13/12/2013

Coupes dans les activités culturelles et sportives de la Ville?

Demain le Conseil municipal de la Ville de Genève se prononcera sur le projet de budget 2014. Comme cela a été abondamment relaté dans les médias, la droite élargie ne se contentera pas d'un budget équilibré - tel que le Conseil administratif l'a proposé - elle veut pouvoir voter un bénéfice de 20 millions de francs.


conseilmunicipal-jjkphoto.jpgPour ce faire, la droite élargie compte faire passer des coupes substantielles dans les prestations de la Ville de Genève, à hauteur de ce montant. Or, dans ces coupes, la droite élargie compte aussi "taper" durement dans les frais de fonctionnement courant de la Ville, en prétendant que c’est indolore. Ces lignes budgétaires sont en effet aussi des prestations qui touchent très directement la population au sens large, notamment dans les domaines de la culture et du sport.

En tant qu'organe délibératif, le Conseil municipal est souverain et peut évidemment modifier le budget (presque) à volonté.

Mais il ne faut pas faire semblant: ces coupes ne seront pas indolores, même dans les frais de fonctionnement. Les conséquences de ces choix doivent être connues, et assumées par celles et ceux qui les voteraient.

Au-delà des coupes inacceptables dans les effectifs existants de la Ville, dans des services qui exercent des missions essentielles (Unités d'action communautaire et Service Agenda 21 Ville-durable), la droite élargie veut couper 5.4% dans les "frais généraux", les "mandats externes", en disant que ce serait indolore car cela consisterait à ramener le budget 2014 au niveau 2013. C'est triplement faux!


Pour prendre l'exemple du domaine "culture et sports":

  • Sur la politique publique "culture et loisirs" (qui inclut culture et sport), l'augmentation effective des budgets de fonctionnement (la fameuse rubrique 31) est de 0%, comme les commissaires aux finances si zélés de la droite élargie auraient pu le constater par eux-mêmes.
  • En 2014, deux nouvelles infrastructures culturelles ouvriront, conformément à des choix largement majoritaires du Conseil municipal, et même du peuple: le Musée d'ethnographie et l'Alhambra. Le raisonnement de la droite consiste donc à dire qu'on doit fermer d'autres infrastructures ou prestations, message nouveau et particulièrement ravageur, dans une agglomération qui a augmenté sa population de 25% en 20 ans (et je rappelle que dans ce domaine, la Ville exerce des responsabilités pour toute l'agglomération). Par ailleurs, une partie des augmentations prévues en 2014 concernent la poursuite du processus de régularisation des Emplois de solidarité (EDS), demandée par une large partie du Conseil municipal, dont le MCG.
  • Par ailleurs, ce que la droite appelle abstraitement des "mandats externes", ce sont en fait des frais bénéficiant directement à la population au sens large. Ainsi les manifestations "grand public" comme la Fête de la Musique, Musiques en été, ou la Nuit des Musées voulue unanimement par le Conseil municipal, ou encore les écoles de sport, les activités des Bibliothèques municipales, les expositions dans nos musées comme la très populaire exposition "Oiseaux" au Muséum, sont financées sur ces lignes. De même, le travail de restauration des œuvres du patrimoine culturel, comme au Musée d'art et d'histoire ou au MEG. Au Service des sports, une telle coupe met directement en danger une partie importante des écoles de sport, des manifestations sportives ou encore du renouvellement courant du matériel sportifs.


5.4% en moins, indolore? C'est faux, d'autant plus que le Conseil administratif avait coupé déjà 2% sur ces lignes en 2013. Le Conseil municipal peut couper, bien sûr! La Ville survivra, bien sûr! Mais ces coupes ne seront certainement PAS indolores; elles touchent directement les habitantes et habitants de la Ville de Genève, sans oublier que ces budgets vont pour une très large majorité à des petites et moyennes entreprises (PME) de Genève.

Ceci étant, même avant le débat en séance plénière sur ce projet de budget, ces dernières semaines illustrent une évolution politique qui ne sera pas sans conséquences sur Genève, bien au-delà de ce vote, et on peut estimer que la Ville de Genève préfigure ce qui se passera au niveau cantonal.

  • La droite ne se contente plus d'exiger un budget équilibré, elle veut des bénéfices à tout prix, quitte à "casser" du service public. L'étape d'après, c'est de privatiser le service public, de créer des actionnaires de la collectivité publique et distribuer des dividendes?
  • En supposant que quelqu'un croyait encore au mythe "ni gauche ni droite" du MCG, il est définitivement effacé du radar politique, et on l'a vu déjà au Grand Conseil: le MCG est clairement à droite, version droite dure. Il en a parfaitement le droit mais il doit l'assumer.
  • La droite classique et notamment le PDC se sont alignés sur l'UDC et le MCG, et le PDC n'a jamais été aussi anti-gouvernemental que depuis qu'il est représenté au Conseil administratif. Les coupes ciblant prioritairement mes collègues Sandrine Salerno et Rémy Pagani et dans une moindre mesure mon département témoignent bien d'une volonté de pousser la logique partisane jusqu'au sein du Conseil administratif et de chercher à le diviser. Dont acte!
  • La manœuvre actuelle préfigure aussi les futures négociations fiscales telles qu'annoncées de manière limpide dans la Déclaration de St-Pierre mardi 10 décembre: diminuer, de gré ou de force, la capacité de la Ville de Genève à assurer ses missions afin de la rendre plus vulnérable face à cette négociation.

A la veille des commémorations du Bicentenaire de l'entrée de Genève de la Confédération, cette évolution rappelle des souvenirs funestes: en 1813, année de la "libération" de Genève, l'élite qui a repris le pouvoir à l'époque a non seulement mis en place une Constitution particulièrement rétrograde, qui a tenu jusqu’à la révolution fazyste de 1846 (où sont les radicaux d'antan, aujourd'hui?), elle a également supprimé la Ville de Genève comme commune. Cette dissolution a duré jusqu'en 1842, année où le peuple municipal a imposé le retour à l'existence de sa commune politique. Certains ou certaines rêvent-ils d'un remake?


hotel-de-ville-administration-municipale-ville-de-geneve.jpg© G. Pétremand

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