15/01/2016

Parlons des faits !

Après le collectif de soutien au projet, ce sont les opposants qui ont lancé leur campagne ce mercredi. Comme souvent dans les campagnes politiques, nombre de choses plus ou moins fantasmagoriques sont évoquées. J’aimerais ici rectifier un certain nombre de points et revenir aux faits, tels qu’ils figurent d’ailleurs, pour la plupart, noir sur blanc dans les décisions du Conseil administratif et les documents votés par le Conseil municipal.


"Le projet coûte 140 millions à la Ville"

Faux. Le projet est chiffré à près de 132 millions, dont plus de la moitié, soit 67 millions, est financée par des partenaires privés. Ceux-ci sont surtout motivés par l'agrandissement et donc les surfaces supplémentaires. Or le coût de la rénovation représente bien plus de la moitié de la somme.

Un refus du projet proposé nous ferait donc perdre ces précieux apports privés, et la Ville se retrouverait seule à financer la simple rénovation du bâtiment, en très mauvais état, qui va coûter très très cher. Le contribuable perdra ainsi à la fois l'agrandissement, l'amélioration qualitative du musée en général, et paiera au final plus cher.

Ainsi, la votation du 28 février ne porte pas sur le fait d’investir 65 millions (et encore moins 132 ou 140) ou non, mais sur le fait de les investir dans ce projet maintenant, ou de devoir plus tard payer vraisemblablement plus pour certainement beaucoup moins. Il faut aussi préciser que les 65 millions apportés par la Ville de Genève au projet sont intégrés dans le Plan financier d’investissements pluriannuel de la Ville de Genève et donc couverts. A ne pas mélanger donc avec le budget annuel de fonctionnement !

"Le budget du projet sera largement dépassé"
Faux. Le projet est signé par le cabinet Jean Nouvel et les coûts ont été vérifiés de très près par les services de la Ville, sous l'égide de mon collègue Rémy Pagani que je remercie. On vient d'inaugurer deux équipements culturels majeurs avec des chantiers très complexes, le MEG et l'Alhambra, sans le moindre dépassement. Là aussi, ce n’est pas le fait du hasard, mais le fruit de la méthode de travail de la Ville de Genève. Les budgets de nos projets ne sont pas établis avant la finalisation (ou même avant le choix du projet retenu, comme ça a été le cas par exemple en France pour le musée du Quai Branly ou la Philharmonie), mais établi après la finalisation et le chiffrage précis de chaque élément.

"Il suffit de réclamer au Canton le bâtiment de l'Ecole d'architecture, où loge actuellement la HEAD, pour y faire l'extension du MAH."
Faux. La moitié des étudiants de la HEAD l'utilise et la Convention de 1931 révisée en 1946 stipule clairement que ce bâtiment ne reviendra au MAH que si la Haute école d'art peut partir ailleurs, ce qui est impossible avant 20-30 ans, pour des raisons budgétaires du Canton.

Par ailleurs, ce bâtiment est également vétuste et coûtera très cher pour le rénover et l'adapter à une activité muséale. De plus, l'exploitation d'un second bâtiment séparé du bâtiment principal coûtera plus cher que le projet proposé, qui intègre l'agrandissement dans le bâtiment actuel. Un tel projet est imaginable à terme mais coûterait donc beaucoup plus cher pour un résultat nettement plus incertain.

"On peut faire une extension sous la butte de l'Observatoire, en face du bâtiment actuel avec 6'000 m2 de surfaces utiles."
Faux. Si on veut éviter de raser la butte et ses arbres, et tenir compte des contraintes très fortes de ce sous-sol, l'étude faite par les services de la Ville montre qu'on ne pourrait obtenir qu’un espace bien plus réduit que le projet proposé, entièrement souterrain, pour un coût beaucoup plus élevé.
Je ne voudrais pas expliquer aux habitantes et habitants de la Vieille-Ville que nous devons raser cette belle butte et ses arbres !

« Le crédit d’étude complémentaire voté par le Conseil municipal pour étudier ces variantes sous-terraine n’a pas été utilisé à cette fin, voir aurait été détourné pour réaliser un film »
Faux. Il suffit d’aller relire le texte du crédit complémentaire et le résultat qui a été présenté et voté à une très large majorité. C’est tout l’actuel projet révisé qui en est ressorti. Travail gigantesque qui a permis d’évaluer les possibilités d’extension sous la Butte de l’Observatoire et sous la Cour des Casemates, puis de finaliser le projet actuel s’étendant plus profondément sous la cour du musée et sous celle des Casemates, en révisant au passage toute la structure de l’extension dans la cour et en allégeant celle-ci.

