15/02/2011

Chômage des jeunes: une affaire sérieuse, qui nécessite des actes concrets!

 

Ce matin, mardi 15 février, j'ai eu l'occasion de mener un bref débat sur les ondes de OneFM concernant l'emploi des jeunes face à Michel Chevrolet, candidat démocrate-chrétien au Conseil administratif de la Ville de Genève. Un débat de moins de 10 minutes ne permet évidemment pas d'aborder toutes les facettes de ce sujet essentiel et sensible. Je reviens plus tard sur ce débat mais souhaite d'abord parler du problème lui-même.

Aujourd'hui, il est devenu difficile pour beaucoup de jeunes de commencer une carrière professionnelle, de trouver ce fameux « premier emploi ». Lorsqu'on examine les annonces d'emploi, on a l'impression que les entreprises cherchent des personnes entre 25 et 30 ans qui ont déjà 10 ans d'expérience au minimum... J'exagère à peine.

A Genève, on compte environ 1'700 chômeurs et chômeuses entre 15 et 24 ans, et 4'800 entre 25 et 34 ans, soit beaucoup trop (cf. site de l'Office cantonal de l'emploi). En Suisse, environ 5% des bénéficiaires de l'aide sociale ont moins de 25 ans, dont certains ont déjà des charges familiales! Dans ces statistiques ne figurent pas forcément tous les jeunes en difficulté, puisque plusieurs centaines d'entre eux ne sont inscrits nulle part et sont souvent suivis par des structures municipales et associatives car l'Etat ne s'en occupe pas vraiment. C'est notamment le cas de jeunes en rupture de scolarité. Ces derniers partent souvent dans des trajectoires de rupture pouvant les mener à la précarisation complète pour de longues années.

Par conséquent, on doit prendre très au sérieux ce problème. Un pays qui n'offre pas d'avenir à ses jeunes handicape son propre avenir.

 

La Ville de Genève a un rôle à jouer

Rappelons que les règles du jeu en la matière sont essentiellement fédérales (loi sur l'assurance-chômage, politique économique) et cantonales (politique de l'emploi, politique de la formation, politique économique). Les communes en général, et les villes en particulier, ont certainement une contribution à apporter, mais qui ne peut pas résoudre entièrement le problème. Ceci n'a pas empêché une ville comme Genève de prendre des mesures concrètes pour améliorer les perspectives offertes aux jeunes sur le marché du travail local, dont voici quelques-unes:

-          La Ville de Genève comme employeur a renforcé son offre de places d'apprentissage ; le département de Manuel Tornare était déjà le plus dynamique en la matière (espaces verts, social, petite enfance, écoles, etc.), et depuis l'arrivée de Sandrine Salerno à la tête de la politique du personnel de la Ville, on constate une augmentation générale de 40% du nombre de places d'apprentissage en Ville, avec des taux réjouissants de réussite.

-          La Ville de Genève a récemment renouvelé, sur initiative de la gauche, son soutien à la Fondetec, fondation municipale de soutien au tissu économique local, avec une contribution de 10 millions ; l'action de la Fondetec crée ainsi des emplois, y compris pour les jeunes.

-          La Ville de Genève a réorganisé le "Fonds chômage", sous l'impulsion de Sandrine Salerno, afin de favoriser des projets innovants d'insertion professionnelle, notamment aussi pour les jeunes.

-          La Ville de Genève a créé en 2009 l'Antenne d'insertion VIA pour jeunes en grande difficulté d'insertion, afin de donner aux jeunes (à terme entre 60 et 80 par année) une chance de redémarrer sur de nouvelles bases. Les premiers résultats sont prometteurs !

-          Depuis 2000 la Délégation à la jeunesse, créée par Manuel Tornare, soutient directement des projets innovants initiés par les jeunes, par exemple dans le domaine artistique ou sportif, notamment pour permettre d'acquérir une expérience de gestion de lancements de projets, de recherche de fonds, de marketing, etc.

-          A l'initiative de Sandrine Salerno la Ville de Genève soutient aussi activement le développement de l'économie sociale et solidaire ESS), composée d'entreprises et organisations à but non lucratif mais créant des emplois, et qui offrent de nombreuses opportunités aux jeunes.

Ces projets sont d'ailleurs souvent recueilli un soutien large du Parlement municipal, au-delà des clivages gauche-droite.

Les Socialistes ont encore d'autres projets, comme en témoigne l'initiative municipale déposée avec plus de 5'300 signatures en janvier 2011 en faveur de la création de 300 nouvelles places d'apprentissage dans les entreprises installées en ville de Genève.

