02/08/2014

Discours du 1er août

Discours prononcé à l'occasion de la célébration de la fête nationale organisée par la Ville de Genève au parc La Grange.


 

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités de Genève et des communes voisines

Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique et consulaire, Excellences,

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions internationales, religieuses et académiques,

Mesdames et Messieurs,

Chers habitantes et habitants de Genève et de sa région, chers amis,

 

C’est pour moi un grand honneur et un réel plaisir de vous souhaiter la très cordiale bienvenue ce soir, pour commémorer ensemble la Fête nationale, et pour la première fois, ici, dans ce magnifique parc La Grange. Genève, 2ème ville de Suisse et centre d’une agglomération de près d’un million d’habitants, est fière en tant que commune de marquer la fête nationale, en même temps que les 44 autres communes genevoises, que je salue au passage, et les 2’352 communes de Suisse.

Cet événement constitue une belle occasion de se retrouver, ensemble pour  un moment convivial, et de commémorer notre histoire et notre attachement à la Suisse. J’aimerais aussi souhaiter la chaleureuse bienvenue aux personnes nouvellement arrivées à Genève, aux visiteurs et personnes de passage, à toutes celles et tous ceux, qu’ils soient suisses ou non, quel que soit leur origine, leur âge, leur métier, qui ont choisi de passer ce moment ensemble.

La Suisse ne s’est pas constituée sans difficultés, parfois aigues. Du mariage de raison que constitue l’alliance historique de 1291, unissant les cantons d’Uri, Schwytz et Unterwald, la Suisse est devenue en 1848 un véritable Etat qui a su mettre au centre la solidarité confédérale et le partage des ressources et compétences. De cette période j’aimerais surtout retenir la figure féminine d’Helvetia, symbole rassembleur de cette Suisse devenue un Etat moderne, incarnation de la solidarité confédérale et de la devise de notre pays, elle aussi née au 19ème siècle : « Unus pro omnibus, omnes pro uno ». Un pour tous, tous pour un. Une union par-delà les différences.

Alors que l’actualité peut nous faire craindre que notre pays se replie sur lui-même, comme on a pu le constater le 9 février de cette année, il est essentiel d’évoquer cette identité nationale et de rappeler que sans les échanges, sans l'ouverture, sans la solidarité, la Suisse telle que nous l'aimons n’existerait certainement pas. Alors que les nationalismes et les communautarismes appellent à la séparation, à la fermeture, au rejet, j’aimerais porter le patriotisme positif et ouvert d’un pays sûr de ses racines et qui sache cultiver ses atouts que sont l’éducation, la science, la culture et les savoir-faire d’exception – pour assurer une qualité de vie partagée pour ses habitantes et habitants, et pour mieux tendre la main aux autres. En ce sens, oui, je suis un homme de gauche et un patriote, fier de l’être, et j’aime mon pays.

 

J’aimerais que cette fête nationale permette non seulement de passer ensemble un moment festif et convivial, mais aussi de réaffirmer avec conviction les valeurs fondatrices de notre pays que sont la liberté, la tolérance, la solidarité et l’ouverture au monde. Des valeurs qui ont permis à la Suisse de bâtir sa prospérité. Des valeurs qui ont rendu possible l’unité du pays par-delà ses différences, de ses quatre langues officielles, de sa dizaine de dialectes et de ses 167 traditions vivantes. Des valeurs qui fondent une société passionnante et convaincante en matière de diversité, de pluralité, de respect de l’autre, dont la culture de la négociation et du consensus (parfois raillée, souvent enviée) est aussi un modèle de stabilité. Des valeurs qui ont permis à la population de vivre dans la paix au cours des siècles. Paix avec ses voisins et paix intérieure. A l’heure où dans plusieurs régions du monde la barbarie, la haine et l’obscurantisme semblent prendre le pas sur la raison, sur le respect des droits humains et la solidarité, j’aimerais insister sur le fait qu’il n’existe pas de paix sans justice, pas de paix sans solidarité, pas de paix sans respect de l’autre.

 

Genève est fière d’être la ville hôte des organisations internationales et notamment du Conseil des droits humains, d’être le berceau des Conventions de Genève et de la Croix-Rouge dont on fête les 150 ans cette année. Cette fierté implique une vraie responsabilité, celle de jouer un rôle aussi actif que possible pour la promotion de la paix et des droits humains, au sein d’une Suisse dont j’attends que la neutralité inclue une intervention énergique et assumée dans ce même sens.

