31/08/2012

Un pont esthétique qui marque un tournant symbolique!

Ce jeudi 30 août a lieu un événement réjouissant à Genève : l’inauguration d’un ouvrage d’art (dans tous les sens du terme !), en l’occurrence un nouveau pont. Evénement qui mérite d'être relevé, car ce n’est pas tous les jours qu’un véritable pont est inauguré dans une ville (le dernier à Genève étant le pont de la Fontenette, en 1971!).


L’histoire est à la fois très typique pour Genève, et très particulière. Très typique car le nouveau Pont Hans-Wilsdorf (car c’est de ce pont qu’il s’agit) remplace une passerelle provisoire installée par l’armée peu après la Deuxième guerre mondiale et qui devait durer quelques années, le temps qu’un « vrai » pont soit construit. Il aura fallu attendre plus de 60 ans ! Comme quoi, à Genève, pour construire dans la durée, il faut apparemment construire du provisoire. L’histoire est aussi très particulière, puisque ce pont a été généreusement offert par un mécène privé, la Fondation Hans-Wilsdorf.

On pourrait déjà conclure ici en disant à quel point c’est une belle histoire, avec un joli happy end. 

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Mais cette histoire a une autre facette qui la rend encore plus séduisante, à savoir une belle victoire de la raison et du progrès en matière de gestion du trafic urbain, grâce à une alliance inédite et improvisée entre les habitant-e-s du quartier, la municipalité, les associations de promotion d'une mobilité raisonnable comme l'ATE et Pro-Vélo ... et la Fondation Hans-Wilsdorf.

Par définition un pont relie deux rives et, dans ce cas, deux morceaux de ville: un morceau classique, ancien mais très dense et vivant, celui de la Jonction, et un morceau de ville en pleine transition, appelé à s'urbaniser et à devenir un pôle majeur de Genève, le secteur Praille-Acacias-Vernets, avec notamment 1'000 nouveaux logements sur le périmètre de l'actuelle caserne. C'est donc avant tout un pont qui relie deux quartiers, et subsidiairement d'autres secteurs. Il suffit de passer sur ce pont pour se rendre qu'il est conçu et construit pour un trafic modéré. Il est inimaginable de le traverser rapidement en voiture, le 30 km/ paraissant la vitesse maximale possible.

Or certains milieux très peu inspirés ont exercé une pression considérable sur le canton, qui a la haute main en matière de règles de trafic, afin de classer le pont et la rue en axe autorisé à 50 km/h, en dépit de tout bon sens. Cela aurait été absurde et aurait gâché cette belle fête. Mais jeudi 30 août en matinée, Michèle Künzler, conseillère d'Etat en charge des questions de mobilité a confirmé que la rue (et le pont!) serait prochainement classée en zone 30 km/h, et on ne peut que la remercier et la féliciter pour cette prise de position. C'est une très belle victoire, pour les habitant-e-s du quartier, les enfants allant à l’école, les client-e-s des petits commerces de proximité et donc pour les commerçant-e-s eux-mêmes, les visiteurs des terrasses et bistrots, les artisans professionnels, etc.

On exagère à peine en disant que c'est un véritable tournant (paradoxe pour un pont et une rue tout à fait rectilignes!). Il existe un vieux réflexe à Genève, encore bien vivace, qui a tendance à vouloir orienter les décisions de la politique de mobilité uniquement en fonction des gens qui viennent travailler en ville et habitant à l'extérieur, et dont la majorité se déplacent en voiture. Cela donne des résultats qui méprisent la réalité urbaine et qui renforcent une tendance désastreuse, à savoir la transformation du centre en une « ville-boulot ». Les gens viennent travailler et repartent aussitôt après, au détriment de l’habitat, de la qualité de vie, de la mixité. Un exemple récent est celui du refus d’accepter des mesures efficaces de suppression du trafic de transit à la Rue Montchoisy aux Eaux-Vives. Il est aussi regrettable que certains commerçant-e-s mènent malheureusement des combats d’arrière-garde en s’opposant à ces mesures, alors que les expériences concrètes partout en Europe prouvent que ces changements sont aussi positifs pour le commerce. Dans les milieux urbains d'ailleurs, non seulement les habitant-e-s y sont favorables, mais aussi de nombreux commerçant-e-s qui ont bien compris les avantages objectifs pour leur activité.

Aujourd’hui, jeudi 30 août, réjouissons-nous de l’inauguration d’un ouvrage d’art à la fois esthétique et performant, offert à la collectivité par un mécène généreux, qui combine avantageusement des voies routières, cyclables et piétonnes pour relier le centre-ville aux Vernets, et donc aussi aux centres sportifs très appréciés des Vernets et de la Queue-d’Arve. Et réjouissons-nous d'autant plus que cet ouvrage d'art a aussi constitué un joli levier pour faire avancer la cause de la mobilité raisonnable à Genève! Raison de plus pour ne pas baisser les bras: la bataille pour un habitat urbain de qualité, qui intègre des objectifs de sécurité, de convivialité et de protection de notre environnement dans la gestion du trafic, doit continuer.

11:23 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

.... Certes, et dire que M. Pagani n'en voulait pas, de ce pont "cadeau" !!

Écrit par : A. Piller | 31/08/2012

Pont magnifique. cf lire également mon article sur blog "Neidinger" du 12 juillet 2012. http://duboutduborddulac.blog.tdg.ch/tag/pont%20hans-wilsdorf
Cordialement,

Écrit par : sylvie | 31/08/2012

Au lieu de vous réjouir de l'inauguration de ce monument de mauvais goût petit-bourgeois, vous feriez mieux de vous engager pour l'extension par décret des pistes cyclables et des espaces verts. Comme vos collèges, le pouvoir vous a fait oublier les fondamentaux de la lutte contre les privilèges et la révolution prolétarienne. Pour vous distraire entre deux cigares je vous conseille de lire le remarquable article sur l'orgasme féminin paru dans la dernière livraison de Causette.

Écrit par : Anastase | 05/09/2012

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