17/07/2013

Rétablissons les contrats de confiance !

Deux articles parus ces derniers temps  ont retenus toute mon attention. Selon le premier, paru le 12 juillet dans la Tribune de Genève, 160 000 m2 de bureaux seraient vacants dans le canton de Genève, en augmentation de 20 000 m2 depuis décembre 2012,  la moitié se situant dans la ville elle-même, en augmentation de 40 000 m2 sur six mois. Le second, paru le 16 juillet dans Le Courrier, insiste sur la pénurie de lieux accessibles pour la création culturelle émergente à Genève.


Gaspillage d’espace

Une abondance qui suscite de légitimes questions sur ce gaspillage considérable d’espace. L’espace est justement la denrée rare à Genève, pour de nombreux usages : logements bien sûr, mais aussi locaux abordables pour l’artisanat, les petits commerces, la culture, la formation, ou encore les loisirs à but non-lucratif.

Hiérarchie des valeurs ?

A l’époque où Genève connaissait de nombreux logements vides, les occupations étaient tolérées, générant non seulement une soupape pour des logements abordables mais aussi des lieux de création et d’animation culturelles, pépinière de nombreux artistes qui contribuent aujourd’hui au rayonnement de Genève. C’est à cette époque que Genève avait instauré le « contrat de confiance » permettant de régulariser temporairement une occupation en échange de la promesse d’un départ rapide si un projet de rénovation et d’occupation était validé et réalisé. Une pratique mise en place par Claude Haegi, élu du Parti libéral. En revanche, jamais cette tolérance des occupations illégales (squats) ou régularisées (contrats de confiance) n’a prévalu pour des locaux commerciaux.  Toute tentative d’occupation dans ce domaine s’est soldée par une évacuation rapide et musclée. Les mauvaises langues pourraient dire que les locaux commerciaux bénéficient ainsi d'une sacralisation autrement plus poussée que les logements, indiquant une hiérarchie des valeurs de certains milieux. Mais ne donnons pas d’importance aux mauvaises langues… 

Une bouffée d’air pour Genève

Aujourd’hui, la formule des contrats de confiance doit s'appliquer aux locaux commerciaux vides depuis plus de 6 mois et sans perspective de location. En effet, Genève connaît non seulement une pénurie aigue de logements à prix abordable, mais aussi de locaux pour des activités générant de la valeur économique, culturelle et sociale, mais ne pouvant en aucun cas payer des loyers commerciaux aux prix usuels à Genève. Ces locaux serviraient pour des artisans et des artistes, directement ou par le biais de collectifs et d’associations qui pourraient fonctionner comme garants du respect de la démarche, avec des durées brèves renouvelables de 6 mois en 6 mois. En aucun cas une panacée, mais une sacrée bouffée d’air qui limiterait le risque de perdre progressivement la substance de ce qui constitue nos forces vives en matière de créativité, d’innovation et d’animation ! Si certains de ces locaux sont convertibles temporairement en logements, pourquoi ne pas aussi envisager cette option !

Trouver des solutions audacieuses

Dans d’autres villes, les friches industrielles et les périmètres majeurs en cours de transformation urbaine servent de soupapes pour ce genre d’activités. C’est le cas à Bâle, Zurich, Berlin, Nantes ou d’autres villes européennes. Genève est une ville où les friches importantes sont quasiment inexistantes. Face à la crise aigüe qui frappe aujourd’hui Genève, il faut des solutions à la fois audacieuses et qui ont déjà fait leurs preuves !

10:05 | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

Commentaires

Le nombre de mètres carrés de bureaux qui ne sont pas loués est un véritable scandale, n'ayons pas peur des mots.

Cela explique la pénurie des logements, plus que l'espace est bien défini et il ne peut pas être augmenté.

La place accordée aux bénéfices des bureaux est beaucoup trop importante.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/07/2013

Cher Monsieur,
Vous me savez plutôt opposé à votre positionnement politique ce qui m’affranchit d'une quelconque tutelle sur ce plan. A titre personnel, je vous apprécie précisément pour votre ouverture d'esprit et votre sens pratique.

Bien entendu qu'il n'est pas normal de laisser une telle quantité de m2 vides d'occupants alors que non seulement nous connaissons un crise sans précédent, mais aussi et surtout parce que notre économie va connaître des bouleversements majeurs et qu'il convient de faire de Genève une pépinière.