En cette année où nous commémorons les deux cents ans de l’entrée de Genève dans la Confédération helvétique, la fête nationale prend une signification particulière. La Ville de Genève participe pleinement, aux côtés du Canton et des autres communes genevoises, à l’ensemble des manifestations du Bicentenaire. C’est une magnifique occasion pour porter un regard curieux vers le passé, afin de mieux comprendre le présent et fonder solidement l’avenir. Ainsi nous redécouvrons une histoire genevoise très riche et fort instructive ! Nous pouvons nous remémorer que Genève était encore une Cité-état il y a 200 ans ; que, pour devenir Suisse, elle a dû négocier ses frontières et en quelque sorte « inventer » le canton de Genève. On sait que nos diplomates ont renoncé à intégrer des territoires que les grandes puissances lui proposaient en lien avec le rattachement de Genève à la Suisse. Un renoncement à intégrer un territoire pourtant logique et cohérent, correspondant au bassin naturel de Genève depuis toujours. Un renoncement, qui a créé des frontières artificielles dont on ressent encore aujourd’hui les effets.

Il est nécessaire de l’affirmer : Les frontières existent et ne peuvent être niées. Elles constituent autant de repères qui structurent notre espace, notre identité, notre rapport à l’autre, notre imaginaire collectif ; nous avons besoin de frontières. Mais que ces frontières soient nationales, socioculturelles, ou économiques, elles doivent être apprivoisées et humanisées, sachant que les frontières les plus tenaces sont celles qui prévalent dans nos têtes !

 

C’est donc à la lumière de notre histoire et plus particulièrement de ce Bicentenaire que j’ai voulu mettre en avant le fait de rassembler Genève par-delà ses frontières. J’ai choisi, pour cette fête nationale, de mettre notre région en valeur. L’invité d’honneur du 1er août cette année, c’est donc Genève. Mais Genève dans toute sa diversité et sa richesse. Genève représentée dans toute la largeur de son bassin naturel allant du Jura au Salève et du Vuache au Léman, avec la présence des 11 plus grandes communes françaises voisines et du district de Nyon, le fameux « Grand Genève » qui déchaîne tant de passions. Je saisis l’occasion pour les remercier très chaleureusement et sincèrement d’avoir joué le jeu, d’être venues, non seulement en délégation officielle, mais avec l’une ou l’autre de leurs spécialités, culturelle, sportive, culinaire ou autre.

Une région que nous vivons toutes et tous au quotidien, pour le travail, l’habitat, la consommation, la culture, le sport ou les loisirs en général. Une région qui vit de fait déjà une communauté de destin. Mais aussi une région trop souvent subie, plutôt que choisie. Une région qui paie le prix d’un développement très rapide et mal maîtrisé, et d’une frontière instrumentalisée comme coupure, pour stigmatiser, pour refuser les infrastructures nécessaires à son développement, pour bloquer les démarches visant à rétablir les équilibres entre ses membres ou briser les pratiques de spéculation immobilière et de dumping salarial.

Genève aujourd’hui, son agglomération, représente presque un million d’habitantes et d’habitants qui constituent la région, rassemblant Genève au-delà de la logique des frontières. Un million de personnes qui doivent apprendre à affronter, ensemble, les défis actuels. Il est à présent crucial de donner du sens à cette région, de favoriser un débat démocratique et transparent sur son devenir et son organisation, d’y assurer une place et une qualité de vie à chacun et chacune. Bref, de penser cette frontière comme couture plutôt que comme coupure.

A l’image de notre pays au cours des siècles, la région transfrontalière se construit, progressivement, pas à pas, par le débat démocratique, la négociation, la mise à plat franche et transparente des problèmes, mais aussi l’accent sur nos atouts et nos potentiels.

 

La fête du 1er août nous rappelle qu’il ne faut pas avoir peur d’aller vers l’autre, de nous allier à l’autre, de nouer des liens. C’est ensemble que nous sommes les plus forts. Face aux assauts populistes et aux discours extrémistes, face à la tentation du rejet de l’autre, face à la manipulation de peurs qui peuvent être légitimes : comme garder son emploi, trouver un logement, se dessiner un avenir personnel et familial,… rappelons-nous qu’être Suisse, c’est avant tout cultiver respect et ouverture au dialogue. C’est construire ensemble, dans le consensus, et de manière durable.

