24/11/2016

Notre impact sur les générations futures

Depuis janvier 2016 j'ai le plaisir et l'honneur de présider la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse (CFEJ), organe consultatif du Conseil fédéral, succédant ainsi à un autre genevois, Pierre Maudet. Aujourd'hui la CFEJ a publié un communiqué concernant sa nouvelle composition (fort renouvellement de ses 20 membres), son nouveau site web, et surtout son choix de thème prioritaire pour les 3 prochaines années. En l'occurrence, la Commission a décidé de se concentrer sur l'impact de la digitalisation dans notre société sur l'enfance et la jeunesse (emploi, formation, temps libre).


Au début de cette année, le World Economic Forum de Davos nous a prédit la disparation potentielle de 5 millions d’emplois d’ici 2020 en raison de la robotisation de l’économie. D’autres annoncent même le remplacement d’un emploi sur deux par des robots dans les pays industrialisés d’ici 20 à 30 ans, en raison de l’ évolution technologique et numérique. Contrairement aux révolutions industrielles précédentes, qui ont vu des emplois disparaître mais aussi des nouveaux emplois apparaître, cette révolution digitale pourrait être tellement rapide et radicale que le redimensionnement du marché de l'emploi serait très profond et irréversible.

 S'y ajoute le fait que l'on prévoit aussi une transformation des conditions de travail, avec beaucoup de formes instables et précaires d'emplois ("uberisation" de l'économie). Les syndicats s’inquiètent également de cette transformation liée à une « fracturation des lieux de travail, avec davantage d’employés indépendants ou qui travaillent à distance, (…) diminuant ainsi «  le pouvoir des négociations collectives».

 

Accompagner les risques et saisir les opportunités !

Néanmoins, pour Erik Brynjolfsson spécialiste de l'économie digitale au sein du MIT de Boston, «les machines sont encore loin d'être capables d'être écrivains, scientifiques, entrepreneurs». Il reste donc des activités où l'imagination, la créativité, la réactivité et la recherche de solutions nouvelles face à des problèmes ne sont pas prêtes d'être accaparées par les robots ».

 En outre, des opportunités seront également générées par cette révolution, notamment en lien avec le développement de nouvelles activités qui ne sont pas considérées comme rentables aujourd’hui, comme celles liées à l’écologie ou au low-tech. Nos modes de vie et de consommation devront donc inévitablement évoluer, notamment en lien avec l’épuisement programmé des matières premières.

 L'objectif est donc de ne pas de diaboliser cette révolution technologique et ses implications, ni de nier ses impacts positifs, mais d'essayer de l’anticiper, tout en impliquant les jeunes générations dans l’appropriation des outils, des réflexions et des opportunités que ces changements profonds entraîneront. Cela concerne aussi bien les enjeux liés à la formation, à l’emploi et à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, notamment sur le rapport au temps de travail, à l’utilisation accrue des nouvelles technologies et des réseaux sociaux dans notre quotidien, ou encore au fonctionnement en réseau.

 Ainsi, la Commission initiera en 2017 une démarche comprenant notamment des ateliers réunissant divers experts afin de mieux en cerner les enjeux. Elle publiera un premier document de positionnement dans le courant de l’année. Nous visons en 2018 une conférence nationale à ce sujet, puis l’émission de constats et de recommandations.

 

Les enjeux « traditionnels » restent d’actualité

Ce choix prioritaire ne nous empêchera pas de suivre activement d'autres enjeux essentiels touchant l'enfance et la jeunesse, comme leur participation aux décisions les concernant, la protection de l'enfance, l'accueil des enfants migrants, l'évolution des modèles familiaux ou le risque de précarisation croissante des enfants et des jeunes.

 Pour revenir au rôle de cette Commission, elle a pour mandat de s'exprimer sur les enjeux pouvant concerner de près ou de loin l'enfance et  la jeunesse, aussi bien en lien avec des débats se déroulant aux Chambres fédérales que dans le cadre de consultations autour des intentions et actions du Conseil fédéral de l'administration fédérale. Elle suit aussi, dans la mesure du possible, ce qui se passe dans les cantons et les villes, évidemment très impliqués dans les politiques publiques touchant à l’enfance et la jeunesse. La CFEJ est autonome et peut s'exprimer de sa propre initiative pour émettre des avis et des propositions, en contribuant ainsi au débat public et la prise en compte de ces enjeux dans la politique fédérale. Elle existe depuis 1978 (bientôt 30 ans!) et trouve sa base légale dans la Loi fédérale sur l'encouragement de l'enfance et de la jeunesse (LEEJ).

 

Les Thèses de Guy-Olivier Segond restent d’actualité !

Les hasards de la vie font qu'elle a marqué ma jeunesse lorsque, jeune collégien idéaliste et motivé, au Gymnase de Bienne, je me suis intéressé en 1981 avec d'autres aux suites des mouvements de jeunesse des années 1980, qui ont aussi pris la forme d'émeutes (comme à Zurich, par exemple). Et nous avons à ce moment découvert les Thèses publiées par la Commission fédérale pour la jeunesse (comme elle s'appelait à l'époque), présidée par un Genevois déjà, Guy-Olivier Segond. Des Thèses constructives et progressistes, plaidant pour le dialogue et l'ouverture face à une jeunesse en rébellion, ainsi que la prise en compte du contexte socio-économique instable (déjà !) et des tensions autour de l’évolution des modèles familiaux.

 Ces Thèses ont profondément marqué le débat politique et ont constitué une réponse forte face à ceux et celles qui prônaient plutôt une réponse purement répressive. Nous avons organisé des débats et défini notre propre position dans le cadre de l'école, proche de celles des Thèses. La jeunesse d’aujourd’hui a ses propres moyens d’expression et de nouvelles revendications, mais le rôle de la CFEJ reste essentiel afin de contribuer à la sensibilisation des enjeux touchant de près l’enfance et la jeunesse en Suisse et à la recherche de réponses adéquates. Il est banal de dire que l’enfance et la jeunesse sont notre avenir mais que faisons-nous concrètement pour aller dans leur sens, aussi bien pour que les enfants et les jeunes puissent vivre pleinement cette période et aborder l’avenir avec autant de sérénité que possible ?

 

Considérer notre impact sur les générations futures

Respecter les enfants et des jeunes, c’est aussi aborder toute question à l’aune de son impact sur les générations futures : les changements climatiques, les flux migratoires, l’influence des technologies numériques sur le monde du travail, le vieillissement de la population, la place des loisirs ou tout simplement des relations humaines. Face à ces enjeux, les jeunes sont dans une situation paradoxale : assurément rapides et vifs pour les capter, ils et elles peuvent néanmoins se sentir désécurisés lorsque les choix des adultes paraissent, à tort ou raison, peu lisibles et efficaces pour y faire face.

Même si les jeunes n’ont pas de pouvoir décisionnel sur un plan institutionnel, je suis profondément convaincu de l’intérêt de leur donner toute l’attention nécessaire pour entendre leurs perceptions, leurs remarques, leurs idées, et échanger ouvertement avec elles et eux. La CFEJ se doit de contribuer activement, avec tout le réseau des partenaires concernés, et avec les enfants et les jeunes eux-mêmes, au débat public pour agir comme une plateforme entreprenante, ouverte, créative et dynamique.

 

14:25 Publié dans CFEJ, citoyen | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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