29/11/2016

Lutter contre l’homogénéisation culturelle

Ce lundi 28 novembre, j’ai participé à l’inauguration du Cinélux et du cinéma City, après leurs travaux de réhabilitation. Ces travaux, nécessaires pour la poursuite de l’activité de ces salles de quartier, ont été financés grâce à une subvention unique votée par le Conseil municipal au mois de mai 2015 ainsi qu’à des fonds privés. Ils ont été menés par Fonction : Cinéma, mandatée par les cinémas indépendants pour coordonner ce dossier. Les rénovations se poursuivront avec le cinéma Nord-Sud en 2017, puis avec les Scala en 2018.


 

Des cinémas autonomes financièrement

Les cinémas dont il est question font partie du réseau des cinémas indépendants, qui regroupe 10 salles genevoises (Cinéma Empire, Ciné 17, Bio, Spoutnik, Cinémas du Grütli, etc…). Celles-ci ne sont pas subventionnées par le Ville et « tournent » donc de manière totalement autonome. Néanmoins, la Ville s’est engagée pour soutenir financièrement cet investissement des cinémas indépendants, ensemble avec des donateurs privés, ceci notamment pour trois raisons.

Un art populaire et un rôle de proximité

Premièrement, le cinéma étant un art populaire, il est important qu’il soit présent dans différents quartiers de la ville et non pas uniquement dans les centres commerciaux des communes suburbaines. Trois quartiers de la Ville de Genève – Jonction, Eaux-Vives et Servette – bénéficient encore de cinémas. Ce n’est déjà pas beaucoup et on sait que nombre de salles ont déjà dû mettre la clé sous le paillasson!S'y ajoute le Bio à Carouge, et bien sûr les salles des Cinémas du Grütli.

Dans un quartier, il y a toujours eu des lieux qui comptent : la poste, la boulangerie... Les lieux culturels en font partie. Les bibliothèques, bien sûr, mais aussi les librairies, les théâtres ou les cinémas. Car une librairie qui propose des lectures ou un cinéma qui accueille les représentations pour des clubs d’aînés fournissent des raisons de se retrouver. Ils constituent un lieu de rencontre, participent aux manifestations du quartier ou de la ville.

Garantir la diversité de l’offre

Deuxièmement, et cela est prouvé par de nombreuses études, la diminution du nombre de salles indépendantes provoque inévitablement une diminution de l’offre. Là contre également nous devons lutter. Car les films qui sont projetés dans les cinémas indépendants ne sont pas les blockbusters bien souvent américains que l’on retrouve dans les multiplexes. Il ne s’agit pas de combattre l'existence de ces films "mainstram2, mais d'éviter qu'ils ne monopolisent l'offre. Les salles indépendantes permettent donc de découvrir d’autres cultures, d’autres approches du cinéma, d’autres recherches.

Dans une interview accordée à Télérama (15 mai 2013), Steven Spielberg a expliqué au journaliste : « J'ai souvent dit aux étudiants en cinéma qu'ils devaient tout voir : les films de la Nouvelle Vague française, les expressionnistes allemands, le cinéma chinois et japonais, etc. Ils comprendront ainsi une chose essentielle : il y a mille façons de raconter la même histoire, mais le talent est de faire ressentir à chaque fois que c'est de cette façon-là qu'il fallait la raconter. » Dans cette déclaration, une part s’applique à chacun d’entre nous. Parce que comprendre qu’une histoire peut être racontée de mille façons, c’est prendre en compte les différences de culture, de génération, de sensibilité tout simplement. C’est faire un pas pour comprendre l’autre.

Maintenir des cinémas dans les quartiers, c’est donc œuvrer doublement à une bonne cohésion sociale, au vivre ensemble. C’est contribuer à pouvoir parler à chacun et chacune. A pouvoir parler de chacun et chacune, sans homogénéiser notre histoire et notre présent dans le grand shaker du marché.

Les Genevois aiment le cinéma. Un cinéma de qualité

Troisièmement, il est clair que Genève aime le cinéma. Cela sonne un peu comme une ritournelle, mais force est de constater que l’appétit des Genevois et des Genevoises pour le 7e art ne se dément pas. En témoigne, par exemple, outre la fréquentation des salles, celle des festivals. Se sont succédés apr exemple ces dernières semaines le Festival Tous Ecrans, Filmar en America latina et les Rencontres cinématographiques, Palestine. Filmer c’est exister. Tous rencontrent un joli succès populaire.

Les multiplex, les salles indépendantes, les festivals, les cinéclubs : non, rien n’est redondant. L’offre est large, il est vrai, mais permet de répondre aux envies, aux goûts, aux curiosités ou même aux possibilités de déplacement de chacune et chacun. Cela est normal et il est de notre rôle, en tant que Municipalité, de veiller à ce que les conditions y soient réunies.

Maintenir les salles indépendantes, seules garantes de la diffusion de films, suisses notamment, qui, à 90%, ne sont pas projetés ailleurs, est donc une nécessité. Ce soutien permet d’assurer un cinéma de qualité, souvent minoritaire, mais porteur de valeurs artistiques, citoyennes, écologiques, politiques. Ce cinéma dépasse le simple souci de divertissement et offre de poser un regard neuf, de surprendre, d’éveiller, d’ouvrir un dialogue avec notre société et ses préoccupations. Autant de choses tellement importantes, autant d’externalités positives, que le marché ne sera jamais capable d’appréhender, mais qui sont tellement importantes pour notre vie collective et notre humanité.

La magie du cinéma, dans des conditions optimales

Je me réjouis donc que les efforts conjugués des milieux du cinéma, de la Ville et de fondations privées nous permettent aujourd’hui de maintenir ces salles en activité et d’offrir les meilleures conditions possibles aux amatrices et amateurs genevois de cinéma.

Moi-même, en tant qu'habitaitndes Eaux-Vives depuis bientôt 30 ans, j’appréciais beaucoup d’aller aux Scala ou au City lorsque j’avais plus de temps, et me réjouis donc aussi à titre très personnel de voir ces salles rénovées (City) ou bientôt rénovées (Scala en 2018).

Je vous invite donc surtout à aller y découvrir La Fille de Brest d’Emmanuelle Bercot ou d’Après la tempête d’Hirokazu Koreeda, au cinéma City, ou La idea de un lago de Milagros Mummenthaler ou Paradise de Sina Ataeian Dena au Cinélux. Car l’important, au final, ce n’est pas la salle, mais ce qui s’y fait !

 

23:41 Publié dans cinéma, culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.