23/02/2016

Un projet culturel pour un musée du XXIème siècle


PSC-vignette_3b72b8a697.jpgLe Musée d’art et d’histoire a, pour la première fois depuis le projet encyclopédique de Claude Lapaire (ancien directeur du MAH), en 1973, présenté son projet culturel et scientifique. Un travail de longue haleine qui a mobilisé l’ensemble des équipes du musée, autour d’un projet commun. Une proposition scientifique et culturelle solide, créative et ambitieuse, qui donne corps à un musée ancré dans la patrimoine collectif de Genève tout en étant ouvert à tous les publics et aux problématiques de notre temps.


Un PSC, c’est quoi ?

Le projet scientifique et culturel (PSC) est une démarche qui a maintenant quelques décennies, même si elle reste assez rare en Suisse, et encore plus à Genève. Ce n’est pas une simple liste des besoins muséographiques ou d’éléments de programmation culturelle. Ce n’est pas non plus un catalogue des actions à mener ou des prestations à délivrer.

Le PSC est véritablement une démarche globale, qui va permettre de définir l’identité de l’institution muséale, d’arrêter les priorités de son action et de définir les axes principaux de son développement, en prenant en compte les missions du musée. Le document qui en résulte établira un constat de l’existant et s’attèlera à proposer une vision dynamique pour le futur.

Je suis donc particulièrement heureux que le Musée d’art et d’histoire (MAH) ait pu présenter son PSC, lui donnant ainsi un cap, à travers les turbulences actuelles, et ce quelques soit le résultat de la votation du 28 février. Des débats houleux qui portent beaucoup sur l’architecture ou les partenariats privés, et où on oublie souvent qu’un musée est avant tout un objet culturel.

 

Le MAH, c’est plus de 30 métiers et 200 collaborateurs

Pour que naisse la magie de l’exposition, pour donner accès aux œuvres dans toute leur fascinante profondeur, ce sont plus de 200 personnes qui travaillent au quotidien. Ils et elles représentent plus de 30 métiers différents, des spécialistes de la restauration d’œuvres et d’objets aux huissiers et gardiens, en passant par les médiatrices et médiateurs qui participent de l’accès à la connaissance de manière créative et sans cesse renouvelée, ou par les muséographes qui créent réellement l’environnement de l’exposition ou encore par les conservatrices et conservateurs, qui étudient et conservent notre patrimoine. Ces métiers – que vous connaissez certainement en partie via les Journées européennes des métiers d’arts qui ont lieu chaque année au printemps (prochaine édition les 15-16-17 avril 2016) – ont ainsi toutes et tous un rôle indispensable dans la vie d’un musée et donc dans son projet culturel et scientifique. Comme toute institution culturelle, seule la convergence des efforts et compétences de tous les membres d’une équipe, quelque que soit leur métier ou leur parcours, peut aboutir à des résultats enthousiasmants au service des objectifs de l’institution.

 

Une démarche encore peu courante… à Genève

Si la démarche a maintenant quelques décennies et est devenue un passage obligé, par exemple pour les musées de notre voisin hexagonal, elle est encore peu courante en Suisse, et en particulier à Genève, où le Muséum d’histoire naturelle a été le premier, l’année passée, à faire aboutir formellement la démarche. Le Musée d’ethnographie (MEG) avait bien entendu établi les axes stratégiques de son développement dans son nouvel écrin, durant la période qui a précédé son inauguration.

Le PSC est en effet une démarche longue et parfois fastidieuse, car elle implique des renoncements, des retours en arrières, des périodes de doutes, de tensions. Mais elle oblige à réunir, à affiner, à positionner l’institution dans une identité claire et publiée, à établir et à communiquer des axes de développement. Elle donne un cap et offre une lisibilité à son action. Le Musée d’art et d’histoire, plus important musée de Genève, ne l’avait jamais véritablement fait, durant son 1er siècle d’existence. En ce sens, le processus qui permet d’aboutir à un PSC est au moins aussi important, sinon plus, que le résultat proprement dit.

 

Promouvoir la force d’un encyclopédisme moderne

Car réunir des collections qui regroupent à la fois l’histoire et l’art, dans l’ensemble des domaines (beaux-arts, arts appliqués, archéologie, etc..) n’a rien d’une gageure. C’est néanmoins le pari et le défi qu’entend relever le musée. J’aimerais souligner qu’alors que certains musées dans le monde se construisent à grand coups de centaines de millions, mais n’ont ensuite que difficilement les collections ad hoc, nous avons à Genève, l’immense chance de conserver un patrimoine exceptionnel, d’une qualité et d’une diversité mondialement reconnue, mais qui manque d’un écrin à sa hauteur…

En ce sens, axer le projet culturel et scientifique du MAH sur son encyclopédisme était une aussi un choix cohérent. Un choix qui incarne par ailleurs l’histoire de Genève, terre de rencontre, de dialogue et de métissages. Le encyclopédisme proposé par le MAH dans une approche contemporaine permettra de faire dialoguer ses collections, de proposer, dans leurs rencontres, d’éclairer de manière plus subtile ou complexe, les problématiques contemporaines, de mieux faire ainsi circuler les idées, incitant à des explorations multidirectionnelles.

 

Ouvrir le musée à tous les publics

Je terminerai ce billet de blog par un point qui me tient particulièrement à cœur : l’attachement à une démarche sans cesse renouvelée vers de nouveaux publics. Car les musées municipaux ne peuvent pas se contenter de leurs acquis. Ils doivent se tourner vers l’échange et le renouvellement, aller vers la rencontre culturelle. Le musée devient un lieu de la pluralité de l’action culturelle et scientifique, autour des collections, un lieu de débat citoyen, ancré dans le passé et projeté vers l’avenir. C’est en cela, que je tiens à ce que nos musées soient pleinement des lieux de vie, d’échange, de rencontre. Des lieux où on vient aussi bien pour une exposition en particulier, que pour un événement, ou tout simplement pour se ressourcer un moment, découvrir au hasard une œuvre ou un objet, trouver des réponses ou juste se poser des questions. Un lieu central, dont Genève a intimement besoin.

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