08/03/2016

A quand une nouvelle patinoire pour le GSHC ?

dessin hermann.jpgAlors que les play-offs ont très bien commencé pour le Genève Servette Hockey Club (GSHC), qui mène 2 à 0 dans les quarts de finale après le break à Fribourg samedi soir, et qu’on se prend à rêver d’un GSHC qui nous emmène loin, très loin dans cette édition du championnat, se pose évidemment toujours la question de l’avenir de la patinoire.

dessin Herrmann (TdG)


La patinoire des Vernets a certainement un charme fou, et les fans y sont très attachés, mais elle atteint clairement ses limites. Comme le disait Manuel Tornare, en charge des sports de 2007 à 2011, « c’est une vieille dame qui a déjà subi plusieurs liftings ». La Ville de Genève a pleinement assumé ses responsabilités, puisqu’elle a investi plus de 20 millions depuis 2008, avec un appui de 3 millions du Fonds intercommunal, et le Conseil administratif se prépare à proposer au Conseil municipal d’investir à nouveau un certain montant, de l’ordre de 2 à 3 millions, pour des mesures correctives afin de se rapprocher des normes édictées par la Ligne nationale de hockey pour les patinoires de championnat. Mais malgré tous nos efforts il ne sera pas possible de satisfaire pleinement ces normes.

Besoin d’une nouvelle patinoire… rapidement

Comme déjà décidé sur le principe en 2010, une nouvelle patinoire s’impose. Il faut rappeler ici qu’il ne s’agit pas seulement de donner au Club un meilleur instrument pour assumer son rôle dans l’élite du hockey suisse mais aussi d’augmenter les surfaces de glace disponibles pour la pratique des sports de glace en général, qui connaissent un engouement certain : patinage populaire, patinage artistique, hockey dans un club ou en « hockey libre », spectacles sur glace, etc. Un intérêt croissant qui va aussi de pair avec le développement du hockey féminin et je m’en réjouis !

D’un point de vue des priorités de politique publique, il faut bien affirmer le besoin de disposer d’une offre globale suffisante en équipements sportifs pour tous les niveaux et les besoins, aussi bien de compétition que d’entraînement ou de plaisir, incluant une enceinte capable d’accueillir dans de bonnes conditions des compétitions de haut niveau, nationales et internationales. Opposer le sport populaire au sport d’élite est totalement inepte, car les deux se nourrissent mutuellement et se complètent.

Le projet actuellement à l’étude depuis de longues années, sous pilotage du Canton et avec la collaboration des villes de Lancy et Genève, est celui situé sur le site dit du Trèfle-Blanc, pas loin du carrefour du Bachet et des Palettes. Le principe de ce projet est de réussir un Partenariat public-privé (PPP) ; l’investissement étant principalement assuré par des partenaires privés, avec un apport du Canton d’environ 15 millions et de la Ville de Genève de 5 millions. Le GSHC a accepté de redimensionner le projet afin de diminuer la facture et doit à présent nous donner des garanties et des précisions sur l’identité et les intentions de ses partenaires privés.

L’enjeu du fonctionnement futur

En revanche, si le défi de l'investissement peut trouver une solution satisfaisante, le principal enjeu restera toutefois l’exploitation de la future patinoire et le budget de fonctionnement, sachant qu’une patinoire est fort onéreuse à l’exploitation, surtout pour les besoins du championnat. Si l’objectif est d’assurer une exploitation privée, afin de garantir l’autonomie de fonctionnement pour le club et ses besoins, tout en demandant des subventions publiques, la situation va devenir très compliquée, budgétairement et politiquement.

Les Genevoises et Genevois se montrent très critiques et sceptiques face à des PPP dont les clauses ne paraissent pas claires ou qui comportent un risque trop grand de voir ensuite les factures arriver chez les pouvoirs publics, en cas de départ ou de défaut du partenaire privé, comme l’a montré le cas du Stade de Genève, dont la situation n’est toujours pas réglée, plus de 12 ans après son inauguration. Le cas du projet de patinoire au Trèfle-Blanc n'est pas forcément identique mais il faudra fournir des garanties suffisantes.

Répondre à la diversité des besoins

Si la Patinoire du Trèfle-Blanc peut se faire, cela signifie que les créneaux horaires occupés par le championnat aux Vernets se libèreront, permettant de satisfaire les besoins aujourd’hui non-couverts. La Ville de Genève n’aura donc pas directement besoin de créneaux de glace dans la nouvelle patinoire. Qu’en est-il des autres communes ? Reste donc à savoir qui assurera une contribution au budget de fonctionnement, si nécessaire, et à quelles conditions. Soit les privés et le Club arrivent à faire tourner la patinoire sans apports publics réguliers, à part les contributions initiales pour l’investissement et la mise à disposition gracieuse du terrain par le Canton, soit ils ont besoin de subventions et alors se posera la double question de savoir qui paie et à quelles conditions. Il n’est pas envisageable que les collectivités publiques subventionnent une installation entièrement exploitée par des privés, et sans garanties à long terme, surtout si l’installation est dédiée exclusivement au championnat.

