25/01/2016

Evitons une genferei de plus !

Ce lundi 25 janvier, le Conseil administratif au complet et le Président du Conseil d’Etat au nom du Conseil d’Etat unanime sont venus rappeler devant la presse les enjeux de la votation du 28 février concernant le projet de rénovation et agrandissement du Musée d’art et d’histoire (MAH+) et préciser un certain nombre d’éléments factuels pour répondre aux nombreuses erreurs et contre-vérités entendues durant cette campagne.


Notre principale institution patrimoniale, dotée de collections de grande valeur héritées au cours des siècles, de la part de nombreux donateurs et déposants, a urgemment besoin de pouvoir travailler et accueillir le public genevois, ainsi que nos visiteurs, dans un bâtiment qui réponde à ses missions, tel qu’on envisage un musée du 21ème siècle. Le bâtiment actuel a été construit en 1910, grâce à la générosité d’un privé (déjà !), Charles Galland, et du génie d’un architecte, Camoletti, et correspond à la vision qu’on pouvait avoir d’un musée à cette époque.

Le monde a changé… depuis 1910
Plus de cent ans plus tard, le monde a changé de même que les possibilités techniques : la lumière artificielle n’existait par exemple pas dans le musée à son inauguration, d’où la conception de cette cour, avant tout destinée à amener la lumière naturelle dans les salles. La muséographie de 1910, destinée à un public érudit, n’est plus celle de 2016 : je désire un musée qui puisse accueillir aussi bien les chercheurs et chercheuses du monde entier, que les familles, les ados ou les seniors, en passant par les passionné-e-s d’art et d’histoire de Genève et d’ailleurs.

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Pourquoi rénover et agrandir
Le projet soumis au vote le 28 février répond à 3 objectifs essentiels :

  • Rénover le bâtiment actuel, centenaire, et complètement à bout de souffle malgré l’engagement assidu des équipes du MAH et de la Ville en général pour le faire fonctionner (il y a encore eu récemment à nouveau de sérieuses infiltrations d’eau qui ont menacé des œuvres exposées) ;
  • Obtenir des surfaces en plus, bien sûr pour mieux valoriser nos collections mais aussi disposer de véritables espaces d’accueil du public en général, pour des expositions et des activités relevant des missions du Musée. Nous devons retrouver à Genève, Cité du Temps, un musée de l’horlogerie digne de ce nom, valorisant et offrant au public les chefs-d’œuvre de notre passé.
  • Faire évoluer ce bâtiment sur le plan qualitatif, tout en préservant bien sûr son identité architecturale, afin que le Musée puisse réellement fonctionner comme un musée contemporain, accueillant et polyvalent, pas seulement pour monter les œuvres de nos collections ou prêtées par les partenaires. Je veux que le MAH puisse enfin accueillir largement le public dans une approche ouverte, inclusive et démocratique de la vie culturelle, faisant le lien avec les grandes problématiques de notre temps, approche créative et en lien avec les arts vivants. Le futur Musée disposera donc d’espaces d’accueil des publics et de médiation, d’un restaurant panoramique sur le toit, d’un forum, ou encore d’outils modernes en matière de technologies et de numérique.

Un financement solide et un fonctionnement maîtrisé
Par ailleurs, comme souvent évoqué, ce projet est financé à plus de la moitié par de nombreux partenaires privés, petits ou grands. Par ailleurs, la controverse que certain-e-s essaient d’entretenir autour de la Convention signée à l’origine en 2010 entre la Ville de Genève et la Fondation Gandur pour l’Art n’a plus lieu d’être. Je m’étais engagé dès 2011 à la réviser afin d’en gommer ses ambivalences, et notamment les phrases pouvant être interprétées de manière contraire à la primauté de l’intérêt public. J’ai tenu cet engagement, puisque la convention révisée a été signée et publiée le 12 janvier dernier.

Enfin, ce projet intégrant rénovation et agrandissement a également le mérite de limiter l’augmentation du budget de fonctionnement qui en découlera (20% d’augmentation pour plus de 50% de surfaces supplémentaires), comparativement à un projet qui se situerait sur deux bâtiments ou sites distincts.

