21/03/2018

FIFDH : la culture au service des droits humains

Le Festival du film et forum international des droits humains s’est clôt dimanche après 10 jours qui ont permis de mettre en lumière la situation des droits humains dans le monde et de favoriser rencontres, échanges et débats, se plaçant ainsi au cœur de la vocation de Genève, ville de culture, ville internationale et ville engagée pour les droits humains.


Le festival s’est terminé dimanche avec notamment les interventions remarquées de Carlos Puigdemont et de l’artiste Ai Weiwei, deux moments très forts parmi de nombreux autres. Il se prolongera néanmoins cette année jusqu’à samedi dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel, signe de sa reconnaissance nationale. Il faut aussi relever un écho impressionnant dans la presse mondiale, preuve d'une résonance remarquable de cet événement à travers le monde, et donc vecteur du rayonnement de Genève.

Je profite de ces quelques mots sur mon blog pour remercier toute l'équipe du FIFDH avec, à sa tête, sa directrice Isabelle Gattiker, ainsi que toutes celles et tous ceux qui ont permis la réalisation de cette édition. Une édition que je vois encore une fois placée sous le signe de l’intelligence et de la volonté, que j’avais évoqués dans mon discours d’ouverture, retranscrit ci-dessous. Mais c’est certainement valable pour toutes celles et tous ceux qui défendent, au quotidien et contre vents et marées, les droits humains.

 

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Monsieur le président de la Confédération

Madame la Conseillère d’Etat

Mesdames et Messieurs les élu-e-s fédéraux, cantonaux et communaux

Mesdames et Messieurs les représentants des missions diplomatiques et des organisations internationales

Mesdames et Messieurs les représentant-e-s des organisations non-gouvernementales

Mesdames et Messieurs

 

Au nom des autorités de la Ville de Genève et en mon nom personnel, je suis très heureux de vous accueillir ici, dans cette Maison communale de Plainpalais, pour l’ouverture de la 16ème édition du Festival du film et forum international sur les droits humains.

D’y recevoir Monsieur Alain Berset, en tant que Président de la Confédération, représente un réel honneur et témoigne de l’importance du FIFDH, non seulement pour Genève, ville internationale et ville de culture, mais plus largement pour la Suisse et surtout pour toutes celles et tous ceux qui s’engagent pour faire respecter et promouvoir, ici et dans le monde entier, les droits humains dans toute leur diversité et leur universalité.

Nous marquerons en décembre prochain les 70 ans de la Déclaration universelle des droits humains. J’allais dire « fêter », mais cela ne s’y prête pas trop. L’engagement pour les droits humains représente un véritable combat qui n’existe réellement, et qui ne peut être durable, que grâce à l’action inlassable de personnes, de groupes, souvent anonymes, parfois plus connus.

Et je tiens ici à saluer avec beaucoup de sincérité, d’admiration et d’humilité cet engagement vital, de toutes celles et tous ceux qui, de manière modeste ou spectaculaire, ont lutté de tous temps pour défendre les droits de toutes et tous, sans exception. Jusqu’à parfois risquer leur liberté, voire leur intégrité psychique et physique, ou même leur vie. D’ailleurs, nous marquons aussi en 2018 le 20ème anniversaire de l’adoption de la Déclaration sur les défenseur-euse-s des droits humains, qui a pour objectif de protéger et soutenir ces personnes, tout en encourageant chacun et chacune d’entre nous à se battre pour les droits fondamentaux.

En matière de lutte pour les droits humains, nous vivons une époque contrastée.

Du côté obscur de la Force, si vous me passez cette expression tirée d’une série de films bien connus, nous assistons à un recul global du respect de droits humains essentiels, voire à une régression, notamment de la part d’autorités étatiques, pourtant signataires de la Déclaration universelle. De plus en plus, sans scrupules, elles foulent aux pieds des droits pourtant consacrés, avec des pratiques indignes et inacceptables : procès iniques, harcèlement policier, censure, interdictions ou bannissements, prison, déplacements forcés, voire tortures, meurtres ou massacres collectifs.

Par ailleurs, des mouvements, qui se réclament du peuple, en s’appropriant une légitimité basée sur la peur, la haine et le rejet de l’autre, avec des relents clairement racistes, voire fascistes, semblent proliférer, parfois très proches de nous.

Du côté lumineux de la Force, nous assistons, voire participons, à une capacité redoublée de mobilisation, à travers les frontières quelles qu’elles soient, porteuse d’espoir. A titre d’exemple, nous voyons en ce moment de fortes mobilisations sur les droits des femmes ou sur la liberté en matière de genre et d’orientation sexuelle.

Une situation qui me rappelle une phrase du philosophe marxiste italien Antonio Gramsci, écrite à son frère Carlo alors qu’il était en prison sur ordre du régime de Mussolini : « Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté. »

Je saisis l’occasion pour insister ici sur les droits sociaux qui sont actuellement particulièrement malmenés, parmi d’autres, et qui apparaissent notamment dans l’article 22 de la DUDH.