Une position à clarifier

Selon la loi cantonale du sport, en vigueur depuis 2013, le canton peut s’investir dans des installations sportives d’envergure cantonale ; les deux dossiers du Stade de Genève et de la Patinoire du Trèfle-Blanc correspondent à cette clause, car ils servent avant tout les besoins du sport de compétition de haut niveau et ont une envergure dépassant largement les frontières du canton. Ils ont urgemment besoin d’une solution viable. Il est donc indispensable que le Canton clarifie rapidement les options à ce sujet, afin de ne pas donner l’impression de reporter indéfiniment les choix, positifs ou négatifs. Aujourd’hui, même si les Villes de Genève et de Lancy sont partenaires dans cette discussion, le projet du Trèfle-Blanc est incontestablement sous pilotage cantonal, et ceci depuis 2010.

Ne pas attendre plus longtemps

A défaut, si le projet du Trèfle-Blanc ne devait pas sortir rapidement de son incertitude, respectivement si les garanties privées ne devaient pas être suffisantes, il faudra alors reprendre sans plus attendre le travail sur le seul « Plan B » qui s’offrait à nous : à savoir repenser le périmètre des Vernets. Le défi considérable de ce Plan B n’est pas seulement technique ou financier, mais également patrimonial et politique. La patinoire actuelle semble indestructible pour des raisons liées à la protection du patrimoine et on sait que, souvent, ce critère domine tous les autres. J’aurais tendance à répondre qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, comme dit l’adage populaire... Du coup, il faudrait reconstruire une nouvelle patinoire à côté de l'actuelle, puisque le parking actuel est appelé à être transféré en face avec la construction du complexe de logements et d’équipements prévus à la place de l’actuelle Caserne des Vernets.

En principe, on pourrait en profiter pour aussi optimiser la patinoire extérieure, et prévoir plus largement un programme renforcé de patinoires saisonnières de quartier pour le patinage populaire et le hockey libre, avec les autres communes de l’agglomération genevoise. Mais le risque principal de cette option est qu'elle devra être financée entièrement par les collectivités publiques, justement parce que la patinoire actuelle ne peut pas être démolie et ne laisse donc pas la place à des investisseurs privés. La collectivité publique n’aura tout simplement pas les moyens de financer et d’entretenir deux grandes patinoires de compétition ! Il devient donc urgent de clarifier si le Trèfle-Blanc se fait dans des délais rapides. Sinon, autant attendre la réalisation du grand Parc des Sports (réunissant les Centres sportifs des Vernets et de la Queue-d'Arve en obtenant le déménagement de la Voirie) mais on parle là d'un horizon à 20 ans, bien trop tard pour les besoins du hockey sur glace à Genève.

En attendant, réjouissons-nous de vivre les prochaines semaines avec le suspense de la phase finale du championnat et les émotions que nous promet le GSHC, si possible jusqu’au bout ! Et, qui sait, une concrétisation du projet du Trèfle-Blanc pourrait couronner cette aventure !

patinoire, Vernets

14:03 Publié dans Genève, sport | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Merci pour cet état des lieux, mais il montre surtout que depuis 2010, le dossier n'a pas avancé.
On aimerait savoir pourquoi.
Qui est en charge de ce dossier ? Le canton ? La ville de Genève ? Et du côté du canton ?
Et le club ? Qui sont les investisseurs ? Pour que ce soit intéressant, il est sûrement prévu autre chose que la patinoire. Quoi ?
Merci pour vos réponses.

Écrit par : Dieter Herman | 08/03/2016

@Dieter Herman: Cher Monsieur, je vous remercie pour ces questions et votre intérêt. C'est effectivement le Canton qui est en charge du dossier de la patinoire du Trèfle-Blanc, le site étant situé sur la commune de Lancy. Les Villes de Lancy et la Ville de Genève sont associées au dossier: Lancy profitera pour prévoir sur le site un équipement communal à côté de al patinoire, et nous apportons surtout une expertise technique en matière de patinoires, ainsi qu'une possible contribution de 5 millions pour la construction. Actuellement nous attendons du club des précisions quant aux investisseurs privés liés au projet ainsi que les garanties à fournir.

Écrit par : Sami Kanaan | 15/03/2016

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