D'autres villes genevoises, comme Vernier, Meyrin, Carouge, Onex et d'autres, ont également agi de manière similaire à leur échelle respective, souvent à l'initiative des Socialistes.

 

L'effort principal doit se faire au niveau cantonal

Ceci étant, si on souhaite réellement réduire le nombre de jeunes en difficulté d'insertion, l'effort principal doit se faire au niveau cantonal. François Longchamp, ministre radical de l'emploi du canton de Genève, a certainement déjà montré une volonté de s'attaquer au problème, en collaboration avec Charles Beer, ministre socialiste de l'éducation. Mais cet effort est largement insuffisant ! Il faut renforcer la prise en charge encore plus en amont de ce qui se fait déjà, il est nécessaire d'intensifier la collaboration entre intervenants étatiques et institutionnels est encore trop lacunaire, les efforts pour convaincre le secteur privé de contribuer à la solution ne sont pas assez poussés, et il n'y a pas assez d'efforts pour reprendre en main les jeunes déscolarisés, sans diplômes, et qui ont subi une série d'échecs. Bref, il y a encore beaucoup plus de travail !

De plus, la révision de l'assurance-chômage, qui entre en vigueur le 1er avril prochain, va aggraver le problème, puisque le nombre d'indemnités que pourra toucher une personne de moins de 25 ans seront réduites de moitié et que le délai d'attente sera nouvellement de 6 mois avant de pouvoir prétendre à des indemnités. Cerise sur le gâteau, les jeunes jusqu'à 30 ans devront accepter n'importe quel poste, même s'il n'a rien à voir avec leur formation, ce qui représente un gaspillage conséquent des deniers publics.

 

La vraie politique du PDC genevois

Cette révision a été activement soutenue par toute la droite genevoise, dont les pontes du PDC, ce que Michel Chevrolet se garde bien de rappeler. Seul Pierre Maudet, membre radical de l'exécutif municipal (et théoriquement allié de Michel Chevrolet...), a eu le courage de s'y opposer. Lorsque Michel Chevrolet attaque la Ville, comme d'habitude, parce qu'au fond il n'a pas grand-chose de concret à proposer, faut-il aussi lui rappeler que la politique cantonale de l'emploi, avant d'être reprise par François Longchamp, a été gérée pendant très longtemps par des ministres PDC, feu Jean-Philippe Maître, Carlo Lamprecht puis Pierre-François Unger ? Et que leur principe de base semble avoir été : ne rien faire, c'est ce qu'il y a de mieux à faire ? Ce qu'on paie chèrement aujourd'hui ?

Bon, reconnaissons que Michel Chevrolet a formulé deux propositions ce matin à la radio. La première, celle d'accorder des rabais aux entreprises sur la base de la taxe professionnelle municipale, est illégale (égalité devant l'impôt) ; de plus elle se heurte à la volonté de ses alliés libéraux d'abolir purement et simplement cette taxe (ce qui représente 120 millions de francs en moins de recettes pour la Ville de Genève, 10% de son budget municipal). La seconde, c'est d'utiliser la Fondetec pour soutenir des projets innovants : une idée intéressante, qu'on peut discuter, et qui a le mérite de relever que la Fondetec, idée socialiste, est une institution utile.

Bref, avant de prôner le changement pour le plaisir du changement (mais quel changement ?), il faut être crédible. Lorsqu'on parle du chômage des jeunes, la solution ne peut consister uniquement à soutenir des clubs privés festifs ! Les jeunes attendent des actes concrets, pas du vent.

 

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Commentaires

Le principe n'est pas de savoir qui a eu la bonne idée avant l'autre mais de réaliser des mesures encourageantes pour les jeunes pour les mettre le plus rapidement au travail et de ne pas leur laisser
D'autres choix que de rentrer dans la vie pofessionnelle par le biais de l'apprentissage méme s'ils ont eu des échecs scolaires momentanés (qu'ils peuvent rattraper plus tard car il existe des passerelles de formation bien rôdées).on le voit bien les jeunes sans persperspective de travail donc d'avenir posent plus de problèmes sociales car marginlsés. L'accès au chômage pour les jeunes avant même d'avoir eu un premier emploi est pernicieux.

Écrit par : Sirène | 15/02/2011

Vous avez oublié de mentionner la déferlante des frontaliers titulaires de diplômes universitaires français payés au rabais soit jusqu'à 40% moins cher que nos jeunes avec un CFC.Que faire?

Écrit par : Samy | 15/02/2011

Vous n'etes qun gratte papier, fonctionnaire et teknocrate ! On veut plou de ca !