En témoigne le rapport 2017 d’Amnesty international qui lance un cri d’alarme très fort. A savoir que nous assistons à une diminution drastique et généralisée des budgets sociaux dans de nombreux pays – qui comprennent par exemple les aides sociales ou médicales – due à une politique d’austérité générale. Amnesty international parle d’une potentielle d’Apocalypse de l’austérité ! Une politique aux conséquences dramatiques, d’autant plus qu’elle est appliquée par beaucoup d’Etats dans un moment où nous assistons à une précarisation de plus en plus critique des emplois.

Le travail sur appel ou le choix imposé du statut de pseudo indépendant explose, ce qui permet aux gouvernements en place de se féliciter de la baisse – ou du moins de la stabilisation – des taux de chômage. Un leurre qu’il faut dénoncer !

Certaines études annoncent la disparition ou tout au moins la transformation radicale de près de 47% des emplois actuels, en raison des effets combinés de la globalisation et de la digitalisation ; un énorme défi pour l’emploi, bien sûr, mais par ricochet pour tout notre système d’assurances sociales et de retraites !

Au moment où même des instances peu susceptibles d’être accusées de gauchisme excessif, comme le FMI ou le Crédit Suisse, pointent du doigt la répartition de plus en plus inégale des richesses et la concentration excessive de celles-ci, ce cri d’alarme, qui s’ajoute à tant d’autres, doit être impérativement pris au sérieux ! Le droit à une existence digne fait partie des droits fondamentaux de l’être humain, et son non-respect porte en lui les germes de l’exclusion, de la violence, de la désintégration de notre tissu social.

J’ai dit au début de mon intervention à quel point les engagements citoyens jouent un rôle vital pour la défense des droits humains.

Je remercie donc chaleureusement et félicite le FIFDH, sa directrice Isabelle Gattiker, son fondateur Leo Kaneman, toute l’équipe du festival, qui mobilisent chaque année des réseaux, des personnalités, des talents, des compétences, des énergies à travers le monde pour venir témoigner, raconter, mobiliser.

De plus, le FIFDH nous parle du monde entier, dans toute sa diversité, mais trouve aussi son ancrage très local à Genève, une autre forme de diversité passionnante, notamment par sa présence dans 26 communes genevoises, et je salue particulièrement mes homologues de ces communes présents ce soir.

Le FIFDH mise sur la force des images et la créativité des artistes pour susciter débat et mobilisation, ce qui ne peut que réjouir le magistrat en charge de la culture que je suis. Le FIFDH réussit ainsi un bel équilibre entre rayonnement international et irrigation locale.

Je voudrais bien pouvoir terminer ces quelques mots en misant uniquement sur l’optimisme de la volonté et vous dire que l’an prochain, tout ou presque aura changé – en mieux évidemment. Mais le pessimisme de l’intelligence m’en empêche !

Je vais donc revenir à Gramsci et admettre qu’il faut allier l’un à l’autre, intelligence et volonté, pour espérer tendre à un monde plus juste, plus respectueux, et compter sur le FIFDH, entre autres, pour continuer à nous donner la force de nous engager, de croire et d’espérer.

Je vous remercie pour votre attention.

00:01 Publié dans cinéma, culture, droits humains, Genève internationale | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Et cette noble cause clairement détournée en meeting politique de gauche est elle financée par les deniers publiques ?

Écrit par : Eastwood | 21/03/2018

@Eastwood:
Vous êtes visiblement bien mal informé. Le FIFDH est un festival qui existe depuis plus de 15 ans, est reconnu au niveau national et international, et rassemble des personnalités aussi diverses que le Président de la Confédération, le Directeur général du CICR, le Directeur général des politiques extérieures du Parlement européen, le Conseiller d'Etat Pierre Maudet, des professeur-e-s d'université dont certains Prix Nobel, des ambassadeurs et ambassadrices, les représentant-e-s des Organisations internationales à Genève, des réalisateur-rice-s, des journalistes, des militant-e-s et des élu-e-s, ainsi qu'un large public très diversifié, avec un écho médiatique local, national et international remarquable.

Il est donc peu compréhensible de le résumer comme étant juste un "meeting politique de gauche" (ce qui n'a d'ailleurs rien de déshonorant) et vous devriez vous interroger sur le pertinence de votre commentaire.

Par ailleurs, la Ville de Genève soutient l'organisation de ce festival et forum, mais vous trouverez l'entier des partenaires du FIFDH sur le site de celui-ci, ce qui vous permettra de vous faire une idée plus fondée de cet événement, dont Genève peut être fière:
https://www.fifdh.org/site/fr/a-propos/partenaires

Écrit par : Sami Kanaan | 22/03/2018

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