11/03/2013

Le livre, un bien essentiel à la vie !

Il y a exactement un an, le 11 mars 2012, le peuple suisse refusait malheureusement la solution proposée pour le prix unique du livre (LPL) ; rappelons que la Suisse romande et plus particulièrement Genève avaient accepté cette proposition qui permettait de maintenir une offre diversifiée, un réseau dense de libraires et une chaîne indépendante et complète du livre.


A présent, une autre épée de Damoclès pèse sur le marché du livre en Suisse romande, contribuant à le fragiliser : le verdict prochain de la Commission fédérale de la concurrence (COMCO) qui a accusé treize diffuseurs /distributeurs de livres d’agissements incompatibles avec la Loi sur les cartels.

Si, à priori, cette question peut paraître légitime (un livre français est effectivement et visiblement plus cher en Suisse qu’en France), plusieurs éléments montrent cependant que le rôle de ces diffuseurs est plus complexe qu’il y paraît. En effet, en plus de remplir une fonction pratique de distributeur (plateformes de stockage et d’envoi de livres), les diffuseurs s’occupent également de l’aspect promotionnel, des informations et de la communication sur les nouvelles parutions. De plus ils offrent au libraire un système de retours des livres invendus et favorisent donc une prise de risque mesurée de ce libraire, sans oublier la garantie d’une livraison rapide d’un très grand choix de titres. Si ce modèle de diffusion explose, les libraires indépendants seraient confrontés à d’importants problèmes d’approvisionnement et de fonctionnement, et toute la chaîne du livre (des écrivains aux libraires, en passant bien sûr par les éditeurs) serait alors en grand danger.

Consciente de l’importance d’une vie littéraire locale mais aussi pour son rayonnement (ne venons-nous pas de fêter en 2012 le plus illustre de ses écrivains, JJ Rousseau ?), la Ville de Genève a développé, en concertation avec le canton et la profession, une politique du livre active sur toute la chaîne du livre. En effet, neuf maison d'édition genevoises sont conventionnées en tant qu’actrices culturelles, des soutiens directs à la publication d’ouvrages sont régulièrement octroyés, le Salon du livre bénéficie d’une subvention annuelle, tout comme la Maison de Rousseau et de la littérature qui vient de voir le jour, des bourses à l’écriture et à l’illustration sont proposées, ainsi que des prix pour la bande dessinée. En outre, la création d’un label pour les librairies indépendantes de qualité, valorisant leur apport à la vie culturelle et de quartier, est en préparation. Cette concertation se matérialise au sein de la Commission consultative pour la mise en valeur du livre (CCMLV), qui réunit la Ville, le canton, et les milieux concernés. Une réflexion est en cours aussi à l’échelle lémanique et romande, afin de favoriser une collaboration entre villes, notamment, et plus largement entre collectivités, pour que les efforts se conjuguent dans le bon sens. On peut citer le rôle du Salon du Livre, ou des manifestations comme Livres sur les quais à Morges, ou celles initiées par la Ville de Genève (Fureur de Lire, Poésie en ville). Quant aux bibliothèques municipales (BMU) et à la Bibliothèque de Genève (BGE), elles collaborent régulièrement avec les écrivains, les éditeurs et les libraires genevois, mais participent aussi à l’animation autour du livre, afin de donner envie de lire et de partager ce qu’on a lu.

Je suis persuadé que les auteur-e-s, les éditeur-trice-s et les libraires jouent un rôle culturel essentiel, et en toute complémentarité dans la cité. De plus, les librairies font partie d’un réseau d’entreprises à vocation culturelle, comme les cinémas indépendants, et donc d’un tissu social, économique et culturel de proximité vital pour la vie régionale. Il conviendra donc que les collectivités publiques soient attentives aux conclusions de la Comco et prêtes à se mobiliser, dans le cas où celles-ci seraient de nature à mettre gravement en danger nombre de libraires indépendants et, par effet de domino, nos éditeur-e-s et écrivain-e-s !

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Commentaires

Si le rôle d'encouragement à la culture par l'Etat est à encourager, il apparait souvent que les subventions et autres contributions sont mal distribuées, sur des critères opaques et par des comités inconnus.
Souvent, les grosses structures, telles que le Grand Théatre ou l'OSR, reçoivent le jack pot alors que les indépendants, les alternatifs se battent sans soutien par leur seule volonté de survie. Ils sont les garants d'une certaine indépendance et de liberté d'expression qui trouve son public.
Pouvez-vous nous dire quelles sont les neuf maisons d'édition qui ont été sélectionnées, sur quels critères et par qui ?
Merci

Écrit par : Pierre Jenni | 11/03/2013

Cher Monsieur,

il y a en fait actuellement sept conventions en cours (et non 9, je m’en excuse), ratifiant une collaboration de longue date entre ces maisons et le Service culturel de la Ville de Genève. D’une part des maisons "historiques", avec un rayonnement confirmé au-delà de nos frontières, comme Zoé, Labor&Fides, Olizane et la Joie de Lire. Deuxièmement des maisons avec un fonds ambitieux et de qualité dans leur domaine, comme Heros-limite, Atrabile, ou MetisPresse. Et pour finir, une 8ème, Samizdat, maison d'édition de poésie dont la convention n'a pas encore été formellement conclue, mais qui est soutenue régulièrement.

Toutes ces conventions sont disponibles sur le web :
http://www.ville-geneve.ch/administration-municipale/departement-culture-sport/argent-public/conventions-subventionnement/

Par ailleurs, toutes les maisons d'éditions, hormis celle qui sont conventionnées, peuvent postuler à des subventions ponctuelles pour un projet éditorial auprès de la commission livre de la Ville de Genève qui se réunit deux fois par an. Une manière d’assurer un soutien aux structures émergentes.

Écrit par : Sami Kanaan | 21/03/2013

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