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Osons aller de l’avant
Aussi, il n’existe aucun Plan B répondant à ces objectifs de manière réaliste et plausible. Qui plus est, reporter ces travaux représente une réelle mise en danger de l’avenir et des conditions de travail du personnel du MAH.

Faut-il rappeler que le bâtiment, aussi important soit-il comme patrimoine architectural, est un outil au service d’une mission essentielle, à savoir faire vivre notre patrimoine culturel? Vouloir sacraliser le bâtiment en refusant toute modification, même modeste et bien pensée comme proposé dans ce projet, conduit à figer le MAH dans le passé, dans une identité muséographique de 1910, en négligeant l’évolution des musées à travers le monde.

Partout en Suisse ou ailleurs en Europe, les musées évoluent, se modernisent, deviennent polyvalents et accueillants, participent à l’attractivité touristiques de la région, s’ouvrent à de nouveaux outils pour attirer les publics et interagir avec eux, les faire résonner avec les œuvres, leur histoire, leur ancrage culturel, scientifique et historique, dans un monde en pleine mutation.

Nos voisins vaudois sont à bout touchant pour concrétiser leur Pôle muséal au centre-ville, intégrant le Musée cantonal des beaux-arts, le Mudac et le Musée de l’Elysée, et je me félicite pour eux comme pour la région lémanique en général de ce magnifique projet. Genève, qui dispose de collections fantastiques, sera-t-elle en reste ?

Soutenons une place muséale au potentiel fantastique
A Genève, nous avons la chance de disposer d’une place muséale riche et diversifiée avec une quarantaine de musées publics et privés intéressants et attractifs, qui sous mon impulsion se sont fédérés afin de développer une dynamique commune, comme par exemple pour la Nuit des Musées, les Journées des Métiers d’art ou une campagne commune de promotion en Suisse alémanique.

Plusieurs d‘entre eux, comme le MEG rénové et agrandi qui ne désemplit pas, les Conservatoire et Jardin botaniques également rénovés, le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui a réussi une rénovation muséographique exemplaire, le Muséum d’histoire naturelle qui à son tour transforme sa muséographie, le Musée Ariana qui développe sans cesse de nouvelles activités pour travailler avec des publics diversifiés, parmi d’autres, ont fait leur mue. Et on pourrait citer bien d’autres musées genevois attractifs, comme le MAMCO, le Musée international de la Réforme, la Fondation Bodmer, la Fondation Baur, le Musée de Carouge, le Musée Barbier-Muller… Il serait fort regrettable que le « navire amiral » qu’est le MAH, se retrouve sans projet crédible à une échéance raisonnable. Genève aussi a besoin et envie de s’inscrire dans une dynamique positive comme ville de culture et de patrimoine vivant. N’inscrivons pas une « Genferei » de plus dans l’Histoire !

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Commentaires

Vous vous faites une idée beaucoup trop utilitaire du patrimoine architectural en prétendant le mettre au goût et aux normes du jour, comme un centre commercial.
Le bâtiment du Musée est, au même titre que ce qu'il contient, une œuvre. Il n'est ni composite ni inachevé: respectez-le comme l'ont respecté vos prédécesseurs

Écrit par : J.-C. Curtet | 25/01/2016

Le monde politique genevois s'est malheureusement à tel point discrédité aux yeux des nos concitoyens (le terme de "genferei n'est pas imputable à la seule population) que toute argumentation provenant de sa part est considérée comme suspecte avant même d'être entendue ... et souvent après aussi.

Écrit par : Mère-Grand | 26/01/2016

Monsieur le Maire, cher Sami,

La première Genferei sur ce dossier date du mois d'août 2000 lors des conclusions de 5 fonctionnaires + 2 experts externes sur l'appel d'offre de juin 1998. On commence une APO, on poursuit par une autre procédure dite de Mandat d'étude parallèle, avec une modification du groupe d'experts, puis on termine une évaluation de ce concours non-anonyme avec 2 experts supplémentaires venus rejoindre un "jury" contraire aux règles des marchés publiques et de celles de la profession (recommandations SIA). Sans compter que le lauréat est totalement en dehors du cahier des charges, il aurait du être mis hors concours. Bref !
C'est donc sur ces premières fondations que le dossier s'enlise, est réduit dans les tiroirs en 2001, puis ressortis en 2008 par votre prédécesseur. Vous aviez l'occasion de tout remettre à plat lors de votre élection en 2010, et vous ne l'avez pas saisie. Patrimoine suisse vous l'a proposé assurément et vous ne pouvez pas dire le contraire.
La suite bous la connaissez. Où donc se situe la faute (stratégique) du pilotage dans cette affaire ?
Nous entrelarderons encore longtemps...
Avec mes respectueux et meilleurs messages.
Marcellin Barthassat

