21/11/2017

Soyons intelligents : agissons pas-à-pas !

Genève, Canton et Villes, veut résolument s’affirmer comme « smart ». Au vu du nombre de projets, d’initiatives, de contributions, de débats, de journées d’étude, qui voient le jour depuis quelques temps, il semblerait que ça fonctionne ! Et puisque nous restons avant tout une ville francophone, autant parler français. Ainsi, Genève a l’ambition et la capacité d’être une ville intelligente, souple, sensible, agile, qui aspire à tirer parti des technologies nouvelles, pour être à l’écoute de ses habitantes et habitants, de ses travailleuses et travailleurs, de ses visiteurs, de ses entreprises. Une ville qui sache mettre l’humain au centre et qui soit apte à répondre à ses besoins. Car les grandes déclarations d’intention, comme la Conférence nationale Suisse numérique d’hier, ne suffisent pas. Pour citer l’invité estonien de cette conférence, «Vous parlez beaucoup de digital mais vous n’agissez pas» ! Commençons donc par agir, pas-à-pas, de manière très concrète !


Reprendre la main

En soi, cette vocation de mettre l’humain au centre n’est pas nouvelle, elle est même dans l’ADN historique de notre Cité, ville d’accueil et d’ouverture. Ce qui est nouveau, c’est la capacité à faire un usage adéquat des opportunités qu’offrent les technologies digitales modernes tout en anticipant les risques et les écueils divers et multiples. Un des défis réside dans le fait de ne pas laisser le débat aux spécialistes économiques et technologiques autour de ces enjeux. C’est même certainement l’enjeu principal : se (ré)approprier  des outils qui tendent à nous échapper, à s’autonomiser et à être accaparés par des très grands groupes internationaux. Les données sont le pétrole du XXIème siècle et un affrontement de titans se joue sous nos yeux, tentons de tirer notre épingle du jeu de manière intelligente et citoyenne. Bernard Stiegler l’expliquait encore mardi dernier dans une conférence qu’il donnait à la Fédération des Entreprises Romandes : l’enjeu est d’opérer une véritable reprise en main, de réintroduire du savoir-faire dans un monde qui s’autonomise à outrance. Sur ces différents aspects, l’exécutif de la deuxième ville de Suisse a une responsabilité particulière, aussi bien sur le plan local qu’international ; j’y reviendrai.

 

Un défi urbain d’une ampleur probablement inédite

Mi-septembre, en marge du Smart City Day qui se tenait à la hepia, M. François Abbé-Decarroux, directeur général des HES à Genève, disait dans la Tribune de Genève que nous sommes face à deux réalités incontestables : D’une part, la plus grande partie de la population mondiale vit déjà dans des villes et ce taux grimpera prochainement à 70%, ce qui pose des défis considérables. Et d’autre part, les progrès en matière digitale sont tellement rapides et multiples qu’ils induisent des changements dont on ne peut encore estimer toute la portée. La combinaison de ces deux réalités nous oblige à nous poser sérieusement la question de comment aborder les enjeux qui en découlent.

 

L’intelligence collective, émotionnelle et humaine comme solution

Il est rarement facile de trouver les bonnes réponses d’un coup, mais l’intelligence collective représente certainement le meilleur moyen de déjà se poser les bonnes questions, et ainsi élaborer ensemble des réponses, forcément évolutives. Les bonnes idées ne surgiront pas toutes seules par miracle d’un seul acteur. C’est en travaillant ensemble, en réseau et en complémentarité, que nous parviendrons à nous orienter dans ce nouvel inconnu qu’évoque le deep learning, le LoRa, l’internet des objets, le Big Data, les blockchain (plus à la mode en ce moment), entre autres acronymes inconnus pour beaucoup.

 

 Des enjeux complexes

Le développement technologique ne doit pas être un but en soi, il doit être doit être au service de l'humain dans l'urbain. De plus, il est impératif d’associer la participation et la compréhension de toute la population, afin d’éviter un fossé numérique. Le fait de disposer du dernier modèle de smartphone ou de suivre les dernières "app" à la mode, ou d’avoir pris l’habitude d’utiliser Uber ne signifie en rien qu’on dispose d’une capacité à aborder de manière consciente, compétente, sereine les enjeux parfois complexes de cette évolution, bref, de disposer d’une éducation numérique. Ce monde numérique a plein de facettes différentes, dont certaines peuvent être problématiques, par exemple la violation de la sphère privée, la cybercriminalité, la surveillance excessive, la marchandisation accrue des rapports humains, l’accumulation occulte de données sur les personnes à des fins commerciales ou autres. Il implique de s’intéresser à des enjeux passionnants mais potentiellement lourds de conséquence, comme les transformations probablement radicales sur le marché de l’emploi, sur la formation, sur le fonctionnement de notre vie démocratique, etc.