Le film réalisé pour présenter le projet figure d’ailleurs de manière nominale dans le crédit d’étude voté par le Conseil municipal, de même que la réalisation d’une maquette. Ces éléments sont accessibles très facilement publiquement sur le site de la Ville.

« La Convention aurait dû légalement être approuvée par le Conseil municipal »
Faux. Les autorités cantonales compétentes ont déjà traité cette question et statué dans le sens contraire, confirmant qu’il s’agissait d’une compétence du Conseil administratif.

"Le projet ne propose que 1200 m2 de surface nouvelles en plus."
Faux. Il y a 6500 m2 de surfaces nouvelles en plus, soit près de 50% de plus par rapport aux surfaces actuelles, et notamment le doublement des surfaces dédiées à l’accueil des publics (notamment des espaces pédagogiques, etc…) , ainsi que le nouveau forum et le café-restaurant qui triple sa surface.

"Il n'y a plus café-restaurant."
Faux. Celui-ci sera situé sur le toit et proposera donc une superbe vue sur la ville et une partie du lac.

"On n'a pas tenu compte des critiques des défenseurs du patrimoine."
Faux. On en a tenu compte pour la plus grande partie et en particulier les quatre demandes principales de la Commission de la nature des monuments et des sites (CMNS) : modification de la structure de l’extension pour la rendre réversible (aucune atteinte au bâtiment historique), supprimer la surélévation, conserver la lumière naturelle dans la cour et sur les vitraux du grand escalier historique en supprimant au passage le « remplissage » de la cour et enfin, gagner des surfaces supplémentaires en sous-sol. Ces points ont d’ailleurs été satisfaits, puisque la CMNS, où siègent aussi les milieux qui défendent la protection du patrimoine, a approuvé le nouveau projet.


En résumé, une telle campagne peut être animée, inclure des débats vifs et contradictoires ; c’est le lot d’une votation populaire comme on les connaît bien dans notre système démocratique. Mais le débat doit se faire sur la base d’éléments factuellement justes et se concentrer sur l’avenir du Musée d’art et d’histoire. Il va de l’avenir de notre patrimoine et de nos collections pour la Genève aujourd’hui et celles des générations futures. Nos enfants et petits-enfants doivent pouvoir aller dans un muée accueillant, rénové et agrandi.

14:09 Publié dans culture, Genève, Humeur, Musées | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

Lorsque les partisants du projet parlent de 132 Millions ils négligent systématiquement les 7 millions (voté et déjà dépensés) qui ont servi à l'étude de ce projet, donc le coût prévu est bien plus proche de 140 million (139 environ) que de 132!
Ensuite, Jean Nouvel qui a également été choisi pour réaliser à Genève les gares du CEVA, il a déjà dépassé le budget de 45 millions! Ce n'est pas un petit dépassement qu'on peut absorber dans le budget global d'une ville au prochain exercice! C'est conséquent pour la collectivité! Donc en disant non à ce projet nous avons de bonnes raisons d'éviter des dépenses délirantes ces prochaines années. Ce projet, qui de plus architecturalement parlant n'est pas satisfaisant, en surfaces souhaitées et sur son esthétique, Nouvel pose un petit immeuble dans la cour du MAH (il n'y a rien de transparent là-dedans! lui qui parle de transparence pour ce projet!?) et comme aucun autre projet n'a pu être étudié, non voilà allant aux urnes le 28 février! et perdre du temps...mais en l'état il vaut mieux perdre encore un peu de temps que de saigner la collectivité pour un projet non souhaité.

Écrit par : Arlotti Ariane | 15/01/2016

Blog précis et clair....Il devrait être convaincant avec de tels arguments-

Écrit par : Deslarzes Béatrice | 15/01/2016

- «...la Ville se retrouverait seule à financer la simple rénovation du bâtiment» : vous affirmez qu'il ne s'est jamais trouvé un seul privé pour participer à la seule rénovation du Musée ?
- L'État repousse le relogement des Beaux-Arts de «20-30 ans, pour des raisons budgétaires». Ça ne manque pas de sagesse. Pourquoi n'en faites-vous pas autant pour la Fondation Gandur ? C'est la rénovation du Musée qui est urgente, pas sa transformation
- Vous avez fait modifier la «structure de l’extension pour la rendre réversible». Vous envisagez donc déjà de devoir réparer les dégâts ? Quand, et à quel prix ?