Écrit par : Barthassat | 26/01/2016

Navré, une erreur de mot s'est glissée dans l'une des dernière phrase (cf. correcteur automatique), il faut lire à la fin : Nous en reparlerons encore longtemps...

Écrit par : Barthassat | 26/01/2016

@Jaccottet: La Ville respecte justement son patrimoine bâti, et a enfin pris ses responsabilités depuis une bonne dizaine d’années pour le mettre à niveau et le rénover après des décennies où elle l'a laissé se détériorer ; le MAH en fait partie. Mais un bâtiment est aussi au service d'une mission, et un musée du 21ème siècle n’est clairement pas un musée de 1910. Vouloir sacraliser et figer le bâtiment à tout prix revient à négliger sa fonction et sa mission, et le MAH malgré l’investissement de ses équipes ne peut pas bien fonctionner dans ce musée. Pas seulement parce que le bâtiment est à bout mais aussi parce que sa conception et son organisation ne s'y prêtent plus. Le budget annuel net du MAH est de 32 millions; la moindre des choses est de le doter d'un espace de travail adéquat pour travailler.
@mère-grand : J’ai failli ne pas publier votre commentaire, qui est non seulement anonyme mais désobligeant. Mais je le publie ce qui me permet de vous rappeler que les politiciennes et les politiciens sont issus d’élections démocratiques et que donc, en réalité, vous critiquez toutes et tous ceux qui participent à ces élections en remplissant leur devoir citoyen. Vous n’expliquez pas du tout en quoi le monde politique se serait tellement discrédité. Commencez par vous demander ce que vous avez vous-même fait pour contribuer à l’effort collectif.
@MarcellinBarthassat : Nous ne tomberons pas d’accord sur ce dossier. Je maintiens que la priorité est au moins autant la mission du bâtiment en tant que musée et la manière de la décliner de manière contemporaine que le bâtiment lui-même. Et ressasser en permanence des frustrations du concours de 1998, juste comme prétexte pour critiquer ce projet, c’est lassant et secondaire, par rapport aux vrais enjeux de cette votation, à savoir voulons-nous un musée digne de ce nom pour le 21ème siècle, ou rester dans une conception de 1910 ? Ceci en tenant compte de l’urgence de rénover le bâtiment et de ne pas galvauder les apports privés. Tous les Plans B énoncés sont intellectuellement intéressants, pour une discussion de salon, mais inadéquats pour remplir cet objectif. Et je suis très inquiet en cas de refus, car on devra tout recommencer à zéro, alors que le bâtiment ne tiendra pas 10 ou même 3 ans de plus. Et je m’oppose à une « simple » rénovation, car non seulement elle coûterait une fortune aux seuls contribuables mais elle ne remplirait pas l’un des objectifs essentiels, à avoir une amélioration qualitative et fonctionnelle du bâtiment. Je sais qu’en cas d’échec du projet nous partirons pour des années de discussions sur les options envisageables.
Quant à tout reprendre à zéro en 2011, après mon élection, je relève que la notion de dialogue est intentée de manière très … particulière par Patrimoine Suisse Genève, consistant en gros à exiger un respect intégral de toutes vos exigences. En français, ça s’appelle du chantage, pas du dialogue. J’ai été en effet naïf de croire qu’en proposant de modifier profondément le projet, avec mon collègue Rémy Pagani, et en tenant compte de 80% de vos remarques, dont certaines étaient pertinentes, nous pourrions arriver à un accord. Mais voilà, c’est tout ou rien pour vous, et vous refuser de prendre en considération autre chose qu’une sacralisation du bâtiment, au détriment de sa mission.

Écrit par : Sami Kanaan | 31/01/2016

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