 

Prononcé en schwitzerdütch :

(A tous nos amis et compatriotes de Suisse alémanique, j’adresse mes chaleureuses salutations et vous remercie de votre présence au bout du lac. Comme vous l’entendez, j’ai quelques origines alémaniques et comme enfant j’ai vécu nombre de 1er août en admirant les feux spectaculaires sur les alpes bernoises. C’est d’autant plus un plaisir de célébrer notre fête nationale avec vous.)

 

 

Cari   amici   ticinesi,   siamo   molto   lieti   di   celebrare   con   voi   la   nostra   festa   nazionale.   Non   solo   condividiamo   elementi   relativi   alla   nostra   cultura   latina,   ma   anche   alla   situazione   della   regione   nella   quale   s’inseriscono   nostri   due   canto.   E   non   è   sempre   facile,   ma   possiamo  fare !

(Cher amis tessinois, c'est une grande joie de célébrer avec vous notre fête nationale. Nous partageons non seulement des éléments relatifs à notre culture latine, mais aussi à la situation de la région dans laquelle s'insère notre canton. Et ce n’est pas facile tous les jours, mais nous y arrivons !)

 

Je vous remercie toutes et tous pour votre attention et vous souhaite une magnifique fête nationale, aussi dans notre 4ème langue nationale : « Buna fiesta naziunala Svizra ! » !

Vive Genève !

Vive la Suisse !

Sami Kanaan

Maire de Genève

Commentaires

Monsieur,
Je suis souvent en désaccord avec vos idées politiques et au vu des affiches choisies (et de leur slogan un peu obscur) je m'attendais au pire.
Je suis d'autant plus heureux de constater, à sa lecture, que votre discours du 1er août est vraiment bon et je vous en félicite.
Un discours pragmatique, réaliste et plein de bon sens : comme quoi il ne faut jamais désespérer...
Puisse votre politique s'inspirer de ce très bon texte !

Écrit par : A. Piller | 02/08/2014

En effet, le choix de l'affiche belle mais peu représentative du symbol. Bravo pour un discours qui réuni, avec un petit mais... sur l'organisation du soir. Je suggère l'an prochain un ajustement et un atelier l'après-midi où les enfants réalisent leur propre lampion pour le soir et je me propose comme bénévole. Une manière de donner du sens aux enfants de participation à un évènement rassembleur avec l'intelligence du coeur, un cadeau aux autres "sans flèche retournée".

Écrit par : lauber | 02/08/2014

Je me joins à M. Piller pour vous remercier.
Vos propos mesurés mais engagés ne sont pour moi pas un indice de gauche mais d'un humanisme universel.
Il faudra encore du temps, mais avec un tel état d'esprit nous y arriverons. Un jour la frontière artificielle s'effacera dans les esprits et nous comprendrons que nous formons une seule famille.

Je tiquerai pourtant toujours sur ce travers de vouloir redéfinir les droits de l'homme en droits humains. Au même titre que je déplore le langage épicène.
Soit vous parlez des droits des humains ou de l'humain, soit vous gardez l'appellation d'origine des droits de l'homme. Mais de grâce, pas les droits humains qui ne veulent rien dire.

Écrit par : Pierre Jenni | 02/08/2014

Ben franchement l'endroit est idyllique...tant d'activités culturelles réunit sur un site rattaché à la fête national du 1er août.
Bien mieux que les Bastion. La sécurité pour les tirs des enfants et la visibilité total pour les parents la prouvé.
Figurez-vous que voir les feux du peuple, puis le feu sur le lac, puis les feux des communes, allongé sur une herbe épaisse et douce comme 2000 personnes ou plus venue au parc de la grange. C'est un coup de trois, comme les trois doigts lever par nos ancêtres.

Bravo T'zami K.

Écrit par : philemon | 03/08/2014

Bonjour,
Une pensée pour les suisses de l’étranger, déjà exclus des votations, qui n’ont pas pu partager avec vous ce moment particulier, m’aurait fait extrêmement plaisir.
Pour le reste, je n’en attendais pas moins de vous. Félicitations Bravo et très bonne continuation.

S. Marzougui

Écrit par : Saida Marzougui | 03/08/2014

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