Écrit par : J.-C. Curtet | 15/01/2016

"Aucune atteinte au bâtiment historique"
Faux. Le bâtiment de Camoletti appartient à un type architectural spécifique inventé au début du XIXe siècle par J.N.L. Durand pour servir une nouvelle (alors) fonction patrimoniale culturelle: le musée public. Ce type se caractérise par sa forme en quadrilatère centré sur une cour ouverte ou couverte. Quantité de musées furent construits en Europe sur ce modèle. C'est la fierté de Genève d'en avoir un exemplaire, adapté au site et au goût décoratif de l'époque par le génie créateur de Camoletti. Dans la proposition actuelle du projet, le remplissage de la cour a certes été diminué en densité mais reste extrêmement invasif. Le plus grave est qu'en créant le "'plateau d'accueil" sur toute la surface de la cour, le niveau inférieur (le sol actuel) sera occulté, transformant les portiques néoclassiques en caves et amputant les proportions tripartites classiques, elles aussi (socle-étage noble-entablement), qui donnent à l'architecture de l'édifice son équilibre, son harmonie et son identité architecturale. La supposée "transparence" des sols ne changera rien à cette détérioration. Si la logique structurelle, historique et esthétique de l'édifice avait été comprise par les auteurs du projet, la cour restaurée et mise en valeur dans la totalité de sa spatialité libre de tout agencement parasite, éventuellement couverte d'une verrière pour un usage toutes saisons, aurait pu redevenir le centre névralgique de toute la subtile articulation des fonctions muséales et constituer une reconnaissance de la valeur de cette oeuvre, classée, ne l'oublions pas! Au lieu de cela on nous promet un dispositif dont le seul effet sera de banaliser ce lieu riche de potentiel dans un discours architectonique de grand magasin au prix d'une altération irréversible de son authenticité et de sa spécificité.

Écrit par : Bernard Zumthor | 15/01/2016

Pourquoi personne ne parle-t-il des subventions auxquelles peut prétendre, pour sa restauration, ce monument classé tant de la part de la Confédération que de celle du Canton ? ce sont pourtant des montants substantiels qui allègeront d'autant - le pourcentage est important - la facture pour la Ville .

Écrit par : Cecilia Maurice | 16/01/2016

Monsieur le Conseiller Administratif,


Permettez-moi, au nom du Comité référendaire, de répondre à votre rédaction imaginative du 15 janvier 2016, relatif à notre conférence de presse et aux propos qui y ont été tenus.
On vous aura certainement mal retranscrit les chiffres et commentaires que nous avons présentés, car votre texte comporte de nombreuses allégations erronées.

• Le projet coûte 140 millions et induirait des millions de frais de fonctionnement

Le projet Nouvel, objet du référendum, coûte 140 millions (132’715’000.- selon le PR 1073). Ce montant est la somme totale prévue pour réaliser la rénovation et l'agrandissement du MAH. C’est la disproportion de cette somme par rapport au résultat que nous avons mis en évidence. Ce n’est pas parce qu'une partie des fonds (estimée entre 40 et 67 millions à condition que toutes les promesses soient tenues) proviennent du privé qu’il devient légitime de dépenser des sommes aussi gigantesques d'argent public dans un projet apportant si peu de résultats.

Nous ne mélangeons pas investissements et fonctionnement, mais nous vous trouvons extrêmement discret sur le sujet. Nous savons bien que ce n’est pas la période pour en parler au vu des derniers débats et votes sur le budget de la Ville de Genève. Mais c’est là que le coût du projet peut être à nouveau critiqué, car il impliquera à terme un budget de fonctionnement supplémentaire pour la Ville de Genève de 7’000’000.- et l’engagement de 60 fonctionnaires supplémentaires!

Le budget sera largement dépassé

Cette fois vous citez bien l'une de nos affirmations et l’on aurait dû vous rapporter les commentaires qui l’ont accompagnée.
Le PR 1073 indique deux coûts de référence pour ce budget: 600.- frs le m3 pour la rénovation  et 850.-frs le m3 pour l’agrandissement.
Pour la rénovation, cette estimation est moins élevée que le prix de construction pour des logements collectifs (env. 650 à 700.-frs/m3). Pour l’agrandissement, c’est le même prix de construction au m3 que pour une villa standard!
Une rénovation aussi lourde coûte en fait le même prix qu’une construction neuve et les installations techniques liées aux activités d’un musée en font une des constructions les plus onéreuses qu'on puisse entreprendre.

