26/03/2015

Pourquoi je m'engage pour le MAH+

Depuis des années les opposantes et opposants irréductibles à la rénovation et l'agrandissement du Musée d'art et d'histoire prétendent qu'il existerait des projets alternatifs beaucoup moins chers et bien meilleurs. Pourtant, aucune de ces idées ne survit à un examen même sommaire, et pour cause. Revenir sur les choix, les travaux et les réflexions, qui ont mené au projet actuel me parait donc essentiel. Partons d’abord de la réalité actuelle : nous avons abouti à une proposition concrète, au bénéfice d'études approfondies, d'un préavis positif de la CMNS, d'une autorisation de construire, du soutien de partenaires privés pour environ la moitié de son coût, et, c'est sans doute le plus important, un projet pensé avec les équipes du musée pour répondre aux besoins réels de ses missions de conservation et de valorisation publique d’un patrimoine genevois exceptionnel.


2011, un projet bloqué
A mon arrivée à la tête du Département de la culture et du sport de la Ville de Genève, en juin 2011, j'ai pris la mesure de l’état de blocage de ce projet. La surélévation prévue dans le projet initial de Jean Nouvel n'était pas envisageable selon les lois en vigueur dans le périmètre. Les méthodes employées pour ancrer les plateaux posaient des problèmes aux milieux du patrimoine, de même qu'un certain "bourrage" de la cour, qui aurait notamment empêché la lumière zénithale d'atteindre les grands vitraux de l'escalier monumental de l'entrée du musée. Sans parler du fait que le projet muséal n’était pas abouti.
 
Etudes complémentaires
J’ai donc décidé de remettre l’ouvrage sur le métier. Et le Conseil municipal ne s’y est pas trompé, puisqu’il a accepté de voter, en mai 2012, un crédit d'étude complémentaire, afin d'étudier les variantes possibles du projet et de parvenir à une solution qui corresponde au cadre légal et satisfasse aux exigences de la Commission de la nature, des monuments et des sites (CMNS), ainsi que, dans la mesure du possible, les oppositions des milieux du patrimoine.
 
Le Département des constructions et de l'aménagement de mon collègue Rémy Pagani ainsi que mon département et les équipes du MAH ont entrepris un énorme travail d'analyse et d'étude, avec les architectes des bureaux Nouvel, Jucker et DVK, travail qui incluait des consultations avec des représentant-e-s des milieux de la protection du patrimoine. 
 
Un compromis équilibré et ambitieux, bien meilleur que le projet initial
Au final, après deux ans de travail, nous avons abouti au dépôt le 29 avril 2014 devant le Conseil municipal d’un projet qui respecte les obligations du périmètre en matière de surélévation et donne satisfaction aux demandes de la CMNS. Dès lors, l'agrandissement se fait de manière totalement réversible, avec des ancrages qui ne touchent pas le bâtiment historique. La conception et l’insertion des plateaux de l'agrandissement dans la cour sont nettement allégés, par rapport à la version initiale prévue, de manière à libérer l'espace de la cour et à permettre à la lumière naturelle de l’éclairer entièrement jusqu’au plateau d’accueil. Par ailleurs, des espaces importants ont été prévus sous la Cour des Casemates (à l’arrière du bâtiment principal), notamment un Forum de 300 places qui permettra d’accueillir des événements publics de toute sorte, ainsi que pour une seconde entrée, donnant directement sur un vaste niveau dévolu aux expositions temporaires.
 
D’une manière générale, le MAH+, projet actuel dit "révisé", est bien meilleur que le projet initial. Les gains d'espaces sont supérieurs et la circulation des publics largement optimisée. Le projet correspond maintenant à un vrai projet muséal, où le bâtiment rénové et agrandi est réellement au service des missions du musée, et donc du patrimoine et du public.
 
