13/05/2013

Pourquoi je voterai NON le 9 juin

Il y a presque deux ans, alors que je venais d’entrer en fonction comme Conseiller administratif en Ville de Genève, j’étais invité à intervenir dans le cadre des célébrations des 60 ans de la Convention de Genève relative aux statuts des réfugié-e-s. A l’époque, une marche symbolique avait été organisée, reliant à pied Genève, siège du Haut Commissariat aux réfugié-e-s (le HCR, créé la même année), à Lyon, suivant le chemin inverse des Huguenots à une époque où un-e habitant-e sur huit à Genève était réfugié-e.

Alors que nous allons voter le 9 juin prochain sur de nouveaux durcissements de la LAsi, loi sur l’Asile, dont on s’inquiétait déjà en 2011, je m’interroge aujourd’hui sur les véritables motivations de cette révision, mais surtout, sur les conséquences qu’elles entraîneront.


Pour que la situation tragique de Lampedusa ne se répète pas !

Cette révision me rappelle les vagues d’immigré-e-s débarquant, durant cette année meurtrière que fut 2011, sur la petite île de Lampedusa, située entre l’Afrique du Nord et la Sicile. C’est sur cette île que cette année, 52'000 personnes, dont une grande majorité depuis la Libye et la Tunisie, avaient débarqué, alors que plus de 1’500 personnes avaient perdu la vie durant ces traversées, soit environ 8 personnes par jour en moyenne.

La situation politique était particulière, certes, mais la plupart de ces victimes, fuyant les conflits et la disette, ont dû verser des sommes importantes à des passeurs, afin de pouvoir traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune. 

Quel lien avec la votation du 9 juin ? La loi qui sera soumise à votation aura, si elle est votée par le peuple, une incidence tragique sur le nombre de traversées et d’humains conduits vers la mort. Elle apporte un soutien direct aux criminels que sont les passeurs et trafiquants d’êtres humains.

Augmenter la criminalité internationale et renvoyer vers les persécutions ?

En effet, le fait de supprimer la reconnaissance des motifs d’asile de désertion et d’objection de conscience, et de supprimer le dépôt de demandes par les ambassades à l’étranger ne résoudra nullement les problèmes du chômage, du manque de logement ou de mobilité, voire de délinquance, que nous connaissons à Genève et dans d’autres villes suisses. Le seul effet de cette loi sera de rendre encore plus difficile le sort de personnes dans des pays où elles sont emprisonnées arbitrairement, voire torturées et assassinées. En rendant infiniment compliqué le dépôt de demandes d’asile, cette révision va contribuer à la criminalité internationale en alimentant les réseaux de passeurs qui font chanter (ou pire) des gens en situation de détresse. Il est assez paradoxal que les mêmes qui proposent aujourd’hui ce durcissement sont ceux qui encore récemment se plaignaient d’un trop grand flux de requérant-e-s en Suisse et exigeait que les requérant-e-s déposent leur demande exclusivement depuis l’étranger. Ces dernières années, près de 4'000 personnes ont déposé leur demande d’asile via une ambassade suisse, environ 3'100 demandes ont été traitées depuis, et dans 80% de cas un motif suffisant de leur a été accordé. Cette voie a donc permis de sauver la vie de plus 2'500 personnes et on veut la supprimer !

Dans les autres éléments choquants de cette révision, citons la suppression du droit de déposer une demande d’asile pour motifs de désertion ou d’objection de conscience, alors que là aussi des individus essaient au péril de leur vie de refuser de participer à des opérations de répression dans des forces militaires coupables de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.

Exploitation jusqu’à la nausée, mais quelles solutions ?