Vous citez le Musée d'ethnographie en exemple? Eh bien! Reprenons la fiche d' «Architecture Suisse» (No 196-3 2015 AIII 3, disponible sur le net) sur l'«Agrandissement et rénovation du Musée d’Ethnographie, MEG», dont les chiffres devraient être exacts. Le prix du m3 (CFC2) pour cette réalisation à été de 1075.-frs/m3. Quand on voit la complexité des sous-oeuvres envisagés dans le projet MAH et la technicité nécessaire des «plateaux de verre» pour l’agrandissement conçu par un Jean Nouvel, dont l’intransigeance de créateur (que personnellement j’admire) est bien connue et souvent liée aux dépassements de budget qu’on constate (atteignant parfois des pourcentages à trois chiffres), il nous semble totalement improbable que le coût des travaux du MAH reviennent 20% moins cher que ceux du MEG!

Le plus grave dans un éventuel dépassement, c’est que personne n’a dit qui prendrait en charge les montants nécessaires. Il va de soi que ce sont les citoyens de la Ville de Genève qui payeront, comme ceux des autres villes où Jean Nouvel a agi.

Le projet alternatif

Nous avons évoqué un projet possible, en 2 phases.

1. Rénovation immédiate du Musée actuel avec couverture de la cour.
2. Etudes des extensions possibles sur les Casemates et la promenade de l’Observatoire.

Le potentiel total est de 30’000.-m2.

Pour la promenade de l’Observatoire, permettez-nous de vous rappeler que l’opposition au projet de parking de l’Observatoire était liée à la présence d’un magnifique hêtre rouge «irremplaçable», aujourd’hui disparu, et non à des réalités géologiques ou techniques.
Rien n’empêche la création d’un bâtiment et le réaménagement d’un parc dans le cadre d’un nouveau projet, sur la base d’un concours d'architecture dans les règles de l’art.

Le projet ne propose que 1200m2 de surfaces nouvelles supplémentaires

Effectivement, cela a été dit tel quel, mais là aussi on a omis de vous rapporter nos commentaires!

Nous avons parlé uniquement de «surfaces d’exposition», car c’est l’argument principal de ce projet. «Pouvoir mieux exposer les collections du MAH», relisez votre propre argumentaire. Nous avons démontré et illustré que cela ne sera pas le cas.

Le projet officiel aboutit à environ 3370 m2 de surfaces d’exposition supplémentaires.
Si l’on prend la surface nécessaire aux engagements qui lie ce projet à la Fondation Gandur, cela représente entre 1000 m2 et 1500 m2 de surfaces d’exposition. Si l’on imagine les surfaces nécessaires à la mise en valeur des collections du musée de l’horlogerie et du musée des instruments anciens, que restera-t-il pour augmenter la visibilité des collections du MAH? Pas grand-chose…

Les 1200 m2 cités (un peu moins de 1100 m2 en fait) correspondent à la différence d’augmentation de surfaces d’exposition entre le projet officiel et une rénovation avec couverture de la cour. C'est édifiant! D’autant que le projet officiel est annoncé à 132’000’000 de francs et qu’une rénovation coûterait 80’000’000.-. Oui, vous avez bien fait le compte, 52 millions de plus pour 1100 m2 de surface d’exposition supplémentaires!
Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, car cela correspond tout à fait au type de projet plus orienté sur les surfaces de communication que sur le contenu d’une vision muséographique.

Terminons par une note d’espoir en citant à nouveau le MEG, car le résultat est magnifique et somme toute intervenu assez rapidement après une votation perdue: la Ville avait voulu imposer un projet qui a été refusé par le peuple, puis un projet excellent s'est réalisé.

Daniel Rinaldi 

Écrit par : Daniel Rinaldi | 17/01/2016

Merci aux différentes personnes qui ont réagi à mon texte ; voici quelques éléments de réponse.

@ArianeArlotti : Oui c’est exact, il y a déjà eu ces dernières années des dépenses d’environ 7 millions par le biais des crédits d’étude ayant abouti à ce projet, comme c’est le cas pour tout projet majeur d’investissement. Mais le référendum porte bien sur le crédit de construction de près de 132 millions, et donc il est pertinent de mettre ce chiffre en avant. Les crédits d’études n’ont pas fait l’objet d’un référendum et sont déjà dépensés.

