28/03/2011

Genève, ville de culture, ville d'ouverture

Un paradoxe qui me vient à l'esprit lorsque je pense à Genève, c'est ce mouvement contradictoire qui fait de cette petite ville du bout du lac à la fois une ville internationale et provinciale. Les uns la trouvent ouverte, charmante, intéressante, animée ; d'autres la qualifient de fermée, mal entretenue, dégradée, ennuyeuse.

Est-ce que cette contradiction touche aussi la vie culturelle et artistique ? A la fois foisonnante et confuse ? A la fois diversifiée et modeste ? A la fois dynamique et cloisonnée ?

Notre géographie n'est certainement pas étrangère à ces contradictions. Nous avons des institutions internationales mais un territoire minuscule. Nous avons des moyens financiers mais pas de terres pour édifier et construire. Nous avons un site naturel magnifique mais si étroit que tout y semble entassé. Nous avons une culture foisonnante, de belles institutions, mais un public restreint, en comparaison internationale. Nous avons une politique culturelle généreuse mais pas de priorités assumées.

Le développement trop rapide, pas vraiment maîtrisé, de notre région se ressent aussi dans le domaine culturel. Aujourd'hui, la région genevoise connaît un fort risque de dislocation sociale, identitaire, humaine. La culture peut subir les dommages collatéraux de cette évolution inquiétante. Elle peut aussi, au contraire, s'engager activement dans la construction de notre région sur des bases solides, dans le renforcement de la cohésion sociale, en lien avec l'aménagement du territoire, et ainsi contribuer à une nouvelle qualité de vie, qui bénéficie à toutes et tous.

Ces dernières années, la Ville de Genève, ville centre de l'agglomération, et les communes urbaines ont développé considérablement leurs moyens pour la culture. La mobilisation de montants issus du nouveau Fonds intercommunal en faveur de projets culturels associant plusieurs communes témoigne de leur volonté de travailler ensemble. De nouveaux outils pour les subventions sont mis en place, outils qui rassemblent la Confédération, les cantons et les villes Le terreau artistique est riche et diversifié. Avec les milieux culturels nous avons la responsabilité de mieux soutenir la création et le patrimoine, de clarifier la politique de subventionnement, de rassembler les partenaires en améliorant les mécanismes de concertation et de partenariat, et de faire rayonner les institutions et les projets artistiques et culturels.

Les Socialistes ont toujours défendu une approche inclusive et ouverte de la culture, sans discrimination ou œillères, et en partenariat étroit avec les acteurs et actrices de la culture. Comme le disait un slogan récent porté par nos candidat-e-s : « Cultiver la diversité, de l'Opéra à l'Usine »: de la culture émergente à la culture établie, de la culture alternative à la culture institutionnelle. Je m'inscris complètement dans cet esprit et me réjouirais de pouvoir jouer un rôle déterminant dans ce sens.

 

Coopérer pour rayonner

Les Genevois-e-s le disent souvent : on attend des pouvoirs publics qu'ils soient capables de discuter ensemble et de concrétiser les projets. Les prochains investissements culturels nécessitent une véritable coopération entre les communes et le canton, voire la région. Il faut impérativement cesser de donner l'impression de prendre en otage les milieux culturels dans des bagarres stériles entre Ville et Etat. La Nouvelle Comédie est un projet magnifique au cœur d'un nouveau « morceau » de ville. Le Canton doit être notre partenaire pour cet équipement public de dimension régionale. La concertation autour de ce projet doit être prise pour modèle pour la rénovation et l'agrandissement du Musée d'art et d'histoire, nous devons faire un projet qui rallie la population. Des coopérations doivent être initiées avec le canton de Vaud et Lausanne afin de renforcer les liens entre les écoles, les institutions et les compagnies, par exemple dans le domaine du théâtre. Comme évoqué, la construction de la région ne doit pas seulement concerner les parkings et le réseau ferroviaire : les institutions culturelles travaillent déjà ensemble, avec Meyrin, Carouge, Onex, Vernier mais aussi avec Annemasse, Annecy, Ferney-Voltaire, Saint Julien, etc. Ces projets participeront au « mieux vivre ensemble » régional.

Et lorsqu'il est question de coopération, comment ne pas mentionner le mécénat et plus largement la collaboration avec les milieux privés, domaine où il y a certainement un potentiel inexploité à Genève, si on ose la comparaison avec Bâle, par exemple.

Enfin, il y a également un potentiel inexploité dans la coopération entre culture et tourisme, sans tomber dans le piège de favoriser uniquement une apparence de prestige sélectif. Quels sont les moyens que nous pouvons et devons nous donner afin de placer des manifestations artistiques marquantes, ou des institutions, sur la carte suisse et européenne ?

 

Etablir des priorités et des critères, et améliorer les conditions de travail

La politique de subventionnement doit être rediscutée avec l'ensemble des pouvoirs publics et des partenaires artistiques. Les missions des institutions doivent être clarifiées et les soutiens aux compagnies qui rayonnent renforcés. Un rééquilibrage entre les domaines est nécessaire et ne peut se faire que si d'autres partenaires travaillent avec la Ville, y compris les partenaires privés.