Écrit par : REDIBITOIRE | 15/02/2011

Sur la question je n'ai pas de pistes, pour les entreprises des quotas dans les permis de travail et des quotas pour engager des CFC Mais ce n'est pas exactement le fait de la libre entreprise. Il ne faut pas non plus gonfler les fonctionnaires qui sont déjà fort nombreux ou mal répartis mais il faut noter aussi que la Ville et l'Etat engagent aussi des français et autres étrangers à des postes importants notamment dans la culture, l'université, etc...au lieu de favoriser nos diplômés suisses.

Écrit par : Sirène | 16/02/2011

Bonjour!
Merci pour vos commentaires.
@Sirène: Effectivement, les bonnes idées méritent toutes d'être soutenues, et les réalisations que j'évoque ont d'ailleurs souvent été largement votées au Conseil municipal. Mais, à un moment donné, sur les choix fondamentaux, les positions réelles des différents partis ressortent clairement, par exemple sur des débats budgétaires. L'objectif n'est pas de polariser ou polémiquer inutilement, mais pas non plus d'être naïf, simplement réaliste.
Vous avez raison sur le fond, commencer une carrière professionnelle par le chômage est très pervers. Toute mesure facilitant les passerelles, ou les formations ciblées qui rattrapent d'éventuelles lacunes, sont indispensables.
@Samy: Même si les écarts ne sont pas aussi grands que vous l'indiquez, vous avez raison de relever qu'il existe une concurrence parfois déloyale, qui génère un dumping salarial. Les Socialistes et les syndicats dénoncent cette tendance depuis un bon moment et insistent sur les mesures d'accompagnement aux accords bilatéraux, mesures insuffisantes: surveillance du marché du travail et lutte contre le dumping salarial, mesures beaucoup plus actives pour l'accès au premier emploi de la part des jeunes, investissements plus conséquents pour la requalification de personnes au chômage, négociations serrées avec les entreprises qui s'installent à Genève en vue d'engager plus de monde sur le marché du travail local, etc. Ce qui est inacceptable, c'est que les employeurs jouent les travailleuses et travailleurs les uns contre les autres, justement des français-es (ou autres européens-nes) qui rêvent d'un prétendu eldorado genevois face aux gens de la région, et ainsi on fait pression sur les salaires.
@redibitoire: OK, vous ne voulez plus de fonctionnaires, mais avez-vous quelque chose à proposer?

Écrit par : Sami Kanaan | 16/02/2011

@Sirène: Un complément, concernant votre deuxième commentaire; il y a certainement des cas où les collectivités publiques ont engagé des français-es ou des personnes issues d'autres pays européens, ou même non-européens, de même qu'elles engagent aussi des personnes résidant à Genève mais pas de nationalité suisse (permis B ou C). On ne va pas commencer à segmenter ou discriminer à l'embauche! En pratique, les cas de "réels" frontaliers (personnes françaises / européennes habitant en région française voisine) sont rares, contrairement aux rumeurs. Et la plupart des fonctionnaires de la Ville de Genève habitant en France voisine, ou sur Vaud,par exemple, sont des Suisses "exilés" en raison du marché du logement.
Le vrai problème n'est plus la concurrence entre frontaliers classiques (74 et 01) et Genève, mais entre les personnes déjà installées dans la région, des deux côtés de la frontière, et l'arrivée massive de personnes venues de bien plus loin.

Écrit par : Sami Kanaan | 16/02/2011

Mon point n'est pas de faire de polémique sur les frontaliers ou français, d'autres s'en chargent. Mais il et à noter que sur le plan culturel de nombreux directeurs de Musée, de HES, de théâtre sont français, ils sont de qualité, bien connectés, mais il et difficile de faire passer un discours de l'ascension sociale chez nos jeunes bien formés en Suisse si les postes à responsabilité ont confiés à des personnes étrangères. Et ceci est décliné dans d'autres secteurs et à d'autres fonctions. Il est évident que nos jeunes voyagent et se forment ailleurs mais le retour souvent s'avère après des années passées à l'étranger peu valorisé.

Écrit par : Sirène | 16/02/2011

@Sirène: Je vous donne raison en tout cas sur le fait que, si déjà on recrute des personnes d'ailleurs, quelle que soit leur origine ou leur profil, il est d'autant plus impératif de veiller à une bonne intégration, à tous points de vue, à Genève. A compétences égales, en règle générale, c'est tout de même le/la candidature locale qui est privilégiée dans les collectivités publiques.
Mais ce critère est relatif dans le domaine culturel, où on peut se laisser séduire par un projet artistique venant d'ailleurs. A l'inverse, si on envoie nos jeunes faire un tour à l'étranger avant de revenir, vous avez raison de dire qu'il faut valoriser cet effort.

