15/12/2012

Sauvegarder et valoriser le patrimoine des Musées d'art et d'histoire

Déjà cet été dans les colonnes du GHI, puis récemment dans 20 Minutes et le Courrier, on a pu lire qu'il y a des soucis en matière d'effectifs de surveillance et d'accueil aux Musées d'art et d'histoire, ainsi que de conditions inacceptables de température dans le bâtiment, conduisant à la fermeture temporaire de certaines salles. Je souhaite y apporter quelques précisions par ce billet, afin d'une part d'expliquer des réponses que j'apporte pour abroder ces soucis et d'autre part des efforts que j'enteprends pour valoriser ce patrimoine exceptionnel que représente les Musées d'art et d'histoire, pour Genève et sa région.


C'est un fait que, depuis des années, le Musée d'art et d'histoire connaît des problèmes sérieux en lien avec les effectifs pour l'accueil et la surveillance, et des problèmes croissants dus à l’absence d’entretien sérieux du bâtiment depuis des dizaines d’années.

Lorsque je suis arrivé au Conseil administratif en juin 2011, j'ai dû constater l'existence d'un dépassement budgétaire substantiel en matière de surveillance et en même temps une insuffisance d'effectifs, palliée en partie par un recours de plus en plus systématique à des agences de surveillance privées et à des "emplois de solidarité" (EDS).

Les dépassements budgétaires ne peuvent pas constituer un outil de gestion pertinent à long terme. De plus, le recours à des agences privées, s'il peut se justifier pour des renforts ponctuels (notamment pour des expositions temporaires), n’est pas souhaitable comme solution permanente pour pallier un manque d'effectifs dans le personnel fixe des musées. De même, le recours aux EDS est franchement inadéquat dans ce genre de contexte, car cela consiste à mobiliser des personnes sous-payées et pas forcément qualifiées pour cette fonction, en vue d’exercer le même rôle, dans les mêmes espaces, que des huissiers-surveillants professionnels employés par la Ville de Genève, avec les mêmes responsabilités importantes pour l'accueil des publics et la sécurité des personnes et des biens culturels. L’organisation actuelle n’est donc clairement plus pertinente, même s’il faut saluer l’engagement au quotidien d’un personnel compétent et consciencieux.

Outre le problème des effectifs il y a incontestablement aussi un problème de plus en plus aigu de conditions météorologiques, avec des températures qui descendent régulièrement à 12 degrés en hiver lorsque souffle la bise et qui montent à plus de 40 degrés en été dans les salles des Beaux-Arts, ce qui est néfaste pour les œuvres et inacceptable pour accueillir les publics. Ceci confirme, si besoin en était, la nécessité de rénover enfin ce bâtiment qui est à bout de souffle, et de lui procurer des surfaces supplémentaires pour la mise en valeur accrue de ses très riches collections, comme celle de l'Horlogerie, pour ne citer qu'un exemple. J’ai demandé à la direction des MAH et au Collège des conservateurs-/trices la mise en place d’un véritable programme de promotion et de valorisation destiné prioritairement aux habitantes et habitants de Genève. Il est progressivement concrétisé, à travers, par exemple, des visites spécifiquement organisées et adaptées via de la médiation aux jeunes des Maisons de Quartier, ou encore un partenariat à développer avec Cité Seniors.

Ceci étant, la crédibilité d'une démarche de mise en valeur passe aussi par une gestion exemplaire des deniers publics. Cette exemplarité est une exigence que je considère comme normale en tout temps, mais elle l’est d’autant plus que les citoyennes et citoyens de la Ville de Genève et les partenaires privés du MAH seront sollicités pour un effort important en vue de la rénovation-extension du plus important musée de la région.

Depuis mon entrée en fonction, nous avons initié un important travail de mise à niveau de l'organisation de l'accueil et de la surveillance, passant par une sortie progressive du système des EDS (qui bénéficieront de mesures d’appui et de formation afin de favoriser leur réinsertion professionnelle, en Ville ou ailleurs) et un recours plus ciblé aux agences privées. C'est ainsi qu'une des rares augmentations prévues dans le budget du département de la culture et du sport pour 2013 concerne justement les MAH, avec un montant de 640'000 francs pour l'accueil et la surveillance, et je remercie le Conseil municipal de m'avoir soutenu.

A court terme, et la presse s'en fait l'écho, il est exact qu'il a fallu prendre des mesures urgentes pour assurer à la fois la sécurité des visiteurs et des biens, et limiter l'ampleur des dépassements budgétaires. Ainsi le MAH ouvre ses portes à 11 heures au lieu de 10 heures le matin, sachant que l'accès aux classes et aux groupes organisés est toujours garanti dès 9 heures. Et il arrive (très ponctuellement !) que certaines salles soient fermées lorsque les effectifs présents sont vraiment trop bas, ou les températures des salles trop basses ou trop élevées. Il faudrait en théorie au moins 15 personnes de plus dans les effectifs fixes pour assurer un rythme normal de fonctionnement, postes que nous n'avons pas et que nous ne pouvons pas inventer.

Cette situation, fort regrettable, résulte d'un héritage de plusieurs décennies, qui s'aggrave avec les années; c'est aussi le cas pour l'état général du bâtiment. Une chose est certaine: on ne peut pas juste faire semblant qu'on peut continuer ainsi, comme si de rien n'était. La situation est malsaine et fait partie des constats critiques qu'on peut faire autour des problèmes structurels du MAH.

Ces problèmes handicapent de plus en plus ses capacités à exercer ses missions autour d'un patrimoine de grande valeur, reconnu comme étant un des plus riches et originaux de Suisse et d'Europe. Ma priorité fondamentale est de tout entreprendre pour que le MAH puisse développer, étendre et renforcer sa capacité à exercer ses missions, au service du patrimoine, des habitantes et habitants de la région genevoise et pour le tourisme. Cette priorité est essentielle en soi, mais encore plus en cette période de changements profonds dans la vie de l'agglomération genevoise, période où les institutions patrimoniales peuvent jouer un rôle clé. Ceci passe par une dynamisation de tout ce qui permet de valoriser les collections existantes, l'organisation de visites et d'expositions même ponctuelles auprès des publics genevois, les collaborations entre musées genevois, publics et privés, les échanges entre différentes institutions culturelles, les projets communs avec d’autres acteurs de la société civile genevoise, etc.

Et en ce qui concerne l’accueil et la surveillance des musées publics genevois, j’ai initié les démarches visant à faire évoluer l’ensemble de notre système (organisation, outils, profils de compétence du personnel). L’ouverture du MEG agrandi en 2014 et la perspective de la rénovation-extension du MAH nous incitent d’autant plus à aller dans ce sens.

Genève dispose d'un Musée d'art et d'histoire d'envergure remarquable, ce qui constitue non seulement une chance mais aussi une responsabilité, celle d'assurer les moyens qui lui permettent d'assurer ses missions dans de bonnes conditions au service du patrimoine genevois et des habitantes et habitants de la région.

 

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