08/03/2011

Sécurité : ne prenons pas les Genevoises et Genevois pour des imbéciles !

La semaine passée le MCG ressortait encore une fois de son chapeau sa proposition en matière de sécurité : les « patrouilles citoyennes » ! Des civils bénévoles se promèneraient dans les rues, équipés d'une radio pour repérer des actes délictueux et les signaler à la police.

Non seulement cette proposition n'améliore en rien la sécurité mais elle met directement en danger les personnes qui auraient la naïveté d'y participer.

Elle montre surtout que le MCG, malgré toute son agitation, n'y connaît rien en matière de sécurité et semble prendre les Genevoises et Genevois pour des imbéciles.

 

Les vrais besoins

En effet, le problème à Genève ne réside pas dans le repérage et l'annonce d'actes délictueux mais dans la capacité d'intervention rapide de la police, puis dans la capacité de traitement par l'appareil judiciaire. Ceci est d'autant plus vrai que la « petite » délinquance a augmenté (cambriolages, racket, agressions à l'arme blanche, arrachage de sacs, pickpockets, car-jacking, etc.) en parallèle à la diminution de la grande délinquance (meurtres, etc.). Demandez à un-e habitant-e des Eaux-Vives, des Pâquis ou de Plainpalais, il ou elle vous dira ce qui se passe, où, et à quelle heure. La police le sait aussi très bien. En revanche, celle-ci manque clairement d'effectifs pour assurer une présence suffisante et intervenir toujours rapidement et efficacement. La gauche réclame depuis longtemps des postes supplémentaires pour la gendarmerie et la police judiciaire, ainsi qu'une réforme radicale des méthodes de recrutement, afin de pallier enfin le problème des effectifs. De tels postes ont récemment été accordés, on espère qu'ils seront rapidement pourvus. Elle demande également depuis longtemps une simplification des procédures et un renforcement de l'appareil administratif, afin de permettre aux policiers de se concentrer sur le travail de terrain. Là aussi, on a de la peine à se faire entendre !

 

La sécurité, une affaire de professionnel-le-s

La sécurité urbaine est l'affaire de professionnel-le-s formé-e-s et équipé-e-s, relevant de l'autorité publique. Pour lutter contre la délinquance criminelle, on n'envoie pas des civils au casse-pipe face à des trafiquants de drogue, dont certains sont notoirement agressifs et dangereux. Et on ne peut que craindre des dérapages, sous forme d'escalade de la violence, de règlements de compte, de milices privées, etc.

De plus, en demandant à des civils de se promener et de signaler tout et n'importe quoi, on ne ferait que submerger encore plus la centrale de la police, déjà surchargée. Une citoyenne me racontait que, témoin d'un braquage en cours dans un supermarché, elle a tenté d'appeler la police. Pendant 3 longues minutes le n° d'urgence 117 a sonné occupé; un disque indiquait que le standard était surchargé et qu'il fallait patienter.

La proposition du MCG mélange la gestion de la délinquance criminelle, qui doit être gérée par la police, et la gestion des incivilités. Ces dernières peuvent dans certains cas relever de la police. En réalité, elles doivent surtout être abordées dans le cadre d'une démarche globale couvrant les différents domaines, tels l'éducation, le dialogue, l'intégration, le travail social, la prévention et parfois aussi la répression. Face aux incivilités, oui, tout citoyen, toute citoyenne, a évidemment un rôle à jouer, dans le cadre d'une attitude civique et responsable.

 

Surenchère simpliste et inefficace

Ce qui est regrettable, c'est la surenchère de propositions simplistes et inefficaces liées à la sécurité, au lieu d'un traitement à la fois compétent et sérieux comme évoqué ci-dessus. Les partis de la droite classique, démocrates-chrétiens et radicaux-libéraux, singent maladroitement le MCG et l'UDC, par peur de leur concurrence électorale. Un exemple : l'initiative du PLR pour l'augmentation des effectifs de la police municipale, qui enfonce des portes largement ouvertes. De plus, elle fait abstraction de la capacité de leur magistrat à recruter réellement ces policiers/-ières, de les former et de leur donner des missions claires et pertinentes. Citons aussi l'initiative sur la vidéosurveillance du PDC, qui veut nous faire dépenser des millions pour un système qui a prouvé son échec dans l'espace public, comme le signale Scotland Yard, peu suspect de « gauchisme » naïf et idéaliste. Ses représentants parlent ainsi de « utter fiasco » (échec complet) (voir aussi l'excellente page de Wikipédia à ce sujet). Faut-il rappeler qu'en matière électorale le peuple préfère l'original à la copie ?

