10/09/2017

Votation sur la réforme de la prévoyance 2020, un OUI de raison !

Nous voterons le 24 septembre sur la 10ème ( !!!) révision de l’AVS. Une solution de compromis a pu être trouvée entre les forces raisonnables du parlement fédéral. Face à celui-ci, deux questions se posent : le compromis est-il acceptable ? Et peut-on espérer mieux en le refusant ?


Pour la gauche, la question est difficile. Nous ne sommes en effet en aucun cas pour une élévation de l’âge de la retraite, bien au contraire. Et encore moins de l’élévation de l’âge de la retraite des femmes, dont on sait qu’elles assument encore largement la majorité du travail domestique non-rémunéré, vivent des interruptions de carrière plus fréquentes et sont toujours victimes d’une inégalité salariale criante. De même, l’augmentation de la TVA, impôt par définition asocial, n’est pas non plus une proposition idéale pour la gauche.

La question n’est donc pas de savoir si cette réforme est idéale. Elle ne l’est pas. Elle représente un compromis des forces qui ont bien voulu essayer de trouver une solution pour pérenniser notre système de prévoyance : la gauche responsable et la droite modérée. Nous sommes donc face à un choix de stratégie, avec comme optique la nécessité absolue de préserver notre système de retraite et plus largement la solidarité entre générations et entre revenus, non sur un choix idéaliste. Est-ce que cette solution est acceptable pour assurer la solidité et l’équité du système de retraites ? Et pourrions-nous avoir mieux, en s’y opposant ?

Réforme de l’AVS, réforme de la prévoyance retraite

Il convient tout d’abord de préciser qu’il n’est ici pas question de l’AVS uniquement. Les calculs simplistes avancés par certains en prenant l’année en plus travaillée par les femmes et en regardant jusqu’à quand elles devraient vivre pour compenser, via l’augmentation de 70 francs mensuels, cette année supplémentaire, ne tiennent pas.

La force de la réforme menée par le Conseil fédéral sous l’égide d’Alain Berset repose sur ce point : nous réformons d’un même geste l’AVS et le 2ème pilier. C’est via ces deux systèmes qu’il faut évaluer la réforme et on constate qu’elle est, en prenant tous les éléments en compte, beaucoup plus favorable que ce qu’il aurait été possible d’obtenir autrement. Cette réforme sur deux fronts est d’ailleurs une des choses qui pose problème à la droite dure, dont une certaine Isabelle Moret, pour qui la solidarité propre au système de l’AVS pose problème, même lorsqu’il s’agit « seulement » de 70.- par mois. La Conseillère nationale pousse l’hypocrisie jusqu’à affirmer que « la baisse de leur rente deuxième pilier n’est pas suffisamment compensée. De plus, selon cette variante, une femme qui gagne un petit salaire devrait travailler une année de plus afin de permettre à un homme au salaire beaucoup plus élevé de toucher un bonus AVS de 70 francs dont il n’a pas besoin. ». Ceci tout en refusant – dans une totale incohérence – tout autre solution plus solidaire, bien entendu (et je vous invite à relire cet excellent article de l'Union syndicale suisse: "A qui profiterait vraiment l'échec de Prévoyance 2020").

Assurer tout à la fois le financement et le niveau des prestations

Cette réforme a donc également du bon. Elle assure le financement de l’AVS, principale garante de la solidarité intergénérationnelle, jusqu’en 2030 au moins (un horizon de temps qui est encore du domaine de l’évaluation plausible ; au-delà on entrerait dans de vaines spéculations démographiques et économiques). Elle garantit aussi le niveau des prestations, entre AVS et 2ème pilier, malgré la baisse du taux de conversion. Deux éléments fondamentaux pour la gauche. Les retraité-e-s actuel-le-s ne bénéficieront pas de supplément d’AVS, ce qui est exact, et il y a une raison simple à cela : ils ne sont pas non plus touchés par les baisses prévues dans le 2e pilier. Cela ne signifie pas pour autant que la votation ne les concerne pas – au contraire : il est de leur intérêt que l’AVS reste financièrement saine, que les rentes continuent à être versées, et qu’elles ne soient plus seulement adaptées au coût de la vie, mais également à l’évolution salariale.

Je l’ai rappelé, le système de retraites en général et l’AVS en particulier repose sur une solidarité intergénérationnelle, pilier fondamental de notre société. Au moment où la proportion entre actifs et retraités évolue vers un déséquilibre croissant, cette réforme protège aussi les intérêts des plus jeunes générations, contrairement à ce que beaucoup prétendent en vue de faire échouer la réforme en raison d’intérêts totalement contradictoires. En effet, l’absence de réformes mettrait de manière beaucoup plus directe la pérennité du système en danger et donc les retraites futures, pour les jeunes d’aujourd’hui. De plus, la réforme prévoit de réelles améliorations pour les personnes à temps partiel ou cumulant des emplois temporaires et/ou à temps partiel, donc souvent des femmes et des jeunes. Elle prévoit aussi des conditions facilitées de départ à la retraite anticipée, là aussi un progrès surtout pour les femmes et les titulaires de professions pénibles. Enfin, la situation des chômeuses et chômeurs plus âgé-e-s s’améliore également.