 

Contrer l’aliénation, redonner du sens, valoriser les savoir-faire

Plus prosaïquement, il est de notre devoir de contribuer à ce que chaque citoyenne et citoyen trouve sa place dons ce monde, construire ses repères de manière autonome et responsable, et qu’on évite une sorte d’aliénation numérique, un moyen comme un autre de mettre en danger notre cohésion sociale, notre prospérité partagée et notre vie démocratique.

Genève doit faire le nécessaire pour tirer profit des opportunités en matière d’innovation qui permettront d’assurer à notre canton une économie solide. Cette approche est d’autant plus pertinente qu’elle contribue à la diversification de notre tissu économique. Il est également pertinent de promouvoir activement le rôle possible de la Genève internationale dans la gouvernance du monde digital, dont nous avons toutes et tous urgemment besoin. Pertinent également d’imaginer que Genève puisse, dans la lignée de ses engagements internationaux, développer un véritable centre dédié à réfléchir de manière critique aux enjeux du numérique, envisager des alternatives, en associant Etats, ONG et entreprises multinationales. Plusieurs acteurs-clés, dont le patron de Microsoft, Brad Smith, ont ainsi appelé à l’élaboration de Conventions de Genève pour le monde numérique. L’idée est excellente. Elle ne doit pas être portée par des entreprises seules mais être conduite par les collectivités publiques..

 

Penser global, agir local

Toutefois, il est essentiel que l’on s’intéresse aussi au niveau local, à l’action municipale pour les habitantes et habitants, les travailleuses et les travailleurs, les personnes de passage, bref, notre échelle de proximité. La Ville de Genève s’inscrit dans ce cadre, en cherchant avant tout à repenser ses services de proximité, en facilitant l’accès à l’administration et en promouvant les initiatives citoyennes, qui améliorent la qualité de vie et le lien social, et qui peuvent contribuer à l’éducation numérique citée plus haut.

 

La Ville a fixé 3 priorités pour son action :

  • accès à l’administration et aux prestations en ligne: Nous sommes très clairement en retard sur ce plan, car même des prestations simples comme réserver un créneau horaire pour un terrain de badminton ne sont pas encore disponibles on-line, mais nous y travaillons activement en incluant dans la réflexion aussi bien les moyens numériques eux-mêmes que – et c’est peut-être le plus important – l’ensemble de la chaîne d’opérations, de manière à la rendre aussi efficace et accessible que possible.

 

  • mise à disposition des données publiques (open data): Nous savons toutes et tous à quel point il y a un enjeu considérable avec l’accumulation de quantités énormes de données sur nous, sur nos pratiques de consommation, sur notre identité, etc., souvent sans aucun contrôle externe ni aucune transparence. La collectivité doit montrer l’exemple en matière de transparence et d’éthique, et ainsi mettre à disposition ses bases de données pour en faire des projets pilote de gestion partagée et de mise en relation à des fins d’intérêt collectif et non-lucratif. L’enjeu est de mettre en œuvre une vision alternative à l’accaparement des données. De réfléchir à proposer un concept de communs qui permettent d’avancer dans un siècle qui file à toute à l’allure et a une fâcheuse tendance favoriser une forme d’individualisation galopante.

 

  • participation citoyenne et facilitation du lien social : En soi cet objectif est pérenne dans notre système, surtout à l’échelon de proximité, en complémentarité avec notre système de démocratie semi-directe. Mais les outils numériques peuvent également faciliter l’interaction collective et les relations avec les autorités et les services, tout en évitant de susciter des attentes que nous ne saurions satisfaire ensuite. Ainsi, mettre en place des interfaces pour alerter de tout dégât dans l’espace public, éclairage public, poubelles, trottoirs, etc., ne sert à rien si ces alertes ne sont pas suivies d’effets rapides avec une intervention réparatrice ; c’est même contre-productif, comme des expériences dans d’autres pays l’ont démontré. L’ambition va d’ailleurs bien au-delà : donner la possibilité à chacune et chacun de s’impliquer, à son niveau.

