19/01/2011

Chômage : un grand écart inacceptable !

Récemment (cf. article dans la TdG du 7 janvier 2011) on apprenait que le taux de chômage à Genève avait augmenté en fin d'année, en comparaison annuelle, pour passer à 6.3% ou 6.9% selon les méthodes de calcul. Genève occupe ainsi une bien déplorable première place du chômage en Suisse.

Un taux élevé de chômage dans une région en pleine croissance

Ce lundi 17 janvier, le directeur de l'Office cantonal de l'emploi, Monsieur Patrick Schmied, confirmait dans la Tribune de Genève l'existence d'un réel problème de chômage structurel à Genève, touchant surtout les seniors et les personnes peu qualifiées. En plus du taux élevé de chômage, il faut y ajouter toutes celles et tous ceux qui ont épuisé leurs droits à l'assurance-chômage et qui diminuent donc artificiellement les statistiques. Il faut aussi compter ceux et celles qui ont un emploi, mais à temps partiel en dessous de leur besoin, et donc sous-occupées. Ou encore ceux et celles qui ont un salaire tellement bas qu'ils ont même un nom pour les définir : les "working poors". Tout cela dans une agglomération genevoise où les coûts de la vie sont notoirement très élevés.

A-t-on le droit d'être fataliste face à cette situation ? Certainement pas, et j'imagine que personne ne prétendra vouloir baisser les bras. Mais, à un moment donné, il faudra bien se poser quelques questions (et trouver des réponses) sur le type de croissance économique que nous souhaitons pour Genève, respectivement celle que Genève peut assumer.

Genève est une des régions d'Europe les plus dynamiques, sur le plan des critères macroéconomiques: non seulement les effets de la crise de 2008-09 ont été moindres qu'ailleurs, même si des personnes ont perdu leur emploi, mais la région connaît un taux moyen de croissance à faire pâlir de jalousie de nombreuses autres régions, et continue à attirer de nombreuses entreprises pour implanter leur siège européen ou mondial. Champagne? Oui mais avec un goût très amer!!!

Quels motifs pour ce grand écart?

Les raisons de ce grand écart sont multiples : il y a certainement des problèmes de qualifications insuffisantes pour une partie des situations, dans un marché du travail de plus en plus concurrentiel et sélectif. Toutefois, il faut bien constater que, pour certaines entreprises hautement spécialisées, l'implantation d'une branche ou d'un siège à Genève se fait en « important » la plus grande partie du personnel depuis l'ancienne localisation : des revenus fiscaux supplémentaires, certes, de même que des dépenses supplémentaires en consommation courante dans l'économie locale, oui ! Mais aussi une aggravation de la pénurie du logement, du trafic en plus, et aucun apport substantiel à l'emploi local... Et dans certaines branches les réseaux de recrutement sont de plus en plus globalisés et ne prennent pas en compte le marché local du travail plus spécifiquement que n'importe quelle autre source de recrutement. Quant à la concurrence salariale, elle est réelle, et prétendre que le dumping salarial est insignifiant relève de la naïveté.

Oui à l'ouverture ... mis accompagnée!!!

Nous avons voulu les accords bilatéraux et l'ouverture des frontières et je ne propose certainement pas de revenir là-dessus. Mais nous, socialistes, alliés aux syndicats, avions aussi lourdement insisté sur les mesures d'accompagnement, comme une lutte réellement active contre le dumping salarial, des mesures très actives de lutte contre le chômage (reconversions, aide à la recherche d'emploi, promotion économique endogène, etc.). Et aujourd'hui, pour une agglomération aussi ouverte économiquement comme l'est Genève, on peut sérieusement se demande si les mesures d'accompagnement sont suffisantes. Poser la question, c'est y répondre.

Il n'y a pas de baguette magique pour résoudre le problème du chômage mais il est tout aussi certain que la tension sociale va devenir considérable si des mesures plus fortes ne sont pas prises. Ceci est d'autant plus vrai avec l'entrée en vigueur de la loi révisée au 1er avril, qui risque fort de précipiter de nombreuses personnes au chômage en fin de droit vers l'assistance. On peut y ajouter les intermittents du spectacle, sujet sur lequel je reviendrai bientôt, comme victimes (parmi bien d'autres !) de cette loi révisée.

Des mesures efficaces contre le chômage

Si on veut éviter une explosion sociale, il devient urgent de dépasser les mesures palliatives et statistiques, et d'investir réellement des moyens importants dans la reconversion et le soutien à la recherche d'emploi, la croissance économique endogène et la lutte contre le dumping salarial. Il est temps de reconstruire un véritable pacte pour l'emploi, alliant toutes les forces publiques, associatives, privées, pour résoudre ce problème ou tout au moins le diminuer nettement.

Face à l'implantation d'entreprises étrangères, il faut se montrer beaucoup plus actif pour négocier un taux plus important de recrutement sur le marché local du travail. Et lorsqu'on parle de marché du travail « local » il couvre toute la région. Aujourd'hui les principaux concurrents des « genevois » sur le marché du travail ne sont pas les savoyards ou les vaudois, mais des personnes venant des 4 coins de France et d'Europe, voire plus loin. On ne peut pas imposer d'embauches aux entreprises mais je suis sûr qu'on n'a pas épuisé toutes les capacités de persuasion forte dans ce domaine !!! S'il faut passer par des mesures fiscales incitatives ou dissuasives à l'encontre des entreprises qui « importeraient » la plus grande partie de leur personnel au moment de l'implantation ou dans les mois qui suivent, il faut l'envisager sérieusement ! Sinon les coûts induits, directs et indirects, de telles implantations risquent de dépasser les bénéfices, du moins dans la perception d'une partie de la population.

Non à Monaco-sur-Léman, oui à une région où chacun-e a sa place

Cette tendance confirme l'option que certains milieux semblent défendre, à savoir faire évoluer Genève vers une sorte de Monaco-sur-Léman, cité axée sur les services financiers et réservée à une petite couche privilégiée, le « reste » de la population étant progressivement rejeté vers la périphérie. Cette option n'est ni acceptable, ni viable. Et la combattre, intelligemment mais fermement, revient à réaffirmer le primat du politique sur l'économie, primat auquel je me permets de croire avec conviction !

Ce grand écart entre un nombre record de créations d'emploi et un taux de chômage très élevé mène tout droit à une dislocation sociale dangereuse. Il nourrit des frustrations (justifiées !) et sert de terreau fertile aux forces politiques qui ont décidé d'en faire leur beurre, la tactique du bouc émissaire, sans pour autant proposer de solution viable. Genève n'est pas une mégapole de 10-20 millions d'habitants qui peut faire semblant d'ignorer le sort d'une partie de sa population. C'est un canton où résident 450'000 personnes de toutes origines et situations, dans une agglomération de 800'000 habitantes et habitants en pleine croissance démographique, dont le destin sera commun ou ne sera pas. La cohésion sociale n'est pas qu'un luxe ou un fantasme d'idéaliste indécrottable, c'est une nécessité impérative pour la stabilité et la viabilité de cette région.

 

 

13:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chômage, croissance, genève, emploi | |  Facebook

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