13/12/2010

Votons ce budget, vite et bien!

Le vote du budget, un acte politique fondamental

Le vote annuel du budget est l'acte politique fondamental d'un parlement, puisque non seulement il valide la mise à disposition des ressources nécessaires à l'action publique, mais surtout il traduit les choix politiques effectués.

Pour les communes genevoises en général et la Ville de Genève en particulier, cet acte est d'autant plus important que les compétences législatives de leur Parlement, le Conseil municipal, sont relativement modestes par ailleurs, même si elles ne sont de loin pas inexistantes.

Dès lors, la majorité politique qui existe dans un parlement a une responsabilité particulière en la matière : s'assurer qu'un budget optimal, traduisant des choix clairs et lisibles, soit voté dans les temps. Que ce vote soit effectué à l'issue de débats pouvant être même longs et houleux, ou très rapidement, n'est pas important, c'est le résultat qui compte (si on y met la manière, c'est évidemment un plus !).

 

« On dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on a dit »

Vendre et samedi derniers, le Conseil municipal et notamment sa majorité politique, l'Alternative, semble avoir eu un trou de mémoire quant à ce principe.

Mon estimé ancien collègue du Conseil municipal, Pierre Losio, aujourd'hui député, avec qui j'ai siégé plusieurs années et donc négocié plusieurs accords budgétaires, disait toujours : « on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on a dit », règle toute simple pour qu'une alliance politique fonctionne.

Le projet de budget 2011 se présentait sous les meilleurs auspices, les négociations au sein de l'Alternative (Socialistes, Verts, A Gauche Toute) ayant eu lieu, parfois vives, et abouti à des accords clairs. On avait toutes les raisons de croire que ce débat se passerait donc sereinement et efficacement, coupant court aux velléités populistes de la droite de baisser les impôts ou de couper dans les prestations sociales municipales.

 

Des actes de flibuste

Que nenni ! Tout-e élu-e peut avoir un moment d'égarement, toute formation politique peut connaître un moment d'hésitation ou de doute, toute alliance peut connaître un moment de crise, mais on se reprend et on garde l'objectif en tête ! Pour rester fidèle à la maxime de Pierre Losio, on évite les coups de flibuste et les exercices électoralistes mal fichus de dernière minute, qui desservent tout le monde, à commencer par leurs auteurs ! C'est que certains semblent avoir oublié vendredi dernier.

Présenter en dernière minute, hors de tout accord, un projet de règlement municipal sur la police, et exiger, qui plus est, une discussion immédiate pour adoption « sur le siège » (sans renvoi en commission), représente typiquement un acte de flibuste, irresponsable sur le fond et la forme, car mettant en danger le vote du budget.

 

Compétences des Conseils municipaux en matière de règlements

Avec en son temps Marco Ziegler, conseiller municipal socialiste pendant 12 ans, j'avais initié le fait que les Conseils municipaux soient dotés de compétences en matière de votes de règlements de portée générale, proposition ensuite reprise et votée par le Grand Conseil. Je suis donc d'autant plus satisfait lorsque je peux constater que le Conseil municipal se saisit de cette possibilité. Mais il existe une règle d'or, on ne vote JAMAIS (sauf urgence absolue) des lois ou des règlements généraux sur le siège, sans débat de commission.

Le projet de règlement sur la police, déposé à l'instigation de Rémy Pagani vendredi passé au Conseil municipal, doit être évidement renvoyé en commission. C'est faire injure aux intérêts prépondérants des habitantes et habitants de cette ville que de traiter de manière aussi cavalière un thème essentiel comme la police municipale, c'est-à-dire la sécurité.

 

On respecte les accords passés

Espérons que ce soir la raison reprenne le dessus et que ce projet de règlement soit renvoyé en commission pour examen, afin de se concentrer sur l'essentiel, le vote du budget. Le projet de règlement part peut-être d'une bonne intention mais comporte de nombreux points nécessitant un débat approfondi si on veut éviter de se faire ridiculiser en le voyant annulé par le Conseil d'Etat.

Nul doute que cette initiative à la fois intempestive et maladroite ne constitue pas un gage de confiance pour la sérénité des relations au sein d'une alliance politique, et une solide mise au point sera nécessaire. Chaque formation politique garde évidemment son autonomie, et des divergences ne constituent pas un drame en soi. Là, il s'agit d'une violation caractérisée d'accords passés entre alliés, en toute bonne foi. Et la division a toujours profité aux adversaires!

 

Pas trop de Schadenfreude, M. Décaillet!