Écrit par : Sami Kanaan | 16/02/2011

Cher Monsieur Sami Kaanan,
Vous êtes revenu sur le débat que vous avez eu sur One-fm le 15 février face à Michel Chevrolet portant sur l’emploi des jeunes. Avec un léger dédain, vous pointez du doigt les clubs privés festifs. Cela démontre bien votre désintéressement pour les jeunes qui fréquentent ces lieux ! A choisir virtuellement entre un oiseau de mauvais augure et un oiseau de nuit, les jeunes sauront faire leur choix ! Plus sérieusement, combien de jeunes, sans diplôme ou formation particulière, refusent de vivre aux crochets de leurs parents et rechignent à s’inscrire au chômage, mais se débrouillent pour décrocher des petits boulots dans la vente, la restauration ou dans des clubs privés festifs. Pour la plupart de ces jeunes, c’est l’occasion de rencontrer des personnes de toutes générations et de toutes classes sociales. Des contacts fructueux leur permettront peut-être par la suite de trouver un job correspondant à leurs attentes ou de les inciter à reprendre des études ou encore à trouver une place d’apprentissage.
Pour ce qui est des places d’apprentissages en Ville de Genève de 1998 à 2008, selon le « Bilan social des ressources humaines 2008 », la Ville occupait chaque année environ 45 jeunes sous contrat d’apprentissage. Ce chiffre est porté à 67 en 2009, ce qui représente une augmentation de 22 postes d’apprentis en un an. La Ville peut faire mieux en renforçant une dynamique auprès de ses services et institutions qui ne sont pas toujours en mesure d'accueillir un nombre supérieur d'apprentis-e-s pour des questions logistiques. La Ville doit aussi indiscutablement développer des projets en collaboration avec l’Office pour la formation professionnelle et avec les partenaires économiques de la place de Genève.
Faut-il rappeler que pour l’Emploi, le PDC projette essentiellement de :
- privilégier le retour d’entreprises en Ville de Genève par des incitations fiscales
- prévoir des allègements fiscaux pour les entreprises qui assument la formation d'apprentis
- développer les atouts de la Ville de Genève : banque, finance, horlogerie, tourisme, PME et organisations internationales
- encourager toutes mesures visant à la création d’emploi en Ville de Genève
- inciter l’administration à privilégier, à compétences égales, l’engagement des résidents, et des jeunes en particulier.

Aussi, soyez rassuré Monsieur Kaanan. Michel Chevrolet et les candidats du PDC au Conseil municipal suivront leur programme par des actes concrets et non par du vent, comme vous semblez en douter insidieusement.

Écrit par : Chantal Perret-Gentil | 23/02/2011

@Chantal Perret-Gentil: Merci d'avoir pris le temps de contribuer avec un commentaire substantiel.
Je suis largement d'accord avec vous que la Ville peut faire encore plus; vous relevez vous-même qu'elle en a déjà pris le chemin, en matière de places d'apprentissage. Et, en effet, beaucoup de jeunes font leurs premières expériences (précieuses) avec des petits jobs divers. C'est pourquoi Manuel Tornare avait initié la création de la Boîte à Boulots, par exemple.
Mais j'insiste dur le fait qu'il faut des actes concrets, pas des propositions vagues et irréalisables de type "yaka". En matière fiscale, la Ville n'a quasiment aucune autonomie, en tout cas pas pour décider d'allègements fiscaux. Les règles fiscales sont fédérales et cantonales. On ne peut donc pas moduler la taxe professionnelle, par exemple, ni jouer sur des allègements fiscaux pour favoriser l'implantation d'entreprises. Nous ne pouvons agir que sur le centime additionnel, mais ceci concerne tout le monde sans distinction.
Quant à la politique de l'emploi, elle est largement en mains cantonales, aussi.
Et la droite cantonale, dont le PDC, ne rêve que de diminuer drastiquement les recettes de la Ville (suppression programmée de la taxe professionnelle). En avez-vous parlé avec vos collègues cantonaux?
C'est pourquoi je me montre critique vis-à-vis des positions de votre candidat à l'Exécutif car les jeunes attendent des choses concrètes. Et je ne fais pas preuve de dédain, mais juste de lucidité.
Je vous souhaite une excellente journée et une belle campagne!

Écrit par : Sami Kanaan | 24/02/2011

@Chantal Perret-Gentil: Dès lors que vous avez mis votre commentaire ci-dessus comme un texte autonome sur votre propre blog, j'ai souhaité y apporter ma réponse. Mais vous n'autorisez pas les commentaires en réaction à vos articles. Drôle de conception du débat politique! A moins qu'il ne s'agisse d'une erreur de votre part, ce que j'espère.

Écrit par : Sami Kanaan | 24/02/2011

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