06/02/2013

Des musées pour construire l’avenir

Comme le relevait Elisabeth Chardon dans l’édition du Temps du week-end dernier, Marseille a lancé son année de Capitale européenne de la culture les 12 et 13 janvier derniers. Les visiteurs et visiteuses profiteront d’un programme très riche durant toute l’année avec plus de 400 événements prévus. Mais surtout, les habitant-e-s de la Cité phocéenne auront une année pour s’approprier pas moins de 6 équipements muséaux rénovés ou nouveaux, dont le fameux Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), projet national conçu il y a plus de 10 ans.


L’exemple marseillais ?

Ce que révèlent ces ouvertures muséales, qui se succéderont durant 2013, c’est le formidable élan qui est donné à cette capitale culturelle qui rayonnera au-delà de cette seule année. Certes, le choix symbolique de l’emplacement de ces musées, proches ou au Vieux-Port, est lié au projet de « rénovation urbaine Euroméditerranée ». Il vise à réaliser un quartier équilibré entre les besoins en termes d’emploi, de logement et d’équipements, tout en préservant la cohésion sociale, afin de réaménager et de développer la ville. L’occasion également de créer une des plus vastes zones piétonnes d’Europe en réaménageant le Vieux-Port, agora permanente, qui a été libéré de 50% de la circulation des voitures. Ces nouveaux musées s’inscrivent dans un projet de réaménagement global et participent ainsi à la création d’une identité forte de la ville et d’un attrait touristique régional.

Au final, de meilleurs projets

La Suisse n’est pas en reste, puisque, rien que dans le domaine des Beaux-arts, 5 projets sont actuellement en cours à Coire, Zurich, Bâle, Lausanne et bien sûr Genève, dont les ouvertures devraient démarrer à partir de 2016. Ils sont le résultat d’un parcours long et parfois sinueux mais au final, largement fructueux, avec des projets bonifiés et portés par une volonté politique et populaire forte.

Le projet d’extension du Kunsthaus de la Ville de Zurich, devisé à 206 millions de francs, réserves comprises, a été soutenu en votation populaire le 25 novembre dernier par 53.9% de la population. Après 5 ans de travaux de rénovation, une extension s’avérait indispensable, afin de lui permettre de « co-organiser des expositions, prêter des œuvres et accueillir le public sur le long terme ». Fin 2008, le projet de l'agence d'architecture David Chipperfield avait gagné le concours d’architecture. Le projet de base avait alors dû être revu, suite aux différentes critiques, afin de mieux répondre aux besoins des utilisateurs et d’adapter le bâtiment à son environnement.

Le Canton de Vaud a également connu un certain nombre de difficultés avant de pouvoir aller présenter le projet de futur pôle muséal de Lausanne au Salon international des musées de Paris la semaine dernière. Après l’opposition populaire, en 2008, au projet de nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts au bord du lac, le canton avait alors revu sa copie et proposé un nouveau projet, devisé à 75 millions de francs, dans le quartier de la gare CFF, intégrant le Musée de l’Elysée, le Mudac, la fondation Felix Vallotton et le fonds Toms Pauli. Ce nouveau pôle s’inscrit également dans un projet de transformation et d’agrandissement de la gare, cœur et nerf de la ville.

Une dynamique urbaine vers l’avenir

Ces projets poumons pour les agglomérations et les villes se sont révélés convaincants, de par la participation aux développements régionaux qu’ils apportent, mais aussi de par les consensus qu’ils ont pu susciter, indépendamment des couleurs politiques. Tous ont en commun des difficultés dans les choix des sites sur lesquels se (re)créer, dans leur financement, ou même, dans leur mode de financement. Mais ils partagent aussi leurs qualités de vecteurs de cohésion, d’union et de force pour faire avancer les villes, pour les positionner, pour construire le vivre ensemble. Ils sont le reflet de réussites communes, à l’instar du projet du Louvre-Lens qui a ouvert ses portes le 12 décembre dernier. Ce projet, devisé à 150 millions d’euros, a mis 7 ans à voir le jour. Il répond à une volonté de décentralisation, mais il est surtout le symbole d’une nouvelle dynamique, appuyée sur un développement culturel préexistant dans la région, et d’une volonté de regarder l’avenir.

Un rôle essentiel au service de la population

L’effet Bilbao est-il transposable ? La culture ne doit pas non plus être considérée comme un remède miracle à la crise. Mais le développement des infrastructures culturelles est une contribution à valeur hautement ajoutée au développement d’une région. Il est porteur d’espoir, d’ouverture, de convivialité et une participation indéniable à son attractivité. Nos musées ont aussi pour mission de développer le rayonnement de Genève, de faire venir de nouveaux touristes, mais leur mission première, est et restera celle d’être au service de la population locale, de refléter et alimenter sa culture, de valoriser et transmettre son patrimoine et de servir ses ambitions.

Alors, si Marseille, Bâle, Zurich et Lausanne y arrivent, pourquoi pas Genève ? Le futur MEG est en chantier et le Musée d’art et d’histoire enfin rénové et avec une belle extension pourrait voir le jour ces prochaines années. Une opportunité pour construire l’avenir de notre Ville !  

10:54 Publié dans Air du temps, Genève, Musées | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.