Le projet Nouvel est évidement issu d’un appel d’offres à deux tours.
Concernant un dépassement de budget, je ne comprends pas le procès d’intention que vous faites à mon collègue Rémy Pagani et au Département des constructions et de l’aménagement dont il a la charge, qui sont responsable du suivi et du cadrage des travaux. Ils ont piloté la mise au point finale du crédit de réalisation en contrôlant tous les chiffres et imposé aux mandataires qu’il n’y ait pas de dépassements. Dans le cadre des deux derniers projets culturels majeurs récents, le MEG et l’Alhambra, Rémy Pagani et son département ont parfaitement démontré la preuve de leur maîtrise des coûts puisqu’il n’y a pas eu de dépassement.Par ailleurs c’est tout simplement faux de dire que le projet prévoit d’implanter un « immeuble » dans la cour du MAH.

En revanche, le refus du projet entraînerait à coup sûr des dépenses supplémentaires pour la collectivité (nouveau crédits d’étude, perte des partenaires privés…), au détriment d’autres tâches publiques importantes.

@JCCurtet :
La plupart des partenaires privés se sont engagés pour un projet incluant un agrandissement du Musée et donc une amélioration globale du bâtiment pour assurer ses missions au service d’un musée. La Fondation pour l’agrandissement du MAH (FAMAH) et la Fondation Gandur pour l’Art ont, dans leurs statuts, une clause explicite stipulant qu’ils soutiennent l’agrandissement du MAH et leur contribution couvre donc les coûts de l’agrandissement. Si le projet est refusé, on perd ces apports très importants.

De plus, tous les privés sont motivés par le fait que ce projet intègre intelligemment les deux dimensions car c’est ainsi qu’on optimise l’usage futur des espaces pour les collections et le public. Une simple rénovation coûterait beaucoup plus cher au contribuable et surtout, nous ferait perdre tout le bénéfice de ce projet intégré. Je trouverais terrible de se contenter d’une simple rénovation qui galvauderait la capacité du MAH à remplir ses missions de manière efficace et contemporaine pour toutes et tous, et pas seulement pour une élite privilégiée et initiée.

Quant à la réversibilité, c’était une exigence des milieux de la protection du patrimoine, ne voulant pas ancrer les structures nouvelles dans les parois existantes afin de les préserver. C’est une de leurs nombreuses demandes qui ont été satisfaites, ce qui ne les empêche malheureusement pas de continuer à combattre le projet.

@BZumthor :
Je ne mets pas en doute votre grande compétence en matière de protection du patrimoine bâti et votre engagement dans ce domaine. Mais je rappelle que ce bâtiment est au service d’une mission. Il doit pouvoir fonctionner comme un musée moderne et accueillant, valorisant autant nos collections de grande valeur que des œuvres venant de nombreux partenaires publics et privés, d’ici et d’ailleurs, et ceci pour un public très diversifié. Un musée du XXIe siècle ne fonctionne pas comme un musée de 1910, et c’est normal. Le projet proposé permet non seulement de rénover le bâtiment existant et de proposer des surfaces supplémentaires liées aux surfaces existantes pour valoriser les collections (par ex. la collection d’horlogerie) mais aussi de proposer une véritable mise à niveau qualitative (accueil du public, expositions temporaires, forum, café, salles pour les publics particuliers comme les enfants, etc.). Le véritable respect du patrimoine culturel de notre Cité passe par une adaptation de ce bâtiment aux besoins actuels tout en préservant bien sûr son identité. Il s’agit à la fois d’un enjeu de politique culturelle démocratique et de respect des deniers publics.

@CMaurice :
La Ville active ces subventions fédérales chaque fois que c’est possible mais elles représentent des montants marginaux par rapport au coût global d’un projet.

@DRinaldi :
Une divergence essentielle avec les opposants au projet est déjà rappelée dans ma réponse à Bernard Zumthor, à savoir que dissocier la rénovation et l’agrandissement revient en fin de compte à un projet beaucoup plus cher et beaucoup moins intéressant d’un point de vue muséal. Et lorsque je dis plus cher, c’est tout autant l’investissement (travaux) que le fonctionnement futur, puisque nous aurions deux bâtiments distincts à exploiter au lieu d’un seul.

De plus, le bâtiment actuel est dans un tel état que nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre encore avant qu’un nouveau projet remplace celui-ci. Le bâtiment ne tiendra pas.

Le gros défaut de tous les Plans B évoqués est qu’ils se content de proposer une simple rénovation du bâtiment existant, option que je critique ci-dessus, et reportent l’agrandissement aux calendes grecques sur la base d’options peu réalistes, coûtant très cher et sans réelle plus-value.

Genève a besoin d’un projet pour son Musée, ici et maintenant !

Écrit par : Sami Kanaan | 18/01/2016

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