Par ailleurs, ce projet est le seul réaliste et réalisable dans les délais fixés avec les partenaires. En effet, à ce jour, il est exclu d’envisager un autre projet sous la Butte de l’Observatoire qui se ferait au détriment d’espaces verts et avec des coûts plus élevés. De même, la piste évoquée de la reprise de la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) n’a aucune chance d’aboutir à court ou moyen terme, vu la pénurie actuelle de bâtiments dévolus à l’enseignement ; la fameuse Convention de 1931 ressortie comme un lapin d’un chapeau par des opposants de mauvaise foi a été amendée en 1946, qui stipule clairement que ce bâtiment reste dévolu à l’Ecole des Beaux-arts (aujourd’hui la HEAD, qui y loge la moitié de ses étudiant-e-s) tant que le canton en a besoin. Enfin, envisager une nouvelle construction ailleurs me semble ni rationnel, ni respectueux de l’entretien du patrimoine dont nous avons la responsabilité et d’une bonne gestion des deniers publics. L’objectif premier des opposants est de chercher à décourager les partenaires privés afin de leur faire quitter le navire et ainsi faire échouer à tout prix le projet : vision passéiste, élitiste et totalement irrespectueuse de notre patrimoine culturel et de nos finances !
 
Sortir de l’impasse et assumer nos responsabilités
Cela fait maintenant bientôt quatre ans que je travaille avec mon collègue Rémy Pagani pour faire aboutir un projet qui permette de sortir de l'impasse. Notre musée-phare se trouve en effet dans un état qui nécessite une rénovation profonde et rapide, car la sécurité des œuvres et du public ne pourra plus être longtemps assurée par des bricolages et des sauvetages de dernière minute. 
 
Des incidents ont eu lieu, tels qu’une corniche  tombée là où se trouvaient de jeunes publics quelques instants auparavant. Ou encore, il y a quelques mois, nos chefs d’œuvre des beaux-arts ont été sauvés in extremis de la pluie qui tombait dans le musée par le personnel qui a pu les décrocher en urgence. Quelles conséquences si la situation était arrivée pendant la nuit ou un jour de fermeture?
 
Un agrandissement nécessaire pour les activités du musée et ses publics
Au-delà de la simple rénovation, nous devons donner à notre musée l’avenir qu’il mérite. J’entends offrir enfin les espaces d’accueil des publics nécessaires à l’extraordinaire travail des équipes de médiation du musée, le succès des Mercredi family, des entretiens et conférences autour des collections ou encore la Semaine qui donne la patate, témoignent de l’engouement du public.
 
Le MAH+ permettra de doter Genève d’un instrument de travail enfin digne de ce nom pour son patrimoine et son public : préserver et valoriser nos collections à la mesure de leur intérêt et de leur richesse, créer des expositions attractives et pertinentes, accueillir dans de meilleures conditions les œuvres prêtées par des institutions partenaires, présenter un parcours muséographique cohérent et montrer au public des collections pour l’instant cachées dans des dépôts. A ce dernier propos, je citerais en particulier les magnifiques instruments de musique anciens et notre exceptionnelle collection d’horlogerie et d’émaillerie, dont l’absence constitue un véritable paradoxe pour Genève qui se veut Cité du temps.
 
Un choix simple : donner à notre musée l’avenir qu’il mérite
Nous nous trouvons donc maintenant devant un choix simple. Il existe un projet abouti, cohérent, chiffré dans ses moindres détails par le département des constructions et de l’aménagement dont la gestion de la réalisation du MEG par la Ville de Genève a été exemplaire. Un projet au bénéfice d’un préavis positif de la CMNS, d’une autorisation de construire et fort d’un Cercle de soutien qui réunit près de 2’000 personnes de tous horizons et de l’engagement à hauteur de 67 millions de francs de partenaires privés et mécènes.
 
Ce projet est le bon. Genève en a besoin. Donnons à notre musée l’avenir qu’il mérite !
 

musée d'art et d'histoire, MAH+

13:10 Publié dans culture, culture, Genève, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Pourquoi ?
La réponse est simple ... pour couvrir la spoliation du citoyen genevois, pardi !!!

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 04/04/2015

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