Dans les faits, l’UDC, le PLR et une bonne partie du PDC ne soutiennent pas une quelconque amélioration de la gestion de l’asile en Suisse, ou une diminution de problèmes réels ou supposés liés à la présence de requérant-e-s en Suisse. Concrètement, par le biais de ce projet de loi, ils se rendent complices de la criminalisation des requérant-e-s, des passeurs et des trafiquants. Il est d’ailleurs notoire que l’UDC en a fait l’un de ses principaux fonds de commerce, depuis plusieurs années, exploitant jusqu’à la nausée la thématique de l’asile pour mieux détourner les citoyennes et citoyens de réels problèmes, comme le chômage ou le logement. L’UDC a réussi, année après année, à criminaliser les requérant-e-s de manière collective, à leur interdire de travailler légalement à leur supprimer l’accès aux prestations sociales, les précipitant dans la clandestinité, voire la criminalité.

Arrêtons de faire croire que la Suisse accueille « toute la misère du monde». C’est faux, puisque les requérant-e-s d’asile en Suisse représentaient, en 2012, 0.1% des requérants d’asile du monde entier, ayant fui la guerre ou des situations de persécution : un pour mille !!! Ce dont il faut se rappeler, c’est que 80% des réfugié-e-s de la planète sont hébergés dans des « pays en développement ». Plus de la moitié des réfugié-e-s se trouvent en Asie et près de 20% en Afrique. Les plus de 42 millions de déraciné-e-s représentent à peu près l'ensemble de la population de la Colombie ou de la République de Corée, ou encore de la Scandinavie et de Sri Lanka à la fois. Par ailleurs, le HCR estime que 75 % des réfugié-e-s sont des femmes, très souvent victimes de viols, de mutilations sexuelles, de contraintes à avorter ou de stérilisations forcées, et des enfants. Ce pourcentage peut même atteindre 90 % dans certains cas, lorsque les hommes ont été enrôlés comme combattants ou tués lors d'affrontements.

Promouvoir la paix, la dignité et le développement

Aujourd’hui, nous avons la possibilité de nous opposer à ces vies sacrifiées en mer ou ailleurs, à ces hommes et ces femmes qui ont condamné leur vie dans l’espoir de connaître un avenir meilleur. La Convention susmentionnée visait à résoudre la problématique des nombreux-ses réfugié-e-s européen-ne-s issu-e-s de la Seconde Guerre mondiale et qui étaient encore dispersé-e-s à travers toute l’Europe et face aux tensions politiques entre l’Est et l’Ouest. Leurs vies étaient alors menacées tout comme celles des réfugié-e-s d’aujourd’hui.

Alors, je me rappelle aussi l’appel d’Antonio Gutierres, Haut commissaire du HCR de juin 2011 : « Nous devons faire davantage pour que, partout, les frontières restent ouvertes et pour garantir l'accès à des procédures d'asile équitables. (…) Nous devons agir davantage afin de promouvoir la paix dans les pays d'où viennent les réfugié-e-s et pour les aider à rentrer chez eux dans la sécurité et la dignité. (…) Dans notre monde d'aujourd'hui, il est préoccupant d'observer les idées fausses sur les mouvements de réfugiés et le paradigme de la protection internationale ». « Les craintes d'afflux supposé de réfugiés dans les pays industrialisés sont très exagérées ou associées à tort avec des problèmes relatifs à la migration. En attendant, ce sont les pays les plus pauvres qui doivent supporter le plus lourd fardeau. » cf : http://www.unhcr.fr/4e009616c.html

Cette révision de la loi est profondément choquante, car elle exploite et nourrit des angoisses en focalisant sur un bouc émissaire, ne résout absolument rien, et augmente le risque de victimes injustifiées.

Pour éviter de nouveaux drames à Lampedusa et ailleurs, je voterai NON le 9 juin à la révision de la loi sur l’Asile et vous invite vivement à en faire de même.

Pour participer à la campagne, vous pouvez faire vos dons à:

Coordination contre l’exclusion et la xénophobie
www.stopexclusion.ch

1200 Genève
CCP : 17-78082-7
IBAN : CH40 0900 0000 1707 8082 7

 

08:25 Publié dans Genève, Genève et la Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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