Ceci étant, cet incident de parcours permet un peu trop rapidement à M. Décaillet, ce lundi dans la Tribune de Genève, de se réjouir en exprimant toute sa « Schadenfreude » et de souhaiter un changement de majorité en Ville de Genève. Si la majorité Alternative qui gouverne la Ville avec un bilan remarquable depuis 20 ans a certainement aussi ses défauts et ses moments de faiblesse, je me demande de quelle autre majorité possible M. Décaillet parle. L'Entente ? Avec 2 partis qui ont plus ou mois fusionné, mais pas trop, et le PDC qui a un programme politique digne de l'UDC ? Ou l'Entente complétée par l'UDC, voire le MCG ? Puisque l'Entente semble prête à tout pour gagner, même à s'allier avec des formations populistes ? L'Entente a gouverné la Ville jusqu'en 1991, nous laissant une dette astronomique et un retard substantiel en matière de prestations et d'équipements, alors qu'on sortait d'une période de vaches grasses. Ah oui, l'Entente, celle qui gouverne plus ou moins l'Etat de Genève depuis longtemps : il suffit d'en voir le résultat pour voir vers que le « changement » on se dirigerait avec une victoire de leur part : un taux de chômage élevé, un marché du logement inaccessible aux revenus « normaux » (et encore moins aux revenus modestes), des bouchons partout...

 

Pour un vote du budget ce soir!

Revenons à l'essentiel et aux responsabilités premières de la majorité Alternative; j'espère vivement que le budget de la Ville de Genève sera voté ce soir, à l'unanimité des rangs de l'Alternative ! Ceci pour que la ville puisse continuer à travailler au mieux des besoins et attentes de ses habitants et habitants.

 

 

12:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ville de genève, budget | |  Facebook

03/12/2010

Du mouton noir au bouc-émissaire

Amertume d'un soir

Dimanche soir, on a eu beau se dire que les résultats genevois et romands étaient satisfaisants, l'arrière-goût est très amer. L'UDC, dont le seul fonds de commerce est celui de la stigmatisation, a pu triompher et même exiger sans scrupule une mise en œuvre stricte et rapide de son initiative. Que dire des félicitations de toute la droite populiste européenne et même de l'extrême-droite (cf. le message du Front national en France) ? Lorsque plusieurs voix ont assimilé la ligne politique de l'UDC aux dérives qui ont marqué les années 30 en Europe, avec les résultats que l'on connaît, certaines têtes bien-pensantes ont estimé cette comparaison excessive. L'UDC ne serait pas un parti d'extrême-droite, juste un parti conservateur. Un parti conservateur qui donne envie à l'extrême-droite européenne ? Je ne suis pas sûr que les vrais conservateurs soient très fiers de ces affinités... J'avais un grand-père suisse réellement conservateur, dans ses valeurs, sa vision de la société, ses positions en matière de politique sociale et économique, mais il était profondément allergique aux dérives populistes et xénophobes. Précision : il a vécu les années 30 et la 2ème Guerre mondiale... Le problème ne se ramène donc pas à une opposition simpliste entre une partie conservatrice de la population et une « gauche urbaine, internationaliste, arrogante et privilégiée ». C'est faire insulte à la fois aux conservateurs et à la gauche, urbaine ou non, et donc à pas mal de monde in fine.

Un recul en matière de sécurité

Dimanche, la Suisse n'a pas gagné un micro-poil de sécurité supplémentaire, car le code pénal actuel était amplement suffisant, mais s'est programmée des drames humains en série, sans pour autant atténuer d'un iota les drames des victimes de délits et crimes, quels que soient les coupables. Les porteurs de cette initiative n'en assumeront pas la responsabilité, car ils s'en contre-fichent. Le mécanisme est diabolique : l'UDC contribue largement à l'insécurité sociale et réussit ensuite à détourner le sentiment d'insécurité vers des boucs émissaires, dans ce cas les « étrangers ». Demain, les enfants handicapés à l'école, si l'on entend la proposition faite récemment par l'UDC suisse de créer des classes séparées pour ces enfants ?

Une très lourde responsabilité de cette évolution peut être attribuée à la droite « modérée » au niveau suisse, notamment aux milieux économiques : ils ont préféré investir des moyens colossaux contre l'initiative socialiste pour des impôts équitables, soutenant ainsi un véritable hooliganisme fiscal qui ne profite qu'aux plus riches, et n'ont presque rien fait contre l'initiative de l'UDC.

Un travail à mener, sur le terrain

Les forces de gauche devront mettre en place un suivi très précis de l'application de cette initiative et illustrer ses dérives, cas par cas : un travail fastidieux qui nécessite un véritable Observatoire des exclusions basée sur cette initiative. Un jour, la population constatera à quel point il y avait tromperie sur la marchandise, mais que de dégâts d'ici là... Il nous faut aujourd'hui reprendre notre bâton de pèlerin pour aller convaincre, expliquer, argumenter. Dans notre canton, 45% de la population a voté en faveur de l'initiative, et dans six communes, elle a même recueilli une majorité de voix. Aujourd'hui un travail important doit être mené pour comprendre ce qui pousse autant de personnes à suivre ces idées rétrogrades et inefficaces. A nous de proposer d'autres réponses, en matière de sécurité de proximité, de lutte contre le chômage et l'exclusion, de qualité de vie urbaine ou d'intégration. Le défi n'est pas de combattre l'UDC mais de convaincre ses partisan-ne-s que l'UDC est le parti de l'insécurité.

 

 

14:38 Publié dans Genève et la Suisse | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : sécurité, udc, intégration, étrangers | |  Facebook