23/01/2018

Billag mon amour ?

On peut trouver que payer les (bientôt) 360 francs annuels de la redevance radio et télévision est désagréable ou démodé. Le mode de calcul de celle-ci n’est d’ailleurs pas du tout convaincant pour la gauche. Néanmoins, accepter cette initiative revient à éradiquer tout soutien public aux médias, sous quelque forme que ce soit, et donc renoncer à toute idée de mutualisation. Au final, une société du chacun pour soi, donc la consécration de la loi du plus fort et du plus riche. Au final, des pertes pour toutes et tous, en particulier pour les moins fortunés et pour la démocratie et la cohésion de ce pays.


Les opposants « no billag » à la redevance clament à répétition qu’ils « ne veulent pas payer pour ce qu’ils ne consomment pas ». En apparence peut-être logique à l’heure du principe du pollueur-payeur généralisé, cette assertion est en réalité totalement trompeuse. Nombre d’aspects de notre vie en société repose justement sur la mutualisation, qui consiste à mettre les forces en commun pour réaliser des choses inaccessibles autrement et permettre d’instaurer une forme de solidarité nécessaire au vivre-ensemble. Imagerait-on un système de santé ou chacun-e ne paie que ce qu’il consomme, au plein tarif ? Un système éducatif entièrement privé et donc rentable pour ses gestionnaires, mais très cher pour les élèves et leurs parents ? Des trains facturés au plein tarif pour les usagères et usagers ?

Mutualisation & diversité contre « pay per view » & « fake news »

Lors que les opposants prétendent que « les jeunes » voteront pour « no billag » parce qu’ils ne regardent plus la télé de grand-papa et grand-maman, c’est une vision caricaturale d’une jeunesse qui est en réalité très au fait des enjeux de la consommation audio-visuelle payante (des jeunes youtubeurs parmi les plus connus de Suisse romande ont d'ailleurs pris position dans cette vidéo).

La fin de la redevance signifie surtout la fin d’un soutien à la diversité et l’indépendance de médias pluralistes dans ce pays, et pas seulement la SSR, mais au total plus de 60 chaînes de radios et télévisions locales, indispensables pour le débat démocratique et pour la cohésion de ce pays tellement diversifié ! La loi du marché rendrait tout simplement impossible cette diversité à l’échelle de la Suisse romande ou du Tessin ! Et même la Suisse alémanique est un marché microscopique à l’échelle internationale !

Netflix, YouTube ou d’autres sources d’émissions de divertissement font partie de notre paysage, mais ne remplaceront jamais le rôle vital que jouent les médias suisses. Ou alors on peut livrer notre pays à Fox News et Russia Today, ou aux diffuseurs de « fake news » sur les réseaux sociaux ; la démocratie directe en subira de plein fouet les conséquences ! Le débat sur l’avenir de la production et la diffusion de contenus quels qu’ils soient, notamment à l’heure de la digitalisation et de la globalisation, est totalement légitime, de même que sur les forces et faiblesses de la SSR, ou de la répartition de cette manne entre SSR, autres médias radiotélévisés ou presse écrite, mais ce n’est pas du tout ce que proposent les initiants, contrairement à ce qu’ils prétendent. Il suffit de lire le texte lui-même.

Indispensable à la culture

Dans le domaine culturel, cette initiative signifie la fin immédiate du soutien à la production de nombre de contenus et plus largement à la richesse de l'offre culturelle en Suisse. Car la SSR redistribue chaque année 27 millions pour des coproductions helvétiques et 13 millions de commandes à des producteurs indépendants du pays. Il s’agit du tiers des montants disponibles et cette année, des succès reconnus internationalement comme le film d’animation « Ma vie de Courgette » (primé dans nombre de festivals), « L’Ordre divin », sur l’historique du vote féminin en Appenzell, ou encore la série à succès « Quartier des banques », n’auraient pas vu le jour. La SSR et les radios et télés locales jouent aussi un rôle clé dans la diffusion des œuvres d’artistes dans le domaine musical. Et la SSR a versé 56 millions de droits d’auteur en 2016, contre seulement 15.3 millions de la part des diffuseurs privés.

Un rôle clé pour le sport

Pour le sport, la situation est la même. On constate déjà la mainmise du marché sur les sports les plus lucratifs (football et hockey sur glace), disponibles uniquement sur abonnement payant. Sans la redevance, les prix de celles-ci prendraient l’ascenseur et tous les sports moins lucratifs, les événements locaux (régulièrement couverts à Genève par Léman Bleu grâce à la redevance également) ne seraient tout simplement plus visibles. Je me suis engagé depuis mon élection à la fois pour l’accès au sport pour toutes et tous, mais aussi pour le soutien au sport dit « d’élite », car je suis convaincu de sa valeur d’exemple, de motivation et de cohésion sociale. Or le « sport d’élite » en Suisse, à quelques rares exceptions, n’offre aucun intérêt commercial ! La plupart des manifestations sportives, par exemple les compétitions de ski, où l’on voit gagner Beat Feuz ou Lara Gut, n’intéresseraient pas des diffuseurs privés, et en perdant la rediffusion de la part de la SSR, perdraient aussi leurs sponsors, et seraient donc condamnées à disparaître.

On sait que l’abonnement « football » en Italie se monte environ à 1'000.- annuels ou 400.- pour la Bundesliga allemande. En Suisse, les abonnements « sports » actuels coûtent entre 300.- et 500.- par an. En l’absence d’un acteur public fort, c’est la porte ouverte aux augmentations.

Dire NON à l'initiative, pour imaginer un financement plus juste

Vous l’aurez compris, le titre de ce blog est un clin d’œil au film culte de Renais, qui évoquait justement un sujet dont on ne peut parler. Car bien entendu, nous sommes une majorité à gauche, pour proposer un autre financement de l’audiovisuel public. Des idées ont d’ailleurs déjà émergé, proposant par exemple un financement équilibré entre impôt fédéral direct (car c’est un impôt socialement juste) et prélèvement sur l’activité des fournisseurs d’accès internet (Salt, Swisscom, UPC, … dont les profits sont importants) en fonction de la bande passante. Mais pour parvenir à un financement plus juste, et mener un débat réellement ouvert sur l’avenir des médias en Suisse, il faut voter contre « no billag » et montrer un attachement fort à notre service public audiovisuel.

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Commentaires

"Billag mon amour?" Le vôtre mais pas le nôtre!

Écrit par : Christine H. | 23/01/2018

@Christiane H.:
Chère Madame, merci de votre commentaire. Vous devriez relire le texte, à partir duquel on comprend que je souhaite un financement plus juste socialement. Pour le reste, ce titre faire référence au film d'Alain Resnais.
Vous noterez que j'aurais pu intituler ce blog: cinéma suisse, radios locales, soutien aux sports et à la culture, cohésion nationale, diversité et pluralité suisse, indépendance culturelle, etc... mon amour.

Écrit par : Sami Kanaan | 24/01/2018

Petit soutien "pourtant vital" délivré avec arrogance, devenu l'argument et l'otage pour sauver ses plumes.
Il faut tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge vierge....où rien ne fait semblant.
Oust les rentiers, c'est dingue je vais voter comme l'UDC.

Écrit par : noug | 24/01/2018

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