09/02/2016

Musée d'art et d'histoire: rectification d'informations erronées et tendancieuses

Extrait d'une intervention faite ce mardi 9 février 2016 au Conseil municipal de la ville de Genève.

« «
Une campagne peut être animée et inclure des controverses, bien évidemment. Mais elle se doit de se baser sur des faits avérés et pas sur des affabulations et des contre-vérités. Tel est le cas dans le cadre de la campagne sur le projet de rénovation et agrandissement du MAH.
J’interviens donc ce soir, en vertu du Règlement d’application de la loi sur l’exercice des droits politiques, en vue de rappeler certains éléments, par ce biais, aux électrices et électeurs de notre Ville, afin que la formation de l’opinion puisse se baser sur des faits, et je cite la disposition concernée:

Art. 8D(6)   
2 L’exécutif peut faire parvenir aux électeurs des informations supplémentaires et notamment des avis rectificatifs en cas de changement significatif des circonstances de droit ou de fait durant la campagne ou lorsque la liberté de vote risque d’être faussée par une information erronée ou tendancieuse provenant de tiers.

Je reviens donc sur 4 éléments qui reviennent souvent dans cette campagne, afin de rectifier des contre-vérités figurant sur des supports de campagne (flyers, affiches, etc.) et rétablir les faits.


1)  Il s’agirait, je cite, « d’un projet ruineux de 140 millions »

•    Le projet soumis au vote du 28 février est un projet chiffré à près de 132 millions, dont plus de la moitié, soit 67 millions, est financée par des partenaires privés. Ceux-ci sont surtout motivés par l'agrandissement et donc les surfaces supplémentaires. Or le coût de la rénovation représente bien plus de la moitié de la somme.


•    Un refus signifie la perte de la plus grande partie des apports privés, notamment la FAMAH, en raison de ses statuts, et la FGA,  en raison de la Convention qui la lie à la Ville de Genève; leurs apports confits de 51 millions sont clairement liés au projet d’agrandissement. La Ville de Genève serait donc seule à financer la rénovation sans extension. Même l'apport lié à l’espace de l’horlogerie, d'un montant de 14 millions, est conditionné de fait au projet en général car, sans espaces supplémentaires, il n'y a pas d’espace d’horlogerie possible, et nous pourrions aussi perdrions donc cette contribution. Seule la contribution de 2 millions de la Fondation Göhner pourrait potentiellement subsister, sans garanties à ce stade.


•    Le contribuable perdrait ainsi à la fois l'agrandissement, l'amélioration qualitative du musée en général, et paiera au final plus cher pour certainement « beaucoup moins, et beaucoup moins bien ».


2) L’extension serait, je cite toujours, « d’un saccage de la cour, qui gagne peu de place, dénature la substance du bâtiment et coûte extrêmement cher »

•    Il convient de préciser que la Cour redeviendra :

- un espace à part entière du musée, permettant une circulation facilitée et logique du public (plateau d’accueil) qui accédera enfin de manière directe à tous les espaces du musée. 
- un lieu d’exposition, non lié aux aléas météorologiques et donc utilisable plus que 3 mois par année. 


•    La couverture de la cour permettra également de moduler la lumière de manière à exposer les œuvres dans des conditions idéales, en lumière naturelle.

•    A l’origine, la cour constituait simplement un moyen d’amener la lumière dans toutes les salles du musée ! Aujourd’hui, on n’expose plus de la même manière et la nécessité de maîtriser la lumière a conduit à fermer la plupart des fenêtres intérieurs qui donnent sur la cour. La lumière trop directe détériore les œuvres. Avec le nouveau projet, il y aura un système de tamisage. On pourra la contrôler. Il y aura une lumière sur l’escalier monumental  qui descendra de la verrière.


3) Alternatives et Plans B:

Il suffirait « d’utiliser les potentiels d’extension existants, offrant beaucoup plus de surfaces d’exposition » :

➢    a. « Via la convention ville-Etat pour l’ancienne Ecole des Beaux-arts qui confirme que ce bâtiment doit revenir dans le giron de la Ville et du musée (+2000 m2 d’exposition) » :

•    La moitié des étudiants de la HEAD l'utilise et la Convention de 1931 révisée en 1946 stipule clairement que ce bâtiment ne reviendra au MAH que si la Haute école d'art peut partir ailleurs, ce qui est impossible avant 20-30 ans, pour des raisons budgétaires du Canton, et aussi si la Ville propose un bâtiment de remplacement au Canton.

•    Par courrier du 10 mars 2015, le CA a sollicité la direction générale des HES-SO Genève et le Conseil d’Etat de la République et Canton de Genève pour connaître leurs intentions par rapport à cet édifice eu égard aux dispositions prévues par la convention en vigueur, soit celle du 6 septembre 1946.

•    Le directeur général des HES-SO Genève a confirmé sa volonté de garder ce bâtiment étant donné qu'il n'a aucun projet sérieux permettant d'envisager de quitter le bâtiment pour recentrer la HEAD ailleurs. Le Conseil d'Etat confirme également que le Canton ne souhaite pas se dessaisir de ce bâtiment et qu'il souhaite l'utiliser sur le long terme aux fins convenues dans la convention du 6 septembre 1946.

