31/05/2015

Donner un visage à notre ville

Ce 31 mai 2015, j’arriverai au terme de mon mandat de Maire de la Ville de Genève. Une année riche en rencontres, en échanges, en expériences fortes et en découvertes, une année passionnante. Une année qui a commencé le 1er juin 2014 avec un moment très fort, la cérémonie du Port-Noir qui prenait cette année-là une signification particulière puisque cela faisait exactement 200 ans que les troupes confédérées avaient traversé le Lac Léman pour marquer leur attachement à une République de Genève faisant partie de la Confédération Suisse.


 

Une année très bien remplie, la charge de Maire s’additionnant à celle de Conseiller administratif en charge d’un département, sans oublier la période électorale, car en Suisse, la vie politique et les dossiers ne s’arrêtent (heureusement) pas en période de campagne. Vous l’aurez constaté tout récemment avec les débats et le vote très positif du Conseil municipal sur trois sujets d’une importance vitale pour Genève Ville de Culture : le MAH+, la Nouvelle Comédie et le soutien aux cinémas indépendants.

Une fierté et un honneur
Etre Maire de la Ville de Genève, c’est aussi, et peut-être surtout, un honneur et une fierté. La fierté d’avoir la chance, moi qui suis né à l’étranger et ai eu l’opportunité d’être accueilli comme jeune adulte à Genève, de pouvoir incarner cette ouverture qui a de tout temps, fait la force et la richesse de notre ville. Car sans cette ouverture, nous n’aurions jamais accueilli les réfugié-e-s de la Réforme, et bien d’autres par la suite, par exemple issus de régimes totalitaires partout sur cette planète, ni adhéré à la Confédération helvétique ou hébergé la Société des nations et les organisations internationales.

Rassembler Genève, par-delà ses frontières
J’avais décidé de construire mon année en tant que Maire autour de la signature “Rassembler Genève, par-delà ses frontières”. Car les frontières, lorsqu’elles sont manipulées pour fermer, diviser, stigmatiser, rejeter, constituent les plus grands défis à la dynamique inclusive et positive d’un centre urbain qui cultive sa qualité de vie, sa créativité, sa solidarité et sa diversité. La frontière est trop souvent, hier et aujourd’hui, instrumentalisée par des mouvements populistes destructeurs.

De cette conviction, sont nés toute une série d’événements et de prises de position. Les festivités marquant le bicentenaire de l’adhésion de Genève, alors « Ville et République », à la Confédération (en devenant au passage un canton), ont permis de s’interroger sur notre place dans le monde, notre ouverture à lui et en particulier à nos voisins immédiats.

Pour notre fête nationale j’ai choisi d’organiser les festivités pour la première fois dans le magnifique Parc La Grange, généreuse donation d’une grande famille genevoise, et d’associer comme invité d’honneur les communes urbaines limitrophes de France voisine et du District de Nyon. Celles qui composent précisément notre Grand Genève, avec nous, mais qui nous semble parfois si lointaines.

Un large cycle de conférences-débats, ouvrant les portes du Palais Eynard, siège de la mairie, à la population, a été organisé entre octobre et mai. Chaque rencontre a abordé un aspect de ces frontières qui morcèlent potentiellement notre vivre-ensemble de manière bien plus insidieuse que la frontière nationale. Ce sont ainsi les problématiques multiculturelles, de génération, économiques, liées à la technologie, aux disparités de revenus ou encore à la construction d’une agglomération transfrontalière, qui ont été abordées. Chacune étant l’occasion d’un échange à bâtons rompus. Des débats passionnants qui auront permis de discuter ouvertement de sujets qui, parfois, fâchent. Mais je suis convaincu que c’est en cultivant honnêtement le dialogue, l’écoute et le respect, qu’on pourra bâtir notre région en réunissant Genève par-delà ses frontières.

Cette année de mairie a aussi été ponctuée de projets plus locaux, dans l’optique d’aller à la rencontre des habitantes et habitants de Genève, mais aussi de favoriser le lien entre eux, entre les quartiers et entre les différences espaces géographiques du Grand Genève. Je pense en particulier aux balades photographiques et à l’exposition Vis-à-Vis qui a suivi. Je retiendrai les premiers Jeux du Grand Genève, qui ont vu s’affronter dans des joutes sportives des jeunes de l’ensemble de la région. J’aimerais aussi mentionner l’expérience de l’organisation d’un Réveillon décentralisé, plus proche des habitantes et habitants, l’organisation de la cérémonie d’accueil des nouvelles habitantes et nouveaux habitants, le premier Forum sport et société ou encore le concours Urban Data Canvas et son exposition d’arts numériques à l’Abri, City Cells.

