qui suivent, il faut l'envisager sérieusement ! Sinon les coûts induits, directs et indirects, de telles implantations risquent de dépasser les bénéfices, du moins dans la perception d'une partie de la population.

Non à Monaco-sur-Léman, oui à une région où chacun-e a sa place

Cette tendance confirme l'option que certains milieux semblent défendre, à savoir faire évoluer Genève vers une sorte de Monaco-sur-Léman, cité axée sur les services financiers et réservée à une petite couche privilégiée, le « reste » de la population étant progressivement rejeté vers la périphérie. Cette option n'est ni acceptable, ni viable. Et la combattre, intelligemment mais fermement, revient à réaffirmer le primat du politique sur l'économie, primat auquel je me permets de croire avec conviction !

Ce grand écart entre un nombre record de créations d'emploi et un taux de chômage très élevé mène tout droit à une dislocation sociale dangereuse. Il nourrit des frustrations (justifiées !) et sert de terreau fertile aux forces politiques qui ont décidé d'en faire leur beurre, la tactique du bouc émissaire, sans pour autant proposer de solution viable. Genève n'est pas une mégapole de 10-20 millions d'habitants qui peut faire semblant d'ignorer le sort d'une partie de sa population. C'est un canton où résident 450'000 personnes de toutes origines et situations, dans une agglomération de 800'000 habitantes et habitants en pleine croissance démographique, dont le destin sera commun ou ne sera pas. La cohésion sociale n'est pas qu'un luxe ou un fantasme d'idéaliste indécrottable, c'est une nécessité impérative pour la stabilité et la viabilité de cette région.

 

 

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13/12/2010

Votons ce budget, vite et bien!

Le vote du budget, un acte politique fondamental

Le vote annuel du budget est l'acte politique fondamental d'un parlement, puisque non seulement il valide la mise à disposition des ressources nécessaires à l'action publique, mais surtout il traduit les choix politiques effectués.

Pour les communes genevoises en général et la Ville de Genève en particulier, cet acte est d'autant plus important que les compétences législatives de leur Parlement, le Conseil municipal, sont relativement modestes par ailleurs, même si elles ne sont de loin pas inexistantes.

Dès lors, la majorité politique qui existe dans un parlement a une responsabilité particulière en la matière : s'assurer qu'un budget optimal, traduisant des choix clairs et lisibles, soit voté dans les temps. Que ce vote soit effectué à l'issue de débats pouvant être même longs et houleux, ou très rapidement, n'est pas important, c'est le résultat qui compte (si on y met la manière, c'est évidemment un plus !).

 

« On dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on a dit »

Vendre et samedi derniers, le Conseil municipal et notamment sa majorité politique, l'Alternative, semble avoir eu un trou de mémoire quant à ce principe.

Mon estimé ancien collègue du Conseil municipal, Pierre Losio, aujourd'hui député, avec qui j'ai siégé plusieurs années et donc négocié plusieurs accords budgétaires, disait toujours : « on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on a dit », règle toute simple pour qu'une alliance politique fonctionne.

Le projet de budget 2011 se présentait sous les meilleurs auspices, les négociations au sein de l'Alternative (Socialistes, Verts, A Gauche Toute) ayant eu lieu, parfois vives, et abouti à des accords clairs. On avait toutes les raisons de croire que ce débat se passerait donc sereinement et efficacement, coupant court aux velléités populistes de la droite de baisser les impôts ou de couper dans les prestations sociales municipales.

 

Des actes de flibuste

Que nenni ! Tout-e élu-e peut avoir un moment d'égarement, toute formation politique peut connaître un moment d'hésitation ou de doute, toute alliance peut connaître un moment de crise, mais on se reprend et on garde l'objectif en tête ! Pour rester fidèle à la maxime de Pierre Losio, on évite les coups de flibuste et les exercices électoralistes mal fichus de dernière minute, qui desservent tout le monde, à commencer par leurs auteurs ! C'est que certains semblent avoir oublié vendredi dernier.