Pendant ce temps, à Berne, c'est bien la droite dure, UDC et PLR surtout, qui freinent des quatre fers lorsqu'il s'agit de donner au corps des garde-frontières, par exemple, les moyens de ses missions en créant 200 à 300 postes de plus (voir ici). Ces partis sont donc très mal placés pour nous faire la leçon en matière de sécurité à Genève.

 

Une vraie stratégie

La sécurité est un sujet trop sérieux pour le laisser à quelques excités de la gâchette et à des piliers de comptoir. Il faudrait peut-être commencer par établir un diagnostic sérieux des problèmes de sécurité urbaine à Genève et ensuite mettre en place une véritable collaboration entre les différents intervenants, police, justice, acteurs sociaux, etc., afin de traiter de manière adéquate et ciblée les différents problèmes réellement identifiés. Une démarche systématique révèlera d'ailleurs quelques surprises par rapport aux clichés usuels ! Si le problème de la petite délinquance, en augmentation, doit être pris au sérieux, rappelons que les principales menaces aujourd'hui pour la majorité des Genevoises et des Genevois résident bien dans le risque de perdre son emploi, de ne pas trouver de logement adéquat, ou de subir un accident de la route ! Et pour les femmes, la principale cause de mortalité ou de lésions graves est la violence à domicile. Dans ce contexte, le rôle des communes, et donc de la Ville de Genève, est essentiel, mais reste subsidiaire par rapport à celui du Canton, qui a la responsabilité première en matière de police et justice. La police municipale, dont les Socialistes ont clairement soutenu le développement des effectifs et le renforcement des compétences, doit jouer avant tout un rôle de prévention et de police de proximité. Elle ne peut pas porter le poids principal de la répression de la grande délinquance. Et c'est encore moins le rôle des habitantes et des habitants.

 

17:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : sécurité, patrouilles | |  Facebook

Commentaires

"La sécurité est un sujet trop sérieux pour le laisser à quelques excités de la gâchette et à des piliers de comptoir", dites-vous.

Si l'on peut a priori être d'accord avec cette affirmation, que penser de l'irresponsabilité de vos camarades qui effacent des postes d'agents de sécurité pour en faire des employés du ministère que la culture?

Est-ce cela, être professionnel?

Écrit par : Déblogueur | 08/03/2011

Ca marche à Chicago et ça ne pourrait pas marcher à Genève ?

Et ce serait très utile car, débarrassée d'une partie de ses missions de ronde, la police disposerait de plus de temps pour l'intervention.

Il suffit de former ces gens, on forme bien des patrouilleurs à qui on confie la vie de nos enfants.

