14/03/2016

Cérémonie de clôture de la 14ème édition du FIFDH

Discours donné le samedi 12 mars 2016, à la salle communale de Plainpalais.

(NB : c’est la parole prononcée qui fait foi)


Mesdames les ambassadrices, Messieurs les ambassadeurs, excellences

Mesdames et Messieurs les élus fédéraux, cantonaux et municipaux,

Mesdames et Messieurs les représentant-e-s des institutions partenaires du festival

Madame la directrice

Mesdames et Messieurs, chères et chers amis

 

Durant 10 jours, les responsables du FIFDH nous ont permis de réfléchir sur les droits humains, leur respect et leur non-respect aujourd’hui, de partager, d’échanger, de débattre, parfois en des termes vifs, mais toujours respectueux.

Et cela, grâce à des hommes et des femmes qui arpentent le monde ou leur quartier, qui prennent le temps d’observer, de chercher à comprendre, d’enquêter même avec pour objectif de partager ce qu’ils ont découvert, de raconter, parfois en prenant de vrais risques.

Au terme de ces 10 jours, je suis très heureux de constater l’ampleur qu’a prise ce festival, l’engouement qu’il a provoqué et surtout les réflexions et les réactions qu’il suscite. Cette ampleur est aussi bien internationale, de par les thématiques abordées, l’enjeu universel des droits humains, l’origine des films et des intervenants. Mais aussi locale, avec l’implantation du festival dans d’autres communes genevoises, et je remercie mes collègues de cette collaboration, notamment de la Ville de Meyrin, dans des lieux d’accueil pour migrants, dans des centres sportifs, dans des centres de détention.

Je me réjouis de ce développement parce que nous sommes à Genève, à la fois ville de culture et berceau des droits humains et que la thématique qu’il traite nous est chère.

Parce que je suis convaincu que, pour ensuite agir, il est nécessaire de comprendre, bien sûr, mais aussi de se mobiliser et de s’indigner, car c’est un premier pas vers l’action. Nécessaire de prendre conscience des problématiques mais aussi des espoirs illustrés par les films proposés par le festival. Nécessaire de se réunir pour y réfléchir et imaginer ensemble des solutions, puis les porter et s’engager pour leur mise en œuvre.

Comme le disait Hannah Arendt, la politique n’est pas le fait de dominer les autres, mais de parvenir à agir ensemble. J’en suis absolument convaincu. Comme je suis convaincu que le FIFDH joue un rôle de catalyseur essentiel pour cela. Essentiel pour essayer de rendre le monde un peu plus respectueux des droits humains et des libertés de chacun et chacune.

Ce festival constitue bien évidemment un miroir, voire un prisme, pour les pratiques en matière de droits humains partout sur la planète, avec le risque de croire que ça n’existe qu’ailleurs, et pas chez nous. Or ce miroir réfléchit aussi nos propres pratiques en la matière, en Europe, en Suisse, à Genève. Et ce que ce miroir réfléchit n’est pas toujours flatteur.

Ainsi l’Europe n’assume pas ses responsabilités premières, ou très difficilement ; on assiste en ce moment à un concours macabre et choquant de pratiques de plus en plus restrictives face aux migrantes et migrants, de mesures de plus en plus drastiques pour fermer les frontières, créant une situation de très grande détresse pour des milliers de personnes. Or on sait qu’on peut agir autrement, comme le montrent l’Allemagne de Merkel ou le Canada de Trudeau.

Je suis pour partie originaire du Liban, comme beaucoup d’entre vous le savent ; au Liban, pour une population résidente de 4 millions de personnes, il y entre-temps 2 millions de réfugiés syriens. Alors, lorsqu’on me dit qu’un taux d’arrivée de 1 réfugié pour 10'000 habitants, c’est trop pour l’Europe, je m’indigne, oui.

Et en Suisse on continue d’héberger les arrivants dans des abris de protection civile, des bunkers, alors que des promesses avaient été faites pour garantir des hébergements décents. Particulièrement à Genève, après le mouvement social de l’année passée, des promesses ont été faites, de la part des autorités cantonales ; je constate qu’elles tardent vraiment à se concrétiser, et alors je m’indigne, oui.

Et lorsque je constate qu’on applique de manière bureaucratique le droit, sans aucun discernement, au mépris de toute réalité humaine, et par le biais d’une opération policière indécente, pour expulser Ammanuel G et le séparer de sa famille, je m’indigne, oui.

Mais j’aimerais aussi parler d’avenir !

En tant que magistrat délégué à la culture, je peux constater tout au long de l’année la grande diversité et la richesse de l’offre en matière de festivals de films qui sont proposés à Genève – grâce en partie au soutien de la Ville de Genève, il faut bien le dire – tous, bien sûr, ont leur importance, leurs qualités, leur raison d’être.

Mais la place du FIFDH parmi eux est un peu particulière.

Parce que, comme je l’ai dit, sa thématique résonne particulièrement pour Genève, ville des droits humains, ville d’ouverture.

Ainsi nous avons une vraie responsabilité pour assurer son développement et son rayonnement à l’avenir, sur le plan national et international  en perpétuant cette idée magnifique de mettre la culture au service d’un enjeu aussi fondamental que les droits humains

Le FIFDH, avec son rôle particulier imaginé par son fondateur dès sa naissance, de festival de cinéma et de forum, bénéficie d’atouts et de qualités uniques. Elles s’expriment à merveille dans le cadre de la Genève internationale.

Le festival est ainsi un lieu de discussion, de débat, de réflexion faisant écho aux projections. Avec la participation de spécialistes des sujets traités, d’acteurs et actrices de la vie civile, il réunit au-delà du cinéma.

Que la culture serve ainsi la réflexion et l’action sur notre monde, et puisse ainsi jouer un rôle d’acte de résistance et de mobilisation, voilà un des axes primordiaux tels que j’entends les concrétiser dans le cadre de politique culturelle de la Ville de Genève.

Nous nous concerterons donc avec les autres partenaires publics, notamment le Canton et le Département fédéral des affaires étrangères, afin d’établir une stratégie coordonnée de soutien à long terme.

Pour terminer, et même si cela a déjà été fait, j’aimerais au nom des autorités et en mon nom personnel exprimer mes plus vifs remerciement à Isabelle Gattiker, directrice du festival, et à tout son équipe, à Léo Kaneman, fondateur du festival et président d’honneur, à Cynthia Odier, actuelle présidente du festival, et à tous les partenaires qui ont rendu cette édition possible, ainsi qu’aux services de la Ville de Genève impliqués dans l’appui logistique.

Bonne soirée à toutes et tous

16:30 Publié dans cinéma, droits humains, Genève internationale | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Bouffeurs d'Europe. Moi je crains les réactions, le réveil. Déjà bien le cas dans plusieurs pays. Vous faut atterrir, une fois.

Écrit par : PDP | 16/03/2016

@PDP: Nous avons justement atterri pour constater que les flux migratoires sont une réalité incontournable, que l'immense majorité des migrants sont des personnes en grande détresse, et que nous pouvons choisir d'aborder cette situation, de manière concertée, pragmatique et humaine, dans notre propre intérêt à court et long terme, ou fermer les yeux et ainsi augmenter la détresse, créer des problèmes graves pour toutes et tous, et favoriser l'infâme commerce des trafiquants d'êtres humains.

Écrit par : Sami Kanaan | 04/04/2016

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