12/04/2011

Des solutions pragmatiques pour les problèmes de mobilité : l'exemple de Caddie Service

Pour aborder sereinement les problèmes de mobilité il est beaucoup plus intéressant de partir des besoins que des habitudes existantes (cf. mon article précédent sur le sujet). L'exemple de « Caddie Service », préenté récemment à l'Assemblée générale de annuelle de  l'Association Transports et Environnement (ATE) (section genevoise), en est une nouvelle preuve.

Le microrecensement des transports, réalisé en 2000 (entre l'Office fédéral du développement territorial (ARE) et l'Office fédéral de la statistique (OFS)), a permis de constater, entre autres, que les loisirs constituent le principal motif de déplacement des habitant-e-s du canton de Genève (38,2% du total des déplacements), suivi par le travail - 23,1%. Même si cela ne représente pas la catégorie la plus importante de déplacements, les déplacements liés aux achats en font aussi partie et la voiture est utilisée dans 40% des cas, c'est considérable !

Certes, le volume d'achats pour une famille de quatre personnes pendant une semaine, à titre d'exemple, est important et la voiture est un moyen pratique de transporter toutes ces marchandises. Combien de fois n'ai-je pas été confronté dans les débats publics à l'exemple d'une mère (ou, plus rarement, d'un père!) de famille qui doit rapporter de grandes quantités de lait ou de céréales, voire de couches-culottes ! Et de préciser que je n'allais tout de même pas les forcer à aller en tram. Cet exemple est largement utilisé par les responsables de centres commerciaux, et les commerçant-e-s en général, pour revendiquer systématiquement la mise à disposition de nombreuses places de stationnement.

 

Origines d'un projet innovant

Lors de la construction du Centre commercial de la Praille, adjacent au Stade de Genève, l'ATE avait obtenu de haute lutte de limiter le nombre de places de parking dans ce centre commercial et de favoriser la promotion des transports publics. Afin d'offrir à la clientèle une solution concrète, le projet « Caddie-Service » a été mis en place en 2007, avec l'appui de l'entreprise Mobilidée. Il consiste à proposer aux client-e-s un système de livraison à domicile des achats effectués, pour la modeste somme de 5 francs, à l'heure souhaitée par le/la client-e. Les achats sont livrés au domicile par le biais de vélos à assistance électrique équipés de remorques. Caddie-Service est gérée par une association autonome, qui recourt à des « emplois de solidarité » (EdS, personnes au chômage depuis une longue période et affectées à un emploi dans une institution à but non-lucratif, la plus grande partie de leur salaire étant prise en charge par l'Office de l'emploi). A court terme cette approche permet de proposer une mesure de réinsertion professionnelle à des personnes au chômage depuis longtemps. Mais, en principe, un EdS doit bénéficier de réelles mesures de formation pour que la démarche fasse sens, et ce volet du projet reste à évaluer. En effet, il s'agit de pouvoir proposer ensuite à ces personnes de « vrais » emplois reconnus et rémunérés pleinement.

 

Un succès remarquable

Ce système connaît un tel succès qu'entre-temps six centres commerciaux l'ont adopté. En 2010, Caddie-Service a effectué 12'800 livraisons ! Chez Manor par exemple, 20% des livraisons se font entre-temps par le biais de Caddie-Service, diminuant d'autant le nombre de livraisons effectuées par camion. De 75 le 1er mois d'exploitation, en octobre 2010, ce magasin annonce 435 livraisons mensuelles effectuées par Caddie-Service en mars 2011. Ce mode de livraison est avantageux pour la clientèle et pour Manor, et nettement plus écologique.

La dernière innovation dans ce domaine est l'accord passé avec les TPG : depuis le 1er janvier 2011 tout détenteur ou détentrice d'un abonnement annuel unireso a droit à une livraison « Caddie-Service »  gratuite par jour, un moyen de plus d'inciter les gens à privilégier les transports publics aussi pour leurs achats.

 

Une source d'inspiration?

Sur le plan de la politique des transports et des déplacements, la réussite de Caddie-Service montre qu'il existe des alternatives pratiques, à la fois écologiques, sociales et économiques, pour le bénéfice de toutes et tous. Sans chercher à l'idéaliser au-delà du raisonnable, cet exemple est parfaitement représentatif de ce qu'on peut réussir à obtenir en matière de mobilité avec un bon mélange de créativité, de pragmatisme et de volonté politique. Cela montre qu'on peut se passer de la voiture sans renoncer à son confort, et ceci pour le bénéfice de la santé aussi bien de toutes et tous que de l'environnement !

 

11:28 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : mobilité, achats, loisirs | |  Facebook

Commentaires

Bonne initiative mais pas pour un budget modeste, admettons un achat/parcours/1fois par semaine = 5 Frsx4semaines = 20 Frs/mois, .Donc 20 Frs x 44semaines (en comptant vacances et absence)= 880 Frs/an... Cela vaut pour ceux qui font que des courses mais souvent les familles prennent aussi la voiture pour faire d'autres courses ou visites. D'ailleurs cette livraison au coût de 5 Frs a-t'elle une limite à savoir quelle charge (quantité et poids) est prise en compte ? Car s'il faut 2 caddie-services pour une famille de 5 personnes pour 1achat hebdomadaire c'est plutôt cher. Toutefois il existe aussi le Shopping.ch qui et aussi une solution permanente ou de dépannage.