Ces priorités ne peuvent se concrétiser que si la Ville participe activement aux réseaux qui s’intéressent à ces enjeux, aussi bien localement qu’internationalement. La Ville de Genève a ainsi adhéré au réseau européen « Open and Agile Smart Cities » et participe activement à la Commission Villes Innovantes de l’Association internationale des maires francophones (AIMF). Sur le plan local, elle a des liens étroits aussi bien avec les hautes écoles qu’avec les acteurs de la transition numérique, en profitant de l’extraordinaire biotope genevois en la matière.

 

La culture et le sport… intelligent

Plus spécifiquement, mon département, en charge de la culture et du sport avec un impact sur toute une région, y ajoute trois priorités particulières :

  • L’accès au savoir et à la connaissance, notamment en valorisant le patrimoine culturel existant, via la numérisation et la mise en ligne, ou des activités de médiation culturelle et sportive, ou l’évolution de l’activité de nos bibliothèques municipales
  • L’accès aux prestations sportives, qui vont de la réservation d’un terrain jusqu’au soutien aux organisations sportives, dans une optique de facilitation, de souplesse et d’émulation. Les associations sportives peinent en effet à réunir les compétences bénévoles nécessaires au quotidien. Là aussi, des projets existent et la Ville en présentera notamment un mardi prochain !
  • Le soutien aux arts numériques, car les artistes sont particulièrement créatifs et rapides pour mettre en scène de manière déclarée et intéressantes des enjeux, des thèmes, des questions de notre société.

Lorsque je mentionne les bibliothèques, je précise que, selon moi, elles ont un rôle clé à jouer dans l’éducation numérique et la formation d’un sens critique face à la gestion de l’information au sens large. Ceci déclenche d’ailleurs des débats très animés entre professionnels, comme récemment lors du 2ème colloque annuel des Bibliothèques genevoises, organisé à l’initiative de mon département.

 

Dans le sport, les idées et initiatives sont également légion, allant des applications destinées à faciliter le lien entre sportifs (pour aller courir par exemple), à offrir un coaching personnalisé ou à surveiller ses performances. L’entreprise suisse Datasport, leader du chronométrage sur les courses populaires en Suisse montre d’ailleurs la voie et évolue sans cesse, proposant le suivi en live des concurrent-e-s ou la possibilité de recevoir les photos voir la vidéo de sa course à la fin de celle-ci.

Quant aux artistes, ils n’attendent pas de leur côté qu’on les prenne par la main pour innover. Nous avons donc nombre de projets réjouissants, qui font le lien avec notre patrimoine historique ou qui investissent la création actuelle.

Le chorégraphe Foofwa d’Immobilité monte par exemple actuellement un projet avec un robot qui apprend à danser tout seul, en observant des danseurs, grâce à la technologie du deep learning. On ne sait pas ce qui en ressortira, mais l’expérience est fascinante. Un autre chorégraphe, Gilles Jobin, travaille avec la réalité virtuelle, en partenariat avec la fondation Art Anim et vient de remporter plusieurs distinctions, dont le Grand Prix de l’Innovation du Festival du nouveau cinéma de Montréal.

Enfin, nous travaillons, en réunissant le Musée d’art et d’histoire et l’association Genève 1850, à proposer une véritable balade immersive dans notre ville en 1850, juste avant l’explosion de la ceinture fazyste. Un projet dont la vocation est de réunir largement artistes, scientifiques et acteurs de la société civile.

 

Genève, capitale du numérique créatif !

Genève développe un véritable pôle du numérique créatif, avec le DIX, lieu dédié aux cultures numériques qui ouvrira en 2018, avec le Geneva International Film Festival, largement reconnu pour son exploration de l’innovation sous toutes ses formes, ou encore la Haute Ecole d’Art et de Design et la hepia.

Ainsi, Genève s’affirme également au niveau national sur le plan du numérique créatif, de manière complémentaire à Zurich, qui investit dans les grandes entreprises et l’infrastructure.

J’en suis convaincu, l’avenir du numérique passera par la créativité, la réappropriation locale d’outils créés à l’échelle du monde. Et pour cela, les artistes sont un rouage essentiel.

Henri Lefevbre, dans Le droit à la ville : « Le droit à la ville (…) ne peut se formuler que comme droit à la vie urbaine, transformée, renouvelée».

17:53 Publié dans numérique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Je pense que des cours de self-défense donnés aux filles lors des cours de gymnastique leur permettraient de se défendre lors des agressions sexuelles, harcèlement. Voilà une initiative constructive

Écrit par : Noëlle Ribordy | 21/11/2017

Une dynamique essentielle...bravo, à suivre.

Écrit par : Carrard | 21/11/2017

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