17/04/2018

Inauguration des Réverbères de la Mémoire

Ce vendredi 13 avril, par un beau soleil printanier, les « Réverbères de la Mémoire » ont été officiellement inaugurés au Parc Trembley, devant un public nombreux. Les « Réverbères de la Mémoire », c’est d’abord une œuvre de l’artiste Melik Ohanian, lauréat d’un concours international et par ailleurs déjà exposée à la biennale de Venise en 2015, sous une autre forme.


 

Une œuvre qui est le fruit de la volonté unanime du Conseil municipal de la Ville de Genève, faisant suite à la reconnaissance du génocide arménien par celui-ci et demandant, en 2008, la réalisation d’un monument à la mémoire commune des Arméniens et des Genevois.

Une dernière précision : on parle souvent d’un « monument » ; si cette appellation peut se comprendre, elle ne correspond pas à l’identité première de cette œuvre d’art qui se veut un message vivant dans l’espace public. Un message universel et rassembleur, qui évoque le devoir de mémoire et le devoir de reconnaissance des violences collectives subies, quelles que soient les peuples et les situations.

Ci-après l’essentiel de mon discours prononcé ce jour-là.

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« Bonjour à toutes et tous !

Je m’associe aux salutations protocolaires déjà effectuées et j’ai surtout envie de dire : chères citoyennes et chers citoyens, chères et chers amis !

 

On a souvent recours aux superlatifs lors des inaugurations, des vernissages. Parfois trop ! Mais aujourd’hui les superlatifs sont de mise. Parce que nous vivons un moment vraiment essentiel de la vie de la Cité. Et cela, pour plusieurs raisons.

Bien évidemment, aujourd’hui est un grand jour pour la Communauté arménienne. Parce que cela fait plus de 10 ans qu’elle est en attente de cet instant. C’était en effet en 2007 qu’a été déposée au Conseil municipal une motion pour l’« Organisation d’un concours en vue de l’édification d’un monument à la mémoire commune des Genevois et des Arméniens », motion votée à l’unanimité en mai 2008. Dix années pendant lesquelles il a fallu surmonter de nombreux obstacles liés au contexte symbolique et au choix de l’emplacement pour édifier cette œuvre. Entre découvertes archéologiques imprévues, pressions et blocages divers, la route fut longue et ardue. Mais cette phase est derrière nous et je préfère marquer pleinement le moment présent, ici dans ce beau parc Trembley.

Ce moment est donc important pour la Communauté arménienne parce que je sais à quel point la non-reconnaissance des violences subies est traumatisante. Je me permets pour cela de citer cet extrait de dialogue du premier roman d’Harry Koumrouyan, Un si dangereux silence, qui dit cela de manière simple : « Quand on nie les faits, qu’on les refuse, on ne les efface pas. Bien au contraire. On les fait vivre. On a tué une population et on voudrait, par le silence, la tuer une seconde fois. C’est impossible.»

En tant que magistrat en charge de la culture, je ne peux qu’insister sur l’importance des arts, de tous les arts, littérature, musique, théâtre, danse ou arts plastiques, qui peuvent nous inviter à réfléchir autrement. Melik Ohanian, lui, nous invite à réfléchir aux violences collectives infligées par une communauté humaine à une autre. Il nous incite à ne pas oublier notre devoir de mémoire et cela est essentiel. Il n’y a pas de paix, sans reconnaissance. Pas de paix sans conscience.

Ce jour est donc également très important pour toutes les victimes de violences collectives à travers l’histoire humaine et la planète, quelles que soient les identités ethniques, religieuses, nationales, tribales ou autres qui peuvent être concernées. Et malheureusement l’histoire humaine a connu de bien trop nombreuses tragédies. Cette œuvre leur est dédiée. Nous ne pouvons ni tolérer ni oublier les crimes que certains ont commis sur leurs semblables.

Et que ces Réverbères soient érigés en cette année d’anniversaire des 70 ans de la Déclaration des droits humains revêt un sens certain. Les droits humains comportent les droits politiques, économiques, sociaux et aussi culturels. Et nous devons nous battre pour que les droits culturels soient également défendus pour toutes et tous sur cette planète, dans une approche ouverte et inclusive. Or les auteurs de massacres collectifs ne cherchent pas seulement à éliminer, voir éradiquer une communauté entière, sur la base de critères d’origine, de religion, de couleur de peau, mais souvent aussi à effacer leur existence même, leur identité culturelle. C’est en particulier le cas lorsqu’il s’agit de génocides.

On le sait et on en est fier, Genève est une ville symbole de la défense des droits humains, de la lutte pour leur respect. J’ai parlé de fierté mais c’est surtout et avant tout une responsabilité. Aujourd’hui est donc aussi un moment important pour Genève. Parce que l’édification de cette œuvre est une marque visible, physique, supplémentaire de l’engagement de notre ville.

Enfin, aujourd’hui est également un jour important pour l’art. Parce que nous sommes ici pour inscrire une nouvelle œuvre sur la carte des œuvres d’art placées dans l’espace public. Et cela est toujours, pour moi, un moment essentiel. Depuis que je suis magistrat en charge de la culture et du sport, j’ai en effet eu l’occasion de procéder à plusieurs reprises à de telles inaugurations. A chaque fois, je me félicite de pouvoir mettre à la portée de l’ensemble de la population une œuvre qui, à un titre ou un autre, s’inscrit dans un contexte plus large, parfois urbanistique, parfois historique, parfois culturel ou encore sociétal. Cela a notamment été le cas quand nous avons inauguré le Frankenstein sur la plaine de Plainpalais ou Les inséparables sur les toits de la rue Lissignol. C’est à chaque fois une manière de mettre en évidence un pan particulier de notre histoire, parfois locale, souvent ancré dans un contexte plus large, en résonance avec la mosaïque culturelle et internationale de Genève. Mais c’est également une manière de permettre à l’ensemble des Genevoises et des Genevois, et aussi des visiteurs, de se trouver confrontés à l’art, et pas seulement à ceux qui fréquentent habituellement les lieux culturels. Ce qui est, quelle que soit la réaction d’adhésion, de rejet ou d’incompréhension, quelque chose d’enrichissant. Ce sera certainement le cas des Réverbères de la Mémoire.

Dans un tel contexte, les remerciements sont évidemment extrêmement importants. Je remercie donc la Communauté arménienne qui ne s’est jamais découragée tout au long de ces années et qui offre aujourd’hui à la Ville de Genève cette œuvre marquante. Je remercie également particulièrement le Fonds d’art contemporain et sa responsable Michèle Freiburghaus qui ont mené ce dossier difficile avec passion et ténacité. Je remercie aussi le Service de la culture et sa responsable Virginie Keller, dont dépend le FMAC, ainsi que tous les services municipaux qui, par leur apport, nous permettent d’être ici aujourd’hui ; je citerai en particulier le Service du Génie Civil, sous la responsabilité de mon collègue Rémy Pagani, et le Service des Espaces Verts sous la responsabilité de mon collègue Guillaume Barazzone.

Enfin, je remercie évidemment Monsieur Melik Ohanian pour son œuvre et avoir, à chaque fois qu’un nouvel emplacement avait été pressenti, accepté de revoir celle-ci et remettre inlassablement l’ouvrage sur le métier. »

 

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09:06 Publié dans culture, droits humains, Genève internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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