•    De plus, ce bâtiment, qui a objectivement pour vocation de rejoindre un jour le Musée d'art et d'histoire, est vétuste; sa rénovation et sa mise à niveau pour l'adapter à une activité muséale coûtera très cher.

•    Par ailleurs, l'exploitation d'un second bâtiment séparé du bâtiment principal coûtera plus cher que le projet proposé aujourd'hui, qui intègre l'agrandissement dans le bâtiment actuel. Un tel projet est imaginable à terme mais coûterait donc beaucoup plus cher pour un résultat nettement plus incertain.

➢    b. « dans la Butte de l’Observatoire, permettant +6000m2»

•    La promenade représente la mémoire de l’ancien bastion fortifié de Saint-Antoine, et de l’observatoire de 1831 qui a survécu à la démolition de l’enceinte du XVIIIème siècle.

•    Le site est inscrit dans le périmètre de la zone protégée de la Vieille-ville et du secteur sud des anciennes fortifications définies par les articles 83 à 88 de la LCI. Ces dispositions impliquent que le « caractère architectural original » du quartier doit être préservé et que les « bâtiments existants sont maintenus ».  En plus : la promenade a été inscrite dans le périmètre de la zone de verdure et de délassement (article 24 de la LALAT).

•    Un changement trop radical de l’aspect et de l'image générale du site serait contraire aux dispositions de la zone protégée et nous amènerait donc dans un champ de mines juridique, avec de nombreuses oppositions, voire des recours, et donc des retards majeurs.

•    Si on veut éviter de raser la butte et ses arbres, et tenir compte des contraintes très fortes de ce sous-sol, les services compétents de la Ville ont démontré qu'on ne pourrait obtenir qu’un espace bien plus réduit que le projet proposé, entièrement souterrain, pour un coût beaucoup plus élevé. Le Potentiel réaliste en termes de surfaces de plancher est de 800 m2 à 2800 m2 (!), soit très largement moins que le projet MAH+ Genève (7'818 m2 de gain de surfaces de plancher) et, surtout, moins que ce qu’affirment les auteurs de cette variante (6 à 7’000 m2 + 4’000 m2 de dépôt).


4) Partenariat avec la FGA

Il est régulièrement affirmé que « la FGA entrera au musée qu’elle pourra utiliser et codiriger aux frais de la collectivité, en se réservant en exclusivité de très importantes surfaces pour la présentation et l’administration de ses collections » et que « l’investissement initial de JCG est infime en regard des frais que la collectivité devra assumer pendant un siècle pour la gestion de ses collections, les assurances, l’entretien, les expositions et toutes les autres charges imposées par ce contrat »
 
•    Plus de 80% des collections du musée sont constituées de collections données ou prêtées, qui constitueraient donc également des charges… alors que c’est la mission même d’un musée que de conserver, étudier et donner accès à un patrimoine. En l’occurrence, c’est même l’inverse d’une privatisation qui a lieu : on donne accès de manière gratuite au public, à des collections exceptionnelles.

•    Les collections de la FGA ont été acceptées en dépôt en raison de l'intérêt patrimonial et artistique qu'elles représentent par rapport aux collections appartenant au MAH.

•    On peut citer d'autres conventions de dépôt avec la Ville, par exemple la Fondation Cramer ou l'Association Hellas & Roma.

•    La Ville de Genève prend en charge le stockage, l’exposition permanente et l’entretien courant de ces collections. Les frais de restauration des œuvres des Fondations Prévost et Cramer sont à charge de la Ville, alors que ceux relatifs aux collections d’Hellas & Roma et de la Fondation Gandur pour l’Art sont assumés par ces dernières.

•    Dans tous les cas également, le Musée d’art et d’histoire garde sa liberté de décision relative aux expositions. Les expositions de la Fondation Gandur pour l’Art doivent s’intégrer dans la politique du Musée, les expositions d’Hellas & Roma doivent faire l’objet d’un accord spécifique avec le Musée. La Fondation Prévost peut émettre des propositions, seule la Fondation Cramer est plus exigeante et précise qu’elle veut participer au choix des nouvelles salles qui accueilleraient ses œuvres.

•    Les conventions de dépôts des années 1970 de la Fondation Cramer et de la Fondation Prévost ne font pas état de préoccupations déontologiques sur la provenance des œuvres au contraire des conventions signées avec Hellas & Roma et avec la Fondation Gandur pour l’Art.

•    Il suffit de la lire la Convention révisée avec la FGA et le communiqué de presse du 12 janvier 2016 du Conseil administratif, y afférant, pour se rendre compte que les points pouvant être sujets à caution ont été nettement clarifiés et que la primauté des intérêts publics est garantie.


En guise de conclusion et en résumé, une telle campagne peut être animée, inclure des débats vifs et contradictoires ; c’est le lot d’une votation populaire comme on les connaît bien dans notre système démocratique. Mais le débat doit se faire sur la base d’éléments factuellement justes. Je pense que Genève, et notre démocratie, mérite un débat respectueux de notre patrimoine et souhaite que les trois semaines de débats restantes soient plus sereines. Je vous remercie de m’avoir écouté jusqu’au bout.
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