04/11/2014

La culture, créatrice de valeurs

Superficielle, superflue, trop chère, la culture ? En cette période de vaches maigres, certaines voix s’élèvent pour laisser entendre que les impératifs économiques exigent de se serrer la ceinture en commençant par les domaines moins prioritaires à leurs yeux – par exemple la culture, respectivement de leur demander de se débrouiller avec moins de ressources publiques (le slogan usé jusqu'à la corde « faire mieux avec moins ») et de renoncer aux choses qui n’attirent pas grand-monde (le critère simpliste de l’audimat).


Il me paraît important de rappeler, et ce sera l’objectif des Premières Journées de l’économie créative et culturelle organisées du 12 au 14 novembre, que la culture est créatrice de valeurs. Malgré la difficulté d'appuyer cette affirmation avec des chiffres précis, les statistiques n’étant que très partiellement à même de saisir les apports externes de la culture, le fait est aujourd'hui indéniablement admis : la culture est non seulement un des secteurs de l'économie mondiale qui a le plus haut taux de croissance, mais il concentre une part importante des ressources créatives et intellectuelles. Selon les derniers chiffres disponibles pour le canton de Genève (2008), celui-ci compte environ 4'400 emplois liés à la culture. Ils représentent 1,5 % de l’ensemble des emplois du canton, secteur primaire exclu (1,4 % en 1995). En 13 ans (de 1995 à 2008), le nombre de ces emplois a progressé de 29,5 %, alors que la croissance globale des emplois du canton a été de 21,1 %.



CultureGVA2.jpgLa culture génère toutefois des valeurs au sens le plus large du terme « économie » (dont l’étymologie renvoie à la bonne gestion d’une maison et, par extension, d’un pays !) : elle est un pilier central de notre identité collective, de la cohésion sociale et de la qualité de vie ; elle exprime la manière dont les gens comprennent le monde, y perçoivent leur place, affirment leurs désirs et forgent des relations fructueuses les uns avec les autres.

Intéressé dès le début de ma législature à faire dialoguer culture et société, j’ai inscrit dans ma feuille de route l’objectif de donner sens et corps à Genève au concept d’économie créative, entendu dans son sens le plus large. En effet, dans mon esprit, un discours de "rentabilité" qui introduit de manière frontale ou même implicite des critères du marché dans l’approche des produits culturels nous amènerait à considérer la culture sous l’angle de son utilité et de sa rentabilité économique et à négliger ses nombreux apports à la collectivité sous forme de génération de lien social et de création d’un référentiel de valeurs communes, sans oublier la légitimité fondamentale de l’art comme moyen d’expression de l’humain. Il me paraît donc judicieux de nous approprier, à Genève, une définition de l'économie créative et culturelle qui replace celle-ci dans le contexte plus général du développement durable et du respect des droits économiques, sociaux et culturels. Il me tient à cœur de conjuguer culture avec "participation", "cohésion sociale", "création et innovation". Ces trois axes sont d'ailleurs au centre du message culturel 2016-2019 de l'Office fédéral de la culture et marquent la tendance des politiques culturelles d'un certain nombre de villes actives au sein du réseau Agenda 21 de la culture et celui des villes créatives de l'UNESCO

Bénéficiant du recul d'une décennie d'initiatives et de leçons apprises de nombreuses villes qui se sont intéressées à la thématique, notamment en Suisse, j’ai ainsi engagé une réflexion pour évaluer l'apport de la culture au développement économique et social de Genève. Cette analyse est importante pour mieux apprécier et mesurer la portée des contributions tant publiques que privées dans ce domaine. Elle permettra aussi d'établir des pistes concrètes en vue de renforcer l'équilibre financier des structures de création, de promouvoir la qualité et la diversité des projets et de favoriser le rayonnement culturel de notre ville ainsi que son fort potentiel d'innovation.

L’organisation de ces Premières Journées de l’économie créative et culturelle constitue donc une première étape dans une démarche consistant à évaluer l'apport de la culture au développement économique et social de Genève et renforcer cet apport en cette période où Genève vit des transformations profondes et doit faire face à des défis d’une ampleur considérable. J’ai souhaité donner à cet événement, rythmé sur trois temps qui se complètent, un caractère participatif. Outre la conférence publique du 13 novembre qui fera le point sur le sujet en présence d’experts, des ateliers réuniront, le 12 et le 14 novembre, des professionnels des milieux artistiques et économiques autour de thèmes comme « le potentiel sous-estimé de la culture en tant que lien fécond et innovant entre vie sociale, économique et politique »; « le droit à la culture et les droits culturels » ou l'impact économique de la culture dans le contexte genevois.

Il ne s'agit bien évidemment que d'initier la réflexion, la question ne s'étant jamais posée en ces termes à Genève, et de permettre aux différents actrices et acteurs concernés de se positionner. D'autres étapes se succéderont en 2015 afin que chacune et chacun puisse s’emparer de cette thématique passionnante et essentielle.

=> Journées de l'économie créative et culturelle - programme.pdf

 

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11:28 Publié dans culture, économie | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Lorsqu'il s'agit de faire des économies deux domaines ne devraient jamais être touchés: la culture et le social. Le social parce que réduire les prestations a un relent de charité alors qu'il s'agit d'un droit. La culture, vous l'écrivez, Sami Kanaan, parce qu'elle est créatrice de valeurs et de valeurs qui sont également autres que celles dont on nous a appris qu'elles étaient "sonnantes et trébuchantes".

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/11/2014

La culture créatrice de valeurs, un très noble constat ... ou souhait? Encore faut-il correctement et honnêtement reconnaître, et faire connaître, la valeur culturelle d'oeuvres dérangeant la toute-puissance sous influence de nombre de gestionnaires des valeurs d'autrui.

Mon 669ème billet sur http://barondecuir.blog.tdg.ch , blog à accès partiellement censuré par la TdG depuis des mois, concerne justement les graves conséquences de l'incapacité de vos prédécesseurs à estimer ce qui apporte réellement un plus à notre époque, n'en déplaise aux tenants de la corruption économique, philosophique, politique, culturelle et spirituelle encore en force et vigueur.

Vous en souhaitant bonne lecture, et dans l'attente d'authentique valorisation de ce qui le mérite, je vous transmets d'ores et déjà mes meilleurs messages.

Jean-Marie ROTH - Alias Ali GNIOMINY - Roi Député du Parti Railleur d'Extrême-Centre-Gauche, pour ne vous asservir.

Écrit par : Jean-Marie ROTH | 05/11/2014

Ce que nous sommes repose sur notre culture.

Écrit par : annuaire suisse | 06/11/2014

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