08/06/2016

Une évaluation, pour qui ? Pour quoi ?

Dimanche dernier, les électrices et électeurs de la Ville de Genève ont envoyé un signal clair aux élu-e-s dont je fais partie : ils refusent à une nette majorité des coupes demandées par la droite élargie du Conseil municipal visant à diminuer les prestations délivrées aussi bien par le service public que par le riche tissu associatif. Il faut ici rendre hommage à la formidable mobilisation des milieux culturels genevois, qui ont su se faire entendre. Mais au-delà de cette belle victoire, il faut déjà préparer la suite. Le lancement d’un audit des fonds généraux s’inscrit dans ce contexte, en vue de contribuer à les préserver de nouvelles coupes. Son annonce peut susciter quelques interrogations. Cependant, l’objectif de ce travail est d’attester de l’efficacité du processus d’attribution de ces fonds afin de convaincre la majorité du Conseil municipal de la bonne utilisation de l’argent public. L’objectif est d’évaluer le fonctionnement et les processus qui encadrent ces soutiens et non pas les artistes eux-mêmes ou leurs productions.


Je ne reviendrai pas ici sur les nombreuses raisons déjà débattues et exposées de refuser ces coupes. Mais il va sans dire que ce résultat est le fruit d’une extraordinaire mobilisation aussi bien des composantes de l’Alternative que des associations et de la population qui sont convaincus de l’importance de ces soutiens pour le bon fonctionnement de notre Cité, d’autant que la situation économique dans laquelle nous nous trouvons ne justifiait en aucune manière une diminution des prestations dont bénéficie la population. Le résultat des urnes montre que ces coupes souhaitées  par la majorité du Conseil municipal ont été refusées par une majorité de votant-e-s qui dépasse largement la base électorale des partis de l’Alternative. Tant sur le fond que sur la manière, une large partie des électrices et électeurs votant plutôt à droite n’ont donc visiblement pas été convaincue.

A la suite du succès de dimanche dernier, le Conseil administratif in corpore s’est réjoui des résultats en rappelant que cette configuration politique est particulière. Un exécutif à majorité de gauche cohabitant avec un Conseil municipal et un Canton à majorité de droite nécessite des négociations dans l’intérêt du service public et des prestations. Ce même jour, la droite élargie majoritaire du Conseil municipal a pourtant fait savoir par communiqué que « la bataille du budget 2016 est close, celle du budget 2017 commence », annonçant que c’est avec « une nouvelle méthode et de nouvelles mesures que l’Entente, le MCG et l’UDC travailleront sur le budget 2017, afin que ce dernier soit conforme à leurs vues ». Ce communiqué ne manque pas d’inquiéter pour la suite

La première fois qu’un audit a été demandé sur les fonds généraux culturels date du 2 décembre 2015, lors de l’audition de mon département sur le projet de budget 2016 de la Ville de Genève. Au moment du vote du budget 2016, il m’avait alors été reproché de ne pas avoir produit d’audit (en dix jours) et que c’était pour cette raison que les subventionnées, principalement en matière culturelle, auraient dû être punis par ces coupes. La population a clairement tranché cette question.

Cependant, cette demande d’audit émane de la majorité du Conseil municipal. Il en a la légitimité. J’en ai donc pris acte. J’avais déclaré à plusieurs reprises au Conseil municipal et dans la presse depuis janvier 2016 que je n'ai aucun problème à opérer cette évaluation, non pas sur les choix artistiques et encore moins sur les activités des acteurs culturels eux-mêmes, mais sur la pertinence et la qualité des processus de gestion et de suivi.

Néanmoins, je m’étais refusé à conduire cet audit en pleine campagne référendaire, car l’intervention n’aurait pas pu se faire dans un climat serein. J’avais dit que je le ferai et je fais donc ce que j’ai dit, car mener cette étude, j’en suis convaincu, renforcera les fonds. Sans cette démarche, la majorité du Conseil municipal pourrait continuer à les remettre en question sur la base de critiques sur la transparence, les procédures de choix et d’attribution ou la pertinence de cet outil de soutien à la création culturelle.

En outre, je conduis cette démarche au même titre que d’autres démarches similaires  entreprises dans mon département, que l’impulsion vienne de l’interne, de ma part ou du Conseil municipal. Ainsi, ces quatre dernières années, elles ont été menées au Service des sports, au Muséum d'histoire naturelle, sur la sécurité de nos musées par Interpol. Nous avons travaillé sur la manière d’effectuer une sortie progressive et socialement responsable du système des emplois de solidarité et sur la réinsertion de leurs occupant-e-s. Nous avons produit des études sur les publics, que nous avons communiquées. Avec ma collègue Sandrine Salerno, nous avons pris l'initiative des études sur les charges de ville-centre. Ces démarches font partie de l’action publique. Refuser de regarder en arrière, d’évaluer, de vérifier l’adéquation des prestations avec les objectifs politiques serait irresponsable. Irresponsable en vue des futurs débats budgétaires et irresponsable face à la population qui nous a élu-e-s.

Ainsi, ce mandat au Contrôle financier vise à examiner la gouvernance de ces fonds, y compris leur définition, leur typologie et leur articulation, mais aussi les processus d’attribution et de suivi. Une étude longitudinale évaluera et documentera l’évolution des demandes, des budgets et du nombre de projets soutenus, entre 2010 et 2015, de manière à offrir une vision claire et étayée - permettant de sortir des fantasmagories - de cet instrument de soutien à la création central dans le dispositif de la Ville de Genève, notamment pour le soutien de démarches et d’artistes émergents. Bien entendu, cela peut être l’occasion d’améliorations, en termes administratifs ou au niveau de l’organisation de ces fonds, ou encore de lisibilité des choix opérés.

Dans la foulée, nous examinerons la possibilité de mener aussi une étude d’impact afin de mettre en valeur notamment les emplois créés grâce à ces fonds, ainsi que l’effet de levier (co-financements obtenus grâce à l’octroi de subventions municipales).

Je commande donc un audit parce que je m’y suis engagé, après la période de votation, et parce que je suis convaincu qu’il permettra de mieux défendre la culture à Genève et de démontrer à la majorité du Conseil municipal que ces prestations sont indispensables à Genève, qu’elles sont bien gérées et que nous accueillerons avec intérêt toute proposition d’amélioration qui pourra nourrir un débat que j’espère constructif et serein.

16:55 Publié dans culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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