 Faire le choix du pire ?

Face à ces éléments, faut-il faire le choix de l’idéal ? Ou dit autrement, et c’est la stratégie de la droite, le choix du pire ? Refuser cette réforme PV2020, en espérant mieux (pour la gauche). Ceci alors que la droite dure met toutes ses forces pour la refuser afin de couper drastiquement dans un des éléments qui constitue une victoire historique du Parti socialiste, l’AVS ? Et surtout pour ouvrir la voie royale à une élévation générale de l’âge de la retraite, sans aucune contrepartie, et tout en assumant une baisse peut-être brutale des rentes issus du 2ème pilier ?

Un rôle historique et un contexte difficile

Pour y répondre, il faut rappeler le rôle historique de l’AVS, née des luttes syndicales et politiques menées par la gauche, et arrachée sous forme de compromis, déjà. Elle permet aux personnes âgées de bénéficier d’une retraite décente, à un moment où il n’existait rien. Elle incarne une solidarité entre les générations qui s’exerce de manière horizontale et égalitaire, contrairement au 2ème pilier qui est un système d’assurance « privé ». Le risque actuel est que ce système ne parvienne plus à financer les prestations. Tout simplement. Si cela devait arriver, les premiers touchés seraient celles et ceux qui n’ont que l’AVS et pas ou peu de 2ème pilier, soit les plus faibles justement : personnes à bas revenus, personnes cumulant de petits emplois et donc avec un 2ème pilier faible ou inexistant, personnes connaissant de nombreuses variations dans leur activité professionnelle, petits indépendants, etc. Les plus fortunés n’en ont pas besoin. Et pour citer Hans Peter Tschudi (Conseiller fédéral socialiste, un des pères fondateurs de l’AVS) : «L’AVS a besoin des riches, mais les riches n’ont pas besoin de l’AVS.». La situation est toujours la même. Peut-être plus que jamais. Et la droite dure n’aura aucun problème à voir le système s’effondrer pour ne laisser qu’un système d’assurance « privé ».

Vu le rapport actuel des forces dans le parlement fédéral, il semble pour le moins hasardeux d’espérer une réforme qui soit plus sociale, plus solidaire, plus juste. Dire qu’un « non de gauche », permettra de faire progresser la cause et d’avoir les armes pour négocier mieux semble naïf, au mieux, voire cynique, dans le contexte fédéral actuel, d’autant qu’il n’émerge même pas les contours d’une solution alternative viable.

Un compromis acceptable ?

Vous l’aurez compris, je considère que nous n’obtiendrons pas mieux que le compromis trouvé autour de cette réforme. Je fais donc le choix stratégique de m’engager pour qu’elle trouve une majorité, bien qu’elle ne soit pas idéale.

Pour autant, le compromis est-il acceptable ? Je maintiens que oui, car il permet d’assurer la solidarité intergénérationnelle en assurant le financement, il fait progresser les prestations en contrebalançant la baisse du 2ème pilier pour les nouveaux retraités, et il amorce un déplacement du curseur du 2ème pilier vers l’AVS, système bien plus solidaire. L’augmentation d’une année de l’âge de retraite pour les femmes n’est pas le choix de la gauche, mais il s’agit de faire une pesée d’intérêt avec les éléments ci-dessus, et en gardant à l’esprit que cette année sera compensée en terme de prestations et avec un système souple de retraites anticipées.

Un choix personnel, à faire en regardant à moyen et long terme

Chacune et chacun fera donc son choix personnel, mais j’espère vivement que celui-ci sera fait en fonction de l’intérêt général, et donc celui des plus faibles, en se tournant vers le moyen et long terme, plutôt que dans le but d’exister politiquement en se drapant dans la pureté d’une gauche qui refuse de chercher des solutions réelles, avec les partenaires et adversaires politiques démocratiquement élus qui composent le parlement fédéral. A titre personnel, lorsque je constate que cette réforme est combattue à la fois par la droite dure alémanique et la gauche dure romande, je me dis qu’elle représente un bon compromis.

Donc votons clairement OUI le 24 septembre aux deux objets fondant la réforme Prévoyance 2020 !

                                                               

Retrouvez une excellente synthèse des arguments ici, par la RTS.

Pour rappel: un grand débat est organisé le mardi 12 septembre à 19h30, à Uni Dufour, par la Tribune de Genève.

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