De fortes attentes à l’égard du Maire
Mais j’ai aussi eu l’occasion durant cette année, encore plus que d’ordinaire, de constater les espoirs et les attentes légitimes que les Genevoises et les Genevois placent dans leurs élu-e-s. Si on ne peut bien entendu pas résoudre, surtout au niveau municipal, tous les problèmes de logements ou d’emploi, que j’ai pu rencontrer, la commune reste l’échelon institutionnel le plus proche de la population. Je suis convaincu que la Ville de Genève, a un rôle essentiel pour participer à améliorer concrètement la qualité de vie de chacun et chacune. Même si cette action est forcément collective, la fonction de Maire incarne cet espoir et cette attention des autorités municipales à chaque habitante et habitant, sans distinction quelle que soit sa condition. Un rôle central pour permettre de réunir Genève autour de ses forces et faire de ces frontières des coutures plutôt que des coupures.

Incarner Genève, pour mieux la promouvoir
Enfin, la portée de Genève comme petite métropole internationale m’a aussi frappé. Genève n’est qu’une ville de 200'000 habitants, certes ville-centre d’une région d’un million de personnes, mais elle est porteuse d’une histoire et d’une place extrêmement importante au niveau international. Les acteurs des relations internationales et des autres villes du monde s’adressent donc naturellement au (ou à la) Maire de Genève. Durant cette année, très nombreux ont été les contacts qui ont été pris, les projets lancés. Malheureusement, notre système de mairie annuelle tournante (quasiment unique au sein des villes suisses… une « Genferei » de plus ?), rend très difficile le suivi de ces contacts. Il ne permet pas non plus d’être pleinement efficace dans le travail pourtant vital de représentation de la ville et de la promotion de ses intérêts, facilitant la constitution d’un réseau de travail et de promotion, y compris économique, de notre ville sur les plans régional, national et international.

Reconnaissance des villes
Alors qu’on reconnaît maintenant largement l’importance des villes et des centres urbains en général, sur le plan de la promotion économique et touristique, Genève continue à se priver d’une vision et d’une politique de développement à moyen et long terme. Pourtant, rien n’oblige à conserver ce système de mairie annuelle. La nouvelle Constitution genevoise entrée en vigueur en 2013 stipule d’ailleurs que « l’exécutif communal est une autorité collégiale qui s’organise librement » (art. 141, al.1, Cst GE).

Adapter enfin la loi à notre Constitution
Or, la loi sur l’administration des communes genevoises (LAC) n’a pas encore été révisée à ce jour. Ainsi l’article 42, al. 2, prévoit que « Le président du conseil administratif prend le titre de maire. En ville de Genève, il n’est pas immédiatement rééligible ». Il serait donc nécessaire de modifier rapidement la LAC afin de la rendre compatible avec notre constitution. J’ai proposé au Conseil administratif un courrier adressé au Conseil d’Etat, formulant cette demande de modification, mais une majorité du Conseil l’a refusée (seule ma camarade Sandrine Salerno m’a appuyée, traduisant ainsi un engament socialiste sur cette question). Une attitude qui est pour le moins surprenante face à une contradiction manifeste de la LAC actuelle face à la Constitution, et en termes de défense des intérêts à long terme de notre ville.

Une Genève solidaire et durable, pour affronter les défis de l'avenir
Ce point ne va certainement pas résoudre d’un coup de baguette magique tous les problèmes de Genève, mais il contribuerait certainement à donner un visage à notre ville et à inscrire dans le long terme, de manière efficace et stratégique, son développement international, tout en participant à réunir une Genève solidaire et durable, par-delà ses frontières !

D’ici là, je continuerai à m’engager avec enthousiasme et détermination à la tête du Département de la culture et du sport, et dans le cadre de l’exécutif municipal qui devra relever des défis considérables ces prochaines années pour notre ville.

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Commentaires

Vous souhaitant une excellente continuation à la tête du Département de la Culture et du Sport. "libéré" du rôle de Maire, nul doute que votre souci du dialogue, de l'écoute et du respect des acteurs culturels, y gagnera encore en intensité. Avec mes meilleurs messages. Jean-Marie Roth alias Ali Gniominy

Écrit par : J.-M. Roth | 31/05/2015

Vous prétendez que Genève a accueilli et protégé les gens qui fuyaient le totalitarisme et, pourtant, le PS a soutenu l'invasion de la Hongrie en 1956 par l'armée rouge ! Etrange retournement de veste !

Écrit par : Octave Vairgebel | 01/06/2015

Notre ville a déjà un visage, celui de la ville la plus sale de Suisse !! Prenez exemple sur Singapour ou, plus récemment, sur Cannes puisque dans cette ville des flics en civil infligent des amendes de 160 euros pour une canette ou un mégot jeté dans la rue ! Concernant la légendaire propreté helvétique, j'ai souvent conseillé à des touristes étrangers de quitter notre cité sale et faire quelques kilomètres sur Vaud afin de trouver des endroits idiliques et propres.

Écrit par : Gédéon Teusmany | 06/06/2015

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