Écrit par : Sebastien | 08/03/2011

@Déblogueur: Merci de votre commentaire, qui me permet de revenir sur cette histoire beaucoup trop médiatisée et largement déformée. Pierre Maudet a toujours eu les moyens qu'il demandait pour la police municipale, moyens votés par des majorités de gauche d'abord au Conseil administratif, puis au Conseil municipal. Dans le cas dont vous parlez, il avait demandé 25 postes de plus pour l'année 2011, soit plus que le double de ce que l'Ecole de police peut former comme agent-e-s municipaux/-ales pour la Ville en un an. Même s'il obtenait de l'Etat un doublement de la volée, il n'aurait pas pu occuper tous ces postes en un an. Les Verts ont alors proposé de prendre quelques-uns de ces postes pour renforcer et stabiliser une expérience pilote menée au département de la culture, les agents de sécurité préventive dans les lieux culturels. En clair, l'augmentation des effectifs pour la police municipale a donc été largement acceptée, même si moindre que prévue. Quant à ce projet au département de la culture, je reconnais, à titre personnel, que j'aurais préféré engager soit des travailleurs/euses sociaux/-ales, si c'est un travail de prévention et d'accompagnement, soit faire recours à la police municipale, justement, plutôt que former des agents hybrides. Mais il est aussi permis de tester d'autres méthodes; la sécurité repose souvent sur l'uniforme, mais pas seulement. Evidemment, en période électorale, ce transfert de quelques postes a été largement récupéré politiquement.
@Sebastien: Merci de votre commentaire. Ce n'est pas du tout le même métier. Les patrouilleurs/-ses scolaires exercent un métier axé sur la sécurité des enfants sur le chemin de l’école, au niveau des passages piétons, de jour. Or elles – ce sont essentiellement des femmes – ne sont pas bénévoles mais professionnelles et salariées. Cela n’a donc rien à voir avec la délinquance, ni avec des patrouilles citoyennes. Au Québec il existe des variantes de « patrouilles » civiles, chargées par exemple de veiller au respect des places de stationnement réservées aux personnes handicapées : rien à voir non plus avec la délinquance !

Écrit par : Sami Kanaan | 08/03/2011

bonsoir Monsieur Kanaan

c'est tout de même marrant de constater que vous critiquer la proposition du MCG, alors que votre camarade du PS de Vernier, a mis en place, ce genre de concept citoyen, soit "des correspondants" qui va coûter près de 450'000.-- par année à la collectivité

Un commentaire ?

ABE

Écrit par : antoine | 08/03/2011

@XX: Merci de votre contribution qui me permet de confirmer ce que je disais. En effet, le projet très intéressant de mon excellent collègue Thierry Apothéloz à Vernier na rien à voir avec les "patrouilles citoyennes" bénévoles du MCG. Il s'agit de professionnel-le-s, avec une formation adéquate, qui interviennent pour mener une veille sociale par rapport à des problèmes de conflits de voisinage, de disputes, d'incivilités, et certainement pas de la délinquance lourde. Avec ce projet nous sommes exactement dans la ligne que je défendais, et qui est celle des Socialistes, à savoir une approche globale et compétente de la sécurité. Dans ce cas les "correspondant-e-s de nuit", comme on les appelle couramment, complètent ainsi le rôle de la police municipale et de al gendarmerie. Je trouverais intéressant de voir si ce projet peut aussi être réalisé dans certains quartiers de la Ville de Genève.

Écrit par : Sami Kanaan | 08/03/2011

a chaque canton ou ville sa spécialité chez nous le terme d'andouilles semble mieux adapté,le reconnaitre permet de mieux cerner les empécheurs de tourner en rond!
bonne journée à vous

Écrit par : elena | 09/03/2011

MDR !!!

quelle hypocrisie ! En droite ligne de votre parti et de votre excellent collègue de Vernier

Les correspondants de nuit ne sont pas des professionnels de la sécurité mais bien des citoyens qui vont faire des patrouilles citoyennes.

Ces correspondants n'ont pas de compétence de répression ni aucune autres d'ailleurs - comment voulez vos résoudre des problèmes de sécurité sans avoir une quelquon que légitimité ?

Pour en revenir aux patrouillex citoyennex, le concept fait un tabac dans le canton de Vaud - nos voisins.... ce qui a permis de diminuer la criminalité de près de 70%.... pas mal pour une idée "farfelue"

ABE la mauvaise fois



quel

Écrit par : jc mahe | 09/03/2011

On sent dans votre dernier paragraphe que le terme "sentiment subjectif d'insécurité" vous démange la plume mais que vous n'osez plus l'utiliser directement. Alors vous préférez parler de votre perception de la "vrai" insécurité, celle dans les chaumières, au boulot, dans la circulation etc...
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En total contradiction avec votre intro "on n'envoie pas des civils au casse-pipe face à des trafiquants de drogue, dont certains sont notoirement agressifs et dangereux".
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Même des "pilliers de comptoire" comme vous qualifiez avec mépris vos concitoyen feraient preuve de plus de bon sens et cohérence.