Présenter en dernière minute, hors de tout accord, un projet de règlement municipal sur la police, et exiger, qui plus est, une discussion immédiate pour adoption « sur le siège » (sans renvoi en commission), représente typiquement un acte de flibuste, irresponsable sur le fond et la forme, car mettant en danger le vote du budget.

 

Compétences des Conseils municipaux en matière de règlements

Avec en son temps Marco Ziegler, conseiller municipal socialiste pendant 12 ans, j'avais initié le fait que les Conseils municipaux soient dotés de compétences en matière de votes de règlements de portée générale, proposition ensuite reprise et votée par le Grand Conseil. Je suis donc d'autant plus satisfait lorsque je peux constater que le Conseil municipal se saisit de cette possibilité. Mais il existe une règle d'or, on ne vote JAMAIS (sauf urgence absolue) des lois ou des règlements généraux sur le siège, sans débat de commission.

Le projet de règlement sur la police, déposé à l'instigation de Rémy Pagani vendredi passé au Conseil municipal, doit être évidement renvoyé en commission. C'est faire injure aux intérêts prépondérants des habitantes et habitants de cette ville que de traiter de manière aussi cavalière un thème essentiel comme la police municipale, c'est-à-dire la sécurité.

 

On respecte les accords passés

Espérons que ce soir la raison reprenne le dessus et que ce projet de règlement soit renvoyé en commission pour examen, afin de se concentrer sur l'essentiel, le vote du budget. Le projet de règlement part peut-être d'une bonne intention mais comporte de nombreux points nécessitant un débat approfondi si on veut éviter de se faire ridiculiser en le voyant annulé par le Conseil d'Etat.

Nul doute que cette initiative à la fois intempestive et maladroite ne constitue pas un gage de confiance pour la sérénité des relations au sein d'une alliance politique, et une solide mise au point sera nécessaire. Chaque formation politique garde évidemment son autonomie, et des divergences ne constituent pas un drame en soi. Là, il s'agit d'une violation caractérisée d'accords passés entre alliés, en toute bonne foi. Et la division a toujours profité aux adversaires!

 

Pas trop de Schadenfreude, M. Décaillet!

Ceci étant, cet incident de parcours permet un peu trop rapidement à M. Décaillet, ce lundi dans la Tribune de Genève, de se réjouir en exprimant toute sa « Schadenfreude » et de souhaiter un changement de majorité en Ville de Genève. Si la majorité Alternative qui gouverne la Ville avec un bilan remarquable depuis 20 ans a certainement aussi ses défauts et ses moments de faiblesse, je me demande de quelle autre majorité possible M. Décaillet parle. L'Entente ? Avec 2 partis qui ont plus ou mois fusionné, mais pas trop, et le PDC qui a un programme politique digne de l'UDC ? Ou l'Entente complétée par l'UDC, voire le MCG ? Puisque l'Entente semble prête à tout pour gagner, même à s'allier avec des formations populistes ? L'Entente a gouverné la Ville jusqu'en 1991, nous laissant une dette astronomique et un retard substantiel en matière de prestations et d'équipements, alors qu'on sortait d'une période de vaches grasses. Ah oui, l'Entente, celle qui gouverne plus ou moins l'Etat de Genève depuis longtemps : il suffit d'en voir le résultat pour voir vers que le « changement » on se dirigerait avec une victoire de leur part : un taux de chômage élevé, un marché du logement inaccessible aux revenus « normaux » (et encore moins aux revenus modestes), des bouchons partout...

 

Pour un vote du budget ce soir!

Revenons à l'essentiel et aux responsabilités premières de la majorité Alternative; j'espère vivement que le budget de la Ville de Genève sera voté ce soir, à l'unanimité des rangs de l'Alternative ! Ceci pour que la ville puisse continuer à travailler au mieux des besoins et attentes de ses habitants et habitants.

 

 

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