18/11/2011

La culture et le sport pris en otage à Genève ?

Les projets de fusion Ville-canton ou de dissolution de la Ville de Genève reviennent régulièrement dans l'histoire genevoise. Une partie de la classe politique cantonale semble avoir développé au cours des années une obsession à ce sujet qui relève plus de règlements de comptes que d'un réel projet politique.

Les plus récentes tentatives en la matière étant le projet de réforme institutionnelle du Conseil d'Etat de 1999 proposant une « scission » de la Ville de Genève en 8 communes, le projet de loi constitutionnelle du Grand Conseil de 2006 relatif à la réforme de la Ville de Genève qui s'inspire du projet de 1999, ou encore certaines idées de fusion administrative qui ont circulé à l'Assemblée constituante.

Partant du constat qu'une disparition de la Ville de Genève aurait très peu de chances de passer la rampe du scrutin populaire, de nouvelles stratégies se mettent en œuvre. Plutôt qu'un débat réellement démocratique, les tenants de cette obsession ont décidé d'étrangler la Ville par le biais d'une suppression massive de ses ressources financières.

A ce petit jeu, indépendamment du sort de la Ville de Genève, c'est toute la politique culturelle et sportive de la région qui est en danger !


Des réformes fiscales dévastatrices A ce jour, trois propositions sont en discussion :

1)    Le Conseil d'Etat prépare une réforme de la fiscalité des entreprises, découlant de l'obligation de s'adapter au droit européen. Selon le taux unique d'imposition qui sera retenu, la Ville subirait une perte pouvant aller de 30 à 60 millions par an (la perte pour le Canton serait 10 fois supérieure !).

2)    Sur proposition de la droite, le Grand Conseil entend supprimer la taxe professionnelle communale, soit environ 120 millions de pertes annuelles pour la Ville (et 120 millions pour les autres communes).

3)    Enfin, l'Assemblée constituante a supprimé la fiscalité communale sur le lieu de travail au profit d'une fiscalité unique sur le lieu de domicile, ce qui aura pour effet une perte annuelle de 80 à 90 millions pour la Ville de Genève. Cette réforme profitera avant tout aux communes les plus aisées du canton.

Le cumul de ces trois mesures ferait donc perdre à la Ville entre 230 et 270 millions de recettes annuelles, montant qui correspond dans les grandes lignes au budget culturel et sportif de la Ville. Et ceci sans parler des effets de la crise qui frappe l'économie européenne et qui n'épargnera pas la Suisse et Genève.

 

Des OPA cantonales sur des institutions culturelles et sportives?

La compensation évoquée par les partisans de ces « réformes », et votée par la Constituante ? En échange de ces diminutions de ressources, le canton reprendrait à sa charge certaines institutions choisies arbitrairement et sans critères définis ou négociés avec les villes, les communes, les partenaires privés et associatifs. Des listes circulent dans la République, au mépris de l'histoire des institutions, du patrimoine, du personnel, des projets et des partenariats construits au fil du temps. Ces listes ne reposent sur aucune étude approfondie et ne tiennent compte ni de l'engagement des communes ni des investissements requis pour l'avenir. Peut-on en conclure que le Canton réduit les domaines de la culture et du sport à une « shopping list » pour le marché du dimanche ? Cela témoigne d'un réel mépris pour toutes celles et tous ceux qui font la culture ou le sport, et bien sûr aussi ceux et celles qui en bénéficient !

 

Vers un démantèlement des institutions culturelles et sportives?

En admettant que des institutions des villes et des communes soient transférées vers le Canton, comment ce dernier est-il censé les financer, alors qu'un déficit de près de 430 millions pour le budget 2012 est annoncé ? Et que les trois réformes fiscales évoquées n'amèneront pas un franc de plus au budget cantonal ?

Comment le Canton peut-il garantir le fonctionnement et le développement des institutions sportives et culturelles ? Aura-t-il les moyens pour gérer ces institutions ? Après avoir fait main basse sur les institutions importantes des communes, va-t-il en fermer certaines pour économiser ? Va-t-il fermer des piscines ou des patinoires, fusionner des théâtres, vendre les collections des musées ?

Ces propositions cumulées ne traduisent aucune vision politique à long terme, aucun projet politique, si ce n'est donner l'illusion de l'action. Une action dévastatrice, qui remet en question le partenariat qui se développe aujourd'hui fortement entre les communes dans les domaines du sport et de la culture, en collaboration avec l'Etat et les partenaires privés. Une action nocive qui fragilise les institutions héritées de l'engagement des mécènes genevois mais aussi des habitantes et habitants sur de nombreuses générations. Une action conflictuelle qui, au lieu de clarifier sereinement les missions et les collaborations, apportera la division et la confusion.

 

Pour un réel débat sur l'avenir des institutions culturelles et sportives

Je m'opposerai clairement aux propositions fiscales du Canton mais le débat sur la politique culturelle et sportive doit avoir lieu. J'y suis ouvert pour autant qu'il se fasse dans le respect de tous les partenaires : canton, villes, communes et privés. Des exemples de réformes réussies existent, ailleurs, comme à Zurich, Bâle ou Lucerne, ou, plus près de nous, dans le canton de Vaud avec le partenariat autour du projet du nouveau musée cantonal des Beaux-Arts. Nous pouvons nous en inspirer, nous pouvons aussi concevoir notre propre voie. Dans tous les cas, il faut que les objectifs soient clairs : préserver et renforcer le rayonnement des institutions, favoriser les conditions de création et de diffusion, améliorer l'accessibilité pour les publics, faire aboutir les grands projets d'équipements prévus, moderniser et développer les infrastructures sportives, soutenir la relève, et favoriser l'organisation et l'accueil d'évènements sportifs d'envergure. De plus, ces objectifs doivent s'inscrire dans une logique affirmée de promotion de la région et de la cohésion sociale. L'ensemble des domaines culturels et sportifs doit être considéré, sachant qu'on ne peut imaginer une réforme partielle sans que l'ensemble de ces deux domaines ne soit touché profondément et dans la durée. Le Canton devra préciser ses missions et ses priorités, et articuler clairement les moyens financiers qu'il engagera. De plus, il faut se donner le temps et les moyens de mener ce débat dans de bonnes conditions. A Zurich, le transfert de l'Opéra a fait l'objet de 10 ans de négociations !

En revanche, je trouve inacceptable que des majorités de circonstance jouent aux apprentis sorciers et mettent en péril la pérennité de prestations dont jouit une grande partie de la population de l'agglomération. Cette attitude conduit à prendre en otage dans des jeux de pouvoir toute la politique culturelle et sportive de la Région, et ainsi les actrices et acteurs culturels, les associations, les clubs sportifs, les usagers et la population.

 

07:00 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sport, culture, ville, fiscalité, constituante | |  Facebook

Commentaires

bravos camarade.

Écrit par : benjamaa | 20/11/2011

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