Or ce qui manque le plus aux jeunes entrepreneurs ce sont les moyens d'investir dans des frais fixes. Le loyer en fait partie sans aucune doute et je pense que vous avez raison de vouloir restaurer les contrats de confiance. Ils évitent les déprédations dont des espaces vides sont la cible, ils assurent une rendement minimum au capital investi et, cerise sur le gâteau, ils permettent à des secteurs innovants de trouver un hébergement en centre ville.

Comme toujours, il y a un mais. Il n'est pas insurmontable pour autant que tout le monde joue le jeu, y compris les autorités, judiciaires notamment.

Ce qui permet à ces contrats d'exister c'est leur fiabilité juridique. Il est donc essentiel que les termes en soient respectés à la lettre et qu'aucune dérogation ne soit possible et que tout recours, au moment de leur restitution soit exclu.

Cette condition remplie, il me semble tout simplement logique que ces mètres carrés vacants puissent être mis à disposition le plus rapidement possible. Il conviendra aussi de veiller à ce que cette mesure de saine économie ne vienne pas perturber le marché immobilier usuel. Il y a peut-être quelques cautèles à mettre en place le moment venu.

Merci de cette réflexion, elle apporte un élément constructif à ce débat important du renouveau de notre économie grâce à des mesures simples et efficaces.

Cordialement,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 17/07/2013

Bonjour Sami,

Je vous rejoins sur le fond et je pense également que cette approche peut être positive pour Genève, tant d'un point de vue culturel que "micro" économique.
J'aimerais rappeler qu'il y a un précédent: un contrat de confiance a bien été signé pour Artamis en 1996, couvrant les 15'000 m2 des anciens locaux des SIG.
Le contrat avait été signé par Claude Haegi et Guy-Olivier Segond pour le Conseil d'Etat, sur la base d'un dossier très complet que nous leur avions fourni, détaillant le réaménagement prévu, l'affectation de chaque lieu, etc...
L'expérience d'Artamis est riches en enseignements. Certains volets ont très bien fonctionné, d'autres nous ont surpris et ont réduit la portée du projet.
Avec le recul, je considère que l'affectation de locaux commerciaux pour des activités culturelles / créatives via des contrats de confiance mérite d'être explorée, tout en anticipant certaines difficultés inhérentes à ce type d'entreprise ( structure, organisation, mais surtout que des tels lieux soient des "trampolines" porteuses d'espoir et non pas une voie vers une précarité institutionnalisée ).
Et ceci afin que, politiquement, une telle démarche puisse être un succès et se développer dans le temps.

Bien cordialement, Alexandre

Écrit par : Alexandre Iordachescu | 17/07/2013

Le rêve dans un monde capitaliste s'appelle argent et non socialart !

Écrit par : Genf | 17/07/2013

On constate aisément que la tactique de ceux qui pensaient vider le centre ville de ses bureaux et les remettre sur le marché de la location locative est tout faux.

Cela ne fonctionne pas.

Il serait bien temps d'interdire désormais toute nouvelle construction de bureaux sur tout le territoire du Canton tant et aussi longtemps que ceux mis en cause n'auraient pas trouvé acquéreur.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/07/2013

Cher Sami,

voilà une belle initiative pour ouvrir des "friches du possible", que je soutiens vivement ! Elle ne doit pas toutefois nous épargner la réflexion plus fondamentale sur la manière dont la ville peut faire place durablement aux activités qui ne répondent pas d'emblée aux attendus de la rentabilité (expérimentation mais aussi apprentissage et convivialité).

De plus, c'est une solution qui devrait peut-être être aussi appliquée aux locaux de l'Etat - comme ceux de Picto - pour éviter que l'on recoure à des fonds privés (Fondation Wilsdorf) pour payer un loyer à l'Etat pour loger des artistes expulsés à l'époque de ce qui avait été justement le premier contrat de confiance relatif à un espace commercial/industriel (Artamis) !

bien cordialement,
Luca Pattaroni

Écrit par : luca | 18/07/2013

Oui Messieurs les politiciens, maintenant que les jours sans gloire du clown triste Zappelli et de son bras armé sont finis, il faut rétablir au plus vite les contrats de confiance à Genève qui à travers des loyers bas ou gratuits favoriseront la création de lieux qui pourront proposer à nouveau de la vraie culture alternative, avant que tous les bons jeunes artistes de cette république ne soient partis et que ces années de disette ne se fassent trop sentir dans le futur output culturel de cette ville dans les 10 prochaines années.