Écrit par : Sirène | 12/04/2011

Très beau texte, engagé et engageant. J'espère que vous serez élu.
A cette fin, installez au plus vite des contre-feux, le moment est délicat. La droite et ses sbires (Pascal Décaillet au premier chef) veulent mettre le feu à votre campagne vaille que vaille. La dernière boule puante a été lancée avec beaucoup d'élan sur le plateau de Léman bleu. D'autres suivraient. Désolant spectacle.
Bien à vous

Écrit par : phelippeau | 12/04/2011

Dans la mesure où ce service n'est pas rentable puisque les employés sont subventionnés par les impôts des contribuables, on est clairement dans une mesure totalement gadget.

De la poudre aux yeux, du politiquement correct, un caprice de pays riche.

Écrit par : Amusé | 12/04/2011

@Phelippeau: Pas de souci! La droite "classique" est en telle perte de vitesse qu'elle fait feu de tout bois pour essayer de cacher son absence de réel projet pour la Ville, en matière culturelle comme pour le reste.
@Amusé: Si vous considérez qu'une contribution réelle à la santé et la qualité de vie est un gadget de riches, vous avez une drôle de conception des besoins et des priorités. Vous avez surtout une notion assez particulière de la rentabilité, lorsqu'on considère les coûts induits par les transports en général et les voitures en particulier, pour le/la contribuable et le/la consommateur/-trice (cf. réponse à Sirène). Il faudra un peu réviser vos notions d'économie!
@Sirène: En effet, il faut aussi tenir compte du coût. Mais est-ce que nous sommes toutes et tous conscient-e-s du coût lorsqu'on prend la voiture? En apparence juste le coût de l'essence (qui va forcément augmenter ces prochaines années, au fur et à mesure que nous nous épuisons les stocks de pétrole). En réalité, si on compte l'amortissement on passe déjà à 60 cts/km. Pour un aller-retour de 8km on est déjà à 6 francs! Et là-dedans je ne compte pas les coûts induits, dus à la pollution et au bruit. Théorique? Non, extrêmement concret, car cela influence nos primes d'assurance-maladie, nos budgets "santé", mais aussi tous les coûts que l'on doit asusmer pour les aménagements liés à la voiture, directement ou indirectement, comme contribuable ou comme consommateur/-trice. Donc, en fin de compte, cela nous coûte bien plus cher, même si on ne s'en rend pas toujours compte. Et, oui, le shopping par internet peut être une option pour certains achats, mais pas pour tout.

Écrit par : Sami Kanaan | 12/04/2011

@ Sami Kanaan

En résumé:

- on crée une entreprise non rentable, puisqu'on doit la subventionner...
- qui fournit des services à un prix dérisoire (au détriment de la concurrence non subventionnée) et qui peut le faire... parce qu'elle est subventionnée...
- on "offre" des services à des tarifs ridicules à des bénéficiaires... ou plutôt le contribuable lambda paie pour que certaines personnes recoivent des services (pourquoi ne les paie-t-il pas?)... pourquoi mes impôts devraient financer les livraisons de quelques habitants en ville?
- on crée des emplois qui n'en sont pas, puisque ce modèle économique est voué à l'échec (bémol - je suis plutôt d'accord que l'on essaie de remettre dans le marché certaines personnes, mais à quoi cela sert-il de les former à un job sans avenir (sauf à subventionner indéfiniment ce type de joujoux?).

Bref, au delà du louable effort d'insertion et de réinsertion professionnelle, c'est une bouffonerie économique.

Écrit par : Amusé | 13/04/2011

Monsieur Kanaan, vous devriez réviser vos notions d'arithmétique: 6 x 8 = 48. soit CHF 4,80 le parcours de 8km, selon vos propres chiffres. Ou éventuellement CHF 9,60 si c'est 2x8km.... Mais CHF 6.- ???

Écrit par : Séraphin Lampion | 13/04/2011

@Amusé: Nous ne sommes pas d'accord sur la notion de rentabilité, visiblement. A court terme, oui, cette entreprise n'est pas directement rentable selon des critères classiques. Mais les économies à long terme générées par ce type de démarche sont nettement supérieures aux coûts, que ce soit pour le contribuable ou le consommateur. Considérons ce projet comme une manière d'investir, évidemment avec une prise de risque!
@Séraphin Lampion: Oui, 4.80 pour le coût d'amortissement sur 8 km ... et 1.20 d'essence pour cette même distance (calcul basé sur une consommation approximative de 8l/100km, plutôt sous-estimée si on roule en milieu urbain, et un prix à la pompe de 1.80/l). On arrive ainsi à 6 francs le trajet en voiture.

Écrit par : Sami Kanaan | 16/04/2011

Les commentaires sont fermés.