Écrit par : Eastwood | 09/03/2011

@elena: Merci de votre commentaire ... gastronomique! Dans le canton de Genève, je parlerais plutôt de longeole que d'andouille (même si la tentation de recycler l'andouille chez nous est forte, je reconnais). Bon, pas tout le monde aime la longeole, très marquée par le goût du cumin :-)
@jc mahe / Eastwood: Merci de vos commentaires. Désolé, mais il faut savoir de quoi on parle; le projet de Vernier se base sur des professionnel-le-s, compétent-e-s, ayant en effet des compétences de veille sociale et de médiation, et non pas de répression. Leur rôle est complémentaire à celui de la police. Donc rien à voir avec les "patrouilles citoyennes" version casse-pipes. Quant au projet vaudois, il porte avant tout sur la prévention des cambriolages dans les villages, où ça peut faire sens à certaines conditions. Pas sur la prévention des arracheurs de sacs, pickpockets ou trafiquants de drogue!
Enfin, le "sentiment d'insécurité", à partir du moment où il existe, doit être pris au sérieux, évidemment. Le prendre au sérieux, c'est comprendre ce sentiment et prendre des mesures adéquates, pas l'exploiter à des fins politiciennes primaires, en le manipulant jusqu'à la nausée, méprisant ainsi les habitantes et habitants qu'on prétend défendre.

Écrit par : Sami Kanaan | 09/03/2011

@Antoine: ça n'a effectivement rien à voir avec ce que vous dites. Et c'est 250'000.-, pas 450'000.-.
Quand on ne sait pas, on ne dit pas.

Écrit par : m | 09/03/2011

Le défi consiste à apporter des réponses raisonnables à une peur diffuse qui ne l'est pas toujours, même si on ne doit effectivement pas la nier. Le sentiment d'insécurité est alimenté par les médias, notamment gratuits, qui relayent systématiquement le moindre délit, par le manque de visibilité sur le terrain, et par les traces laissées par les incivilités, telles que grafittis, sièges lacérés dans les bus ou vitres cassées. Tout cela donne aux gens une impression d'abandon social, que leur environnement, et donc leur sécurité, leur vie, sont laissées à la merci des criminels.
Même si les chiffres prouvent le contraire, ceux-ci ne sont pas efficaces pour rassurer. Les vraies réponses se placent sur un plan rationnel quand les questions sont le plus souvent de l'ordre de l'émotionnel... c'est le meilleur moyen d'augmenter chez la population concernée le sentiment de ne pas être entendu et compris, et qui se tourne alors vers les partis populistes, qui leur apporte une réponse paternaliste du style "Vous avez raison d'avoir peur, notre ville est mise à feu et à sang, et nous allons nous occuper de vous, vous protéger".
La vraie réponse, pour moi, outre l'augmentation des effectifs et de la visiblité de la police cantonale et communale, est de l'ordre du social: il faut s'attaquer aux causes profondes du sentiment d'insécurité, très en amont, avec une politique sociale forte.
Enfin, il n'est pas interdit de prendre un peu de recul... en tant que marseillaise établie à Genève, je vous assure que nous avons la chance de vivre dans une ville où la sécurité est bien plus réelle que dans beaucoup d'autres villes, et dans laquelle les risques sont bien inférieurs aux craintes.
C'est un peu le même phénomène que lorsque les genevois se précipitaient dans les magasins pour faire des réserves de nourriture après l'annonce du début d'un conflit à l'autre bout du monde, alors que nous vivons dans une société d'abondance extrême, avec des réserves de guerre enterrées un peu partout dans notre sous-sol...
Faisons- un peu un travail sur nous-même, sur nos peurs, soyons un peu plus rationnels, et faisons confiance à ceux comme Sami Kanaan qui a la volonté et les compétences pour apporter de vraies réponses sociales et raisonnables, et non à ceux qui créent un climat malsain avec leurs discours sécuritaires!

Écrit par : cathyA | 09/03/2011

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