Par ailleurs, la précarité des artistes est au centre des préoccupations ; l'objectif est de la réduire, le cas échéant par des démarches expérimentales. Nous devons donc imaginer de nouvelles manières de travailler, allonger la durée de vie des créations, favoriser les reprises et les tournées, améliorer l'interaction entre création, production, médiation et enseignement, et contribuer à modifier les règles du jeu. Les collectivités publiques doivent s'impliquer activement en appui aux mouvements issus du monde des artistes en vue de faire modifier les règles du jeu dans ce domaine. Une politique des arts de la scène régionale doit émerger, impliquant les villes et les cantons mais aussi les institutions et la Confédération afin mieux soutenir les créations.

 

Lancer des initiatives qui mettent en évidence les atouts de Genève

Si les collectivités publiques doivent avant tout s'impliquer dans le soutien aux projets et initiatives émanant des milieux directement concernés, elles peuvent aussi initier ou favoriser l'émergence des projets d'importance majeure en lien avec des thématiques qui caractérisent Genève et qui contribuent à son rayonnement. Je citerais deux domaines, à titre d'exemples, pour lesquels un débat peut avoir lieu dans ce sens : les droits humains et la science pour le public.

- Contrbuer à la promotion des droits humains par la culture

La promotion des droits humains est une caractéristique forte de notre Cité, les manifestations culturelles dans ce domaine doivent être renforcées, à partir de manifestations existantes comme le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH). A nous d'y associer la Genève internationale, les associations et les ONG, Genève Tourisme et tous les partenaires concernés, chez nous et ailleurs. Les artistes et acteurs culturels doivent être associés à des projets qui feront de Genève la capitale des droits humains aussi sur le plan culturel, dans une approche multi- et interdisciplinaire.

- Renforcer les rencontres entre les arts et les sciences

Le département de la culture s'occupe des arts et des sciences. Genève a une tradition scientifique très importante et des institutions publiques et privées connues internationalement. Les manifestations scientifiques doivent être développées ainsi que la médiation et la vulgarisation des institutions scientifiques. Des projets interdisciplinaires sciences et arts pourraient faire rayonner ces disciplines toutes deux expérimentales, sachant que cette interaction, bien amenée, passionne les petits et les grands, comme le montre l'exemple existant de la Nuit de la Science.

 

Embellir et animer la ville

Le département de la culture doit jouer son rôle dans l'aménagement de la Ville. Les interventions dans l'espace public sous la forme d'œuvres, d'interventions ou de manifestations font partie de la qualité des espaces publics. Les projets qui font voir notre ville, qui questionnent l'espace urbain et qui provoquent des rencontres dans les quartiers permettent de faire « voir » de l'art, d'y impliquer des habitant-e-s et de transformer leur regard sur la ville.

Ces projets n'ont pas être seulement une vocation statique. La culture peut aussi sortir encore plus de ses murs usuels et aller à la rencontre des habitant-e-s, surtout dans une approche basée sur la proximité.

 

Vivifier la ville

Les états généraux de la nuit l'ont démontré. Les villes comme Zurich ou Amsterdam ont développé des politiques qui s'occupent de l'animation de la ville. Ce sera une priorité forte : redonner de la vie au centre ville, de manière accessible pour la majorité. C'est là que peuvent s'ouvrir des cafés, des clubs de musique, des restaurants. Notre centre piétonnier est déserté et les jeunes ne savent pas où sortir. Des petits lieux culturels où donner ses premiers concerts, des endroits où danser manquent. La Ville doit ouvrir la discussion avec les commerçants et propriétaires afin d'imaginer un plan « Genève vivante », et assumer de jouer un rôle moteur dans la politique visant à garder des surfaces à loyers abordables au centre ville.

 

Mettre l'accueil du public au centre de notre attention

Genève a considérablement augmenté les budgets pour la création et les institutions. Des outils pour l'accès à la culture ont été mis en place, tarifs accessibles, chéquiers culture, manifestations gratuites, accès pour les personnes handicapées. Malgré tous les efforts de médiation et de communication, la population ne profite pas assez d'une offre diversifiée et de qualité. L'observatoire des publics doit se développer et des moyens doivent être consacrés pour que chacun et chacune se sente bienvenue dans les musées, les bibliothèques et découvre les institutions et les festivals. De plus, il faut sortir d'une logique qui se contenterait d'accueillir le public comme simple « consommateur » passif de culture ! Le public est un partenaire, un acteur à part entière, l'accueil doit donc se comprendre de manière participative et interactive. Pas besoin de réinventer la roue dans ce domaine, les exemples réussis en la matière sont nombreux pour nous inspirer, en Suisse, en France, ailleurs. La vie culturelle doit surprendre, interroger, créer du lien, donner du plaisir. Elle est un élément fort de la qualité de vie et de la qualité de la ville. Partageons là !

 

Comme le dit un proverbe africain: "La culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroît la vitalité de l'humanité."

 

 

 

17:00 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture | |  Facebook

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