De plus il faut une refonte des budgets dévolues à la culture pour donner plus d'argent aux bons projets culturels modernes et en phase avec leur temps et sa jeunesse, y compris les musique actuelles qui étrangement en sont toujours le parent pauvre... alors qu'elles ne sont souvent pas véritablement commercialement viables car les concerts de bons groupes émergents/confirmés coûtent cher à organiser et que l'entrée ne peut dépasser un certain pallier sinon c'est trop cher pour le public qui vient à ces concerts... S'il n'y a pas de volonté politique et/ou possibilité d'augmenter le budget de la culture de cette catégorie d'événements culturels, un peu moins d'argent aux grandes institutions qui en gaspillent une partie et plus aux petits projets qui en valent vraiment la peine quand on s'y intéresse réellement et qu'on regarde de plus près leur fort impact culturel et social sont nécessaires.

Daniel Rosenthal, directeur artistique du Festival de musique Ecoutes au Vert http://www.ecoutesauvert.net - http://www.facebook.com/ecoutesauvert

Écrit par : Daniel Rosenthal | 18/07/2013

Le contrat de confiance a été rompu par vos amis parasites quand ceux-ci refusaient de quitter les lieux squattés, parfois durant des décennies. Alors, ne venez pas de parler de confiance, à gauche on n'a aucune parole.

Écrit par : QueFaire | 19/07/2013

Votre proposition est d'autant plus louable qu'elle vise à instaurer une pratique qui, à moins que mes souvenirs me trahissent fâcheusement, émanait autrefois d'un maire du parti Libéral, Monsieur Haegi.
Cela n'enlève absolument rien à son mérite ni au vôtre, mais je trouve utile et intéressant de relever cet écart par rapport à ceux qui refusent d'accorder tout mérite à une idée venant d'une ennemi politique.

Écrit par : Mère-Grand | 19/07/2013

Il est manifeste en lisant les commentaires que vous censurez tout message qui ne soit pas béatement admiratif de votre mirifique concept... Le Socialisme, quoi.

Écrit par : Amusé | 19/07/2013

Marrant: tous les bouffeurs de subventions se sont donnés rendez-vous ici...

Écrit par : QueFaire | 19/07/2013

A toutes celles et tous ceux qui ont pris le temps d'émettre un commentaire, je les en remercie. Ils montrent que le débat fait sens et doit avoir lieu; il suscite des réactions parfois même passionnées, mais aussi assez convergentes dans l'ensemble, quelles que soient les tendances politiques. Au vu de la pénurie forte de locaux abordables à Genève, ce débat est prometteur.
@PatrickDimier: En effet, la fiabilité de instrument et le respect de l'accord constituent des conditions importants pour le succès de la démarche.
@Mère-grand / @Alexandre Iordachescu: J'ai cité dans mon texte le fait que les contrats de confiance ont été instaurés à l'époque par Claude Haegi. Guy-Olivier Segond a également joué un rôle important.
@Luca Pattaroni: Oui, bien sûr, en aucun cas ce débat ne doit occulter celui sur la mise à disposition durable de locaux à prix abordable pour les activités culturelles ou sociales, y compris pour les entreprises à vocation culturelle.
D'ailleurs la Ville se bat pour le renforcement des PUS (plan d'utilisation des sols), seul instrument légal à sa disposition, qui règle (entre autres) l’affectation des arcades et leur loyer.
@Amusé: Votre commentaire témoigne d'un esprit quelque peu soupçonneux. Tous les commentaires liés à cette contribution ont été publiés. dont le vôtre et celui de QueFaire. Désolé de votre déception s'ils sont largement positifs! Les seuls commentaires qui ne sont pas publiés sont ceux qui seraient clairement insultants, conformément à la Charte des blogs de la Tribune de Genève que je dois respecter, et cela m'est arrivé une seule fois en plus de deux ans.
En ce qui concerne le commentaire de @QueFaire, il est faux, puisque les contrats de confiance ont été largement respectés et ont fait leurs preuves à cette époque. De nombreux artistes, dont Genève est fière aujourd’hui, ont commencé à se produire dans ces lieux. En revanche, dans certains cas, des squats, sans contrat de confiance, ont cherché à prolonger leur existence, ce qu'on peut comprendre, au vu de la crise du logement et de la spéculation qui ont souvent marqué ensuite ces lieux.

Les commentaires sont désormais fermés pour cet article-ci, encore merci à toutes et tous.

Écrit par : Sami Kanaan | 19/07